Des centaines de kits éducatifs ont été envoyés dans les écoles publiques israéliennes la semaine dernière pour commémorer le désengagement de la bande de Gaza qui s’est effectué il y a dix ans. Toutefois, le ministère de l’Education a déclaré au Times of Israel que les matériaux contenus dans les kits n’étaient pas autorisés à la distribution.

Le contenu pédagogique a été préparé par le Centre de commémoration de Gush Katif et de Samarie du nord, un organisme gouvernemental subordonné au Bureau du Premier ministre.

Localisé dans la ville nouvellement fondée de Nitzan, dans le sud-est d’Israël, le Centre supervise une « Journée Gush Katif » nationale dans le système éducatif israélien, prévue cette année pour le 11 février.

La commémoration du désengagement d’Israël de la bande de Gaza et du nord de la Samarie, qui remontent respectivement à août et septembre 2005, a entraîné l’évacuation de 9 000 habitants.

Il est considéré comme un traumstisme national en Israël et a été ensuite inscrit dans la législation de la Knesset en 2008.

Les programmes éducatifs s’adressent aux élèves, du primaire jusqu’au lycée, du conte animé d’une salade humanoïde appelée Hassi en train d’être déracinée jusqu’à une discussion sur le désengagement dans le contexte de l’histoire moderne d’Israël.

Mais une partie importante du programme, du point de vue du Times of Israel, met en avant le combat des habitants contre la décision du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, qu’ils décrivent comme un « déracinement » et une « expulsion ».

Un programme éducatif va jusqu’à formuler l’espoir que les Juifs retourneront au Gush Katif dans un avenir proche.

« Quand le Premier ministre Ariel Sharon a annoncé le plan de désengagement, les résidents de Gush Katif et leurs soutiens à travers le pays ont lancé un combat pour leur foyer et le foyer de toute la nation », peut-on lire dans un résumé de l’histoire de l’activisme anti-désengagement dans le kit.

« Malgré une grande incertitude, les habitants de Gush Katif ont décidé de continuer à s’accrocher à leur terre et à combattre pour leurs croyances jusqu’au dernier moment. C’était un combat plein d’amour et de foi mené avec détermination pour éviter une guerre civile. »

Un programme pour les classes de lycée intitulé « Indécis : si j’étais toi… » traite des choix difficiles auxquels les habitants ont fait face à la suite de ce désengagement à travers une image des panneaux de direction : « Est-ce que je rejoins l’armée pour devenir un officier ? Est-ce que je rejoins l’armée pour faire le strict minimum ? Est-ce que j’évite de rejoindre l’armée ou le service national ? »

Le sentiment de frustration et de désillusion vis-à-vis des dirigeants d’Israël est transmis dans un programme intitulé « Gush Katif : mon histoire » pour les enfants de 6ème.

Uriah, un adolescent fictif qui a grandi à Gush Katif, exprime ses sentiments pendant et après le désengagement dans un film qui doit être diffusé aux élèves de la classe.

« Ce n’est pas notre misère qui me fait pleurer, mais l’incroyable injustice qu’il y a ici », écrit Uriah sur son blog fictif, le 15 août 2005, un jour avant son départ.

« Le besoin de vengeance existe en toi, mais tu ne sais pas contre qui te venger. Quand j’enterre cette Bible, je suis en réalité en train de garantir ma vengeance ; si ce n’est pas ma vengeance personnelle, alors la vengeance de mon peuple qui y retournera bientôt. Car c’est notre Terre d’Israël, et même si je crois que nous sommes nos propres pires ennemis, nous réussirons à regagner les territoires de Gush Katif sous la souveraineté juive dans un futur meilleur. »

Sur Facebook, Uriah est incité par un ami à parler à ses camarades de classe de son expérience de 2005. « Parle-leur de l’expulsion. Laisse-les pleurer un petit peu, laisse-les comprendre ce que nous avons enduré. »

Un enseignant d’une école primaire de Jérusalem, s’exprimant sous condition d’anonymat puisqu’il n’a pas été autorisé à parler à la presse, a déclaré qu’il a été stupéfait lorsqu’il a vu la grande boîte orange posée dans la salle des enseignants la semaine dernière.

Deux femmes s'étreignent avant de laisser ses enfants à Sa Nur en Samarie, la police des frontières attendant de l'évacuer, le 23 août 2005 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

Deux femmes s’étreignent avant de laisser ses enfants à Sa Nur en Samarie, la police des frontières attendant de l’évacuer, le 23 août 2005 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

« Je crois que c’est problématique pour des enseignants de faire la promotion d’une certaine perspective de l’histoire. Cela ressemble beaucoup à de la propagande, et cela me met vraiment mal à l’aise, a-t-il déclaré. Comment [le ministère de l’Education] réagirait-il si quelqu’un avait un programme différent ? », s’interroge-t-il.

Shaul Peer, un porte-parole du ministère de l’Education, a déclaré que son ministère était obligé de commémorer la Journée Gush Katif dans les écoles, suite à une directive du directeur général du ministère de l’Education de 2012 visant à « traiter les questions fondamentales et les dilemmes moraux auxquels la société israélienne est confrontée, tout en évoquant leur aspect humain ».

Pourtant, la directive de 2012 ne mentionne que deux programmes éducatifs pour les élèves de 3e et de seconde – alors qu’il y en a une dizaine qui sont disponibles sur le site du Centre de commémoration et qui sont délivrés aux écoles.

« Par la loi, la Journée Gush katif est commémorée chaque année le 22 Shevat, y compris dans le système éducatif, a écrit Peer dans une réponse par mail. Il convient de noter que la distribution de kits par le Centre de commémoration Gush Katif n’a pas été autorisée par le ministère jusqu’à maintenant et que la question est en train d’être examinée. »

Laurence Beziz, coordinatrice de projet au Centre de commémoration Gush Katif, a déclaré que les kits éducatifs sont envoyés aux écoles publiques religieuses qui les demandent, mais aussi à des écoles que le Centre désigne. La demande en kits augmente exponentiellement depuis qu’ils ont commencé la distribution il y a cinq ans : d’environ 50 kits en 2010, on est passé à 800 en 2015.

« C’est une opération complexe qui a pris de l’importance chaque année », explique-t-elle.

« Nous avons l’impression que les matériels devraient être disponibles pour les enseignants qui veulent prendre à leur compte ce projet… nous travaillons en coopération avec le ministère de l’Education. »

Beziz, qui a vécu dans la communauté agricole de Gadid, dans le Gush Katif, pendant 19 ans, a déclaré que l’objectif principal de ces cours était de faire connaître la présence juive de 35 ans au Gush Katif aux enfants qui n’en avaient jamais fait l’expérience. Elle se dit néanmoins gênée par le terme « expulsion » utilisé pour décrire le désengagement de la bande de Gaza.

Beziz explique que le terme « déracinement » exprime bien le sentiment des habitants forcés à quitter leurs foyers.

« La sémantique transmet une sensation très particulière. Nous ne voulions pas utiliser le terme ‘expulsion’, ni ‘évacuation’ parce que cela n’exprimerait pas correctement ce qui s’était passé. Nous employons en général le terme de ‘déracinement’ car c’est comme ça que nous l’avions vécu. Nous avons été déracinés d’un endroit vers un autre. »