JTA — Il est toujours difficile de réduire la liste de ces Juifs qui nous ont tant apporté et qui sont se sont éteints pendant une année donnée. Mais cette fois-ci, la tâche s’est avérée particulièrement ardue. Le nombre de Juifs décédés ayant laissé leur empreinte dans l’histoire dans les domaines où ils excellaient – et de manière plus large, dans la culture juive – est remarquable.

Alors que l’an 5777 est sur le point de s’achever, voici quelques membres de la communauté dont nous avons dû faire le deuil depuis le dernier Rosh HaShana. Ils ont incarné pour chacun d’entre eux des domaines aussi divers que la culture pop ou la politique.

Simone Veil, 89 ans

Ce sont moins de 70 personnes qui, en France, ont été distinguées par l’entrée au Panthéon. Simone Veil, survivante de l’Holocauste devenue une personnalité incontournable de la politique française, était l’une d’entre elles.

Après avoir survécu aux camps d’Auschwitz et de Bergen-Belsen, Simone Veil était devenue avocate puis ministre de la Santé avant de devenir la première présidente du Parlement européen. Elle avait été également l’une des rares femmes à devenir membre de la prestigieuse Académie française et avait été le fer de lance de la légalisation de l’avortement en France dans les années 1970. Veil s’est éteinte au mois de juin, moins d’un mois avant son 90ème anniversaire.

Simone Veil (Crédit : CC BY 2.0)

Simone Veil (Crédit : CC BY 2.0)

Carrie Fisher, 60 ans

La plupart des gens connaissent Carrie Fisher grâce à son rôle emblématique de la princesse Leia dans la toute première trilogie « La guerre des étoiles », mais sa carrière tumultueuse est allée bien au-delà de ces films devenus cultes. L’actrice, qui a lutté toute sa vie contre ses addictions à la cocaïne et aux médicaments, avait écrit également quatre romans et trois mémoires et avait joué dans des douzaines d’autres films.

Fisher avait abordé son rôle dans « La guerre des étoiles » alors qu’elle était presque inconnue, même si elle était la fille du chanteur juif Eddie Fisher et de la star de cinéma Debbie Reynolds. Après sa mort d’une attaque cardiaque au mois de décembre dernier, son enfant unique a souligné que la seule cause de son décès était son problème d’abus et d’addiction à différentes substances.

Carrie Fisher dans son rôle de Princesse Leia de "Star Wars", aux côtés de C-3PO, le 23 août 1978. (Crédit : CBS via Getty Images)

Carrie Fisher dans son rôle de Princesse Leia de « Star Wars », aux côtés de C-3PO, le 23 août 1978. (Crédit : CBS via Getty Images)

Leonard Cohen, 82 ans

Ce petit-fils de rabbin qui avait grandi dans un foyer orthodoxe de Montréal était devenu l’un des artistes folk les plus aimés du 20ème et du 21ème siècle. Leonard Cohen avait commencé sa carrière musicale sur le tard, sortant son premier album à l’âge de 33 ans après avoir écrit de multiples livres de poésie. Mais il devait encore sortir 13 albums de plus, incorporant souvent des thématiques juives dans des chansons minutieusement réfléchies.

Son titre « Hallelujah » est devenu l’une des chansons les plus saluées et les plus aimées de l’histoire de la musique pop. Quelques semaines seulement avant sa mort, Cohen avait sorti son dernier album, qui incluait un titre dont le refrain comprenait ces paroles prémonitoires : « Je suis prêt, seigneur ».

L'auteur-compositeur de musique folk canadien Leonard Cohen, solennel, partage toutefois une plaisanterie en fumant une cigarette (Crédit : Evening Standard/Getty Images/JTA)

L’auteur-compositeur de musique folk canadien Leonard Cohen, solennel, partage toutefois une plaisanterie en fumant une cigarette (Crédit : Evening Standard/Getty Images/JTA)

Jerry Lewis, 91 ans

Ne soyez pas induit en erreur par le nom de scène du comique : Jerry Lewis était né Joseph Levitch de parents qui se produisaient dans le circuit hôtelier du Borscht Belt.

Lewis, décédé des suites d’une maladie cardiaque au mois d’août, était devenu célèbre grâce au duo qu’il formait avec Dean Martin, aux côtés duquel il avait fait une douzaine de comédies délirantes de 1949 à 1956.

Il devait devenir une star dans une douzaine d’autres films, notamment « Docteur Jerry et mister love » (oui, l’oeuvre originale, bien avant le remake réalisé en 1996 par Eddie Murphy) et « le roi de la comédie » de Martin Scorsese.

Jerry Lewis en 1971 (Crédit : Evening Standard/Getty Images)

Jerry Lewis en 1971 (Crédit : Evening Standard/Getty Images)

Zsa Zsa Gabor, 99 ans

Même si cette personnalité mondaine hollywoodienne et sex-symbol légendaire a été enterrée dans un cimetière catholique, elle avait des origines juives.

Née de parents juifs hongrois à Budapest, Sari Gabor (son vrai nom) s’était mariée à neuf reprises et était apparue dans des films comme « Moulin Rouge » et « Les rois de la couture ».

Sa vie amoureuse avait été une affaire publique tumultueuse et elle avait été qualifiée de première célébrité devenue célèbre précisément parce qu’elle était célèbre.

Zsa Zsa Gabor est morte au mois de février, à moins de deux mois de son centième anniversaire.

L'actrice hongroise Zsa Zsa Gabor sur un sofa dans une robe du soir froncée en 1952. (Crédit : Nixon/Express/Getty Images/JTA)

L’actrice hongroise Zsa Zsa Gabor sur un sofa dans une robe du soir froncée en 1952. (Crédit : Nixon/Express/Getty Images/JTA)

Don Rickles, 90 ans

Le célèbre comique surnommé « Mr. Warmth », qui adorait hurler des insultes aux membres de son public, était également un acteur sérieux qui avait été formé à l’Académie américaine des arts dramatiques.

Il était apparu dans d’innombrables émissions de télévision, il avait rempli les salles lors de stand-ups alors qu’il était octogénaire et il avait joué aux côtés de légendes du cinéma comme Clark Gable et Clint Eastwood sur le grand écran.

Les publics plus jeunes l’ont connu comme la voix de M. Patate dans la série « Toy Story ». Il est mort au mois d’avril des suites d’une insuffisance rénale.

Le comédien Don Rickles à Book, à Hollywood, le 31 mai 2017 (Crédit : Mark Mainz/Getty Images/JTA)

Le comédien Don Rickles à Book, à Hollywood, le 31 mai 2017 (Crédit : Mark Mainz/Getty Images/JTA)

Vera Rubin, 88 ans

Sans cette scientifique, nous n’aurions toujours pas compris ce qui constitue 27 % de l’univers, à savoir de la matière noire.

Rubin, astronome de Philadelphie, avait découvert que les galaxies ne tournent pas comme les anciens modèles scientifiques nous le laissaient penser, ce qui a mené à la preuve de l’existence de cette matière invisible, indétectable, qui constitue un tiers de notre monde.

Rubin, décédée au mois de décembre, avait indiqué que pour elle, la science était séparée de la religion.

« Je suis Juive, et la religion est donc pour moi une sorte de code moral et une forme d’histoire », avait-elle dit. « Je tente d’aborder la science d’une manière morale et je crois que dans l’idéal, la science devrait être considérée comme quelque chose qui nous aide à comprendre notre rôle dans l’univers ».

Vera Rubin dans son bureau de l'institution Carnegie de Washington à Washington, le 14 janvier 2010 (Crédit : Linda Davidson/The Washington Post via Getty Images/JTA)

Vera Rubin dans son bureau de l’institution Carnegie de Washington à Washington, le 14 janvier 2010 (Crédit : Linda Davidson/The Washington Post via Getty Images/JTA)

Otto Warmbier, 22 ans

Otto Warmbier, étudiant américain de 22 décédé quelques jours après avoir été libéré par la Corée du Nord, en juin 2017. (Crédit : LinkedIn)

Otto Warmbier, étudiant américain de 22 décédé quelques jours après avoir été libéré par la Corée du Nord, en juin 2017. (Crédit : LinkedIn)

Après avoir été emprisonné pendant plus de dix-sept mois pour avoir prétendument arraché une affiche de propagande pendant un voyage étudiant, Otto Warmbier, comateux, avait été libéré au mois de juin.

Il n’a pas survécu à ses blessures et il est mort une semaine après son retour aux Etats-Unis.

Selon JTA, il était un membre actif de l’Université de Virginie Hillel, mais les informations données par la Corée du nord avaient indiqué que Warmbier avait volé l’affiche pour une église américaine.

Son identité juive avait donc été tenue secrète afin de ne pas embarrasser la Corée du Nord durant les négociations visant la libération de l’étudiant qui avait été condamné à 15 ans de travaux forcés.

« Si c’est le récit qu’ils en font, il n’y a aucun intérêt à les détromper si votre objectif est de le faire libérer », avait établi le porte-parole de la famille.

Ruth Gruber, 105 ans

Parmi les accomplissements impressionnants figurant sur le curriculum-vitae de Gruber : un travail de reportage pionnier dans l’Arctique soviétique, un voyage ordonné par le président Franklin D. Roosevelt pour réconforter les réfugiés juifs dans la période qui avait suivi l’Holocauste, et un reportage sur les procès de Nuremberg et l’opération Moïse.

L’auteure et photographe, qui restera l’une des journalistes les plus importantes de l’histoire du 20ème siècle – Juifs et non-juifs – avait commencé sa carrière au New York Herald Tribune en 1947. Elle a vécu jusqu’à l’âge de 105 ans.

Ruth Gruber (photo credit: Wikimedia Commons)

Ruth Gruber (photo credit: Wikimedia Commons)

Henry Heimlich, 96 ans

Oui, ce Heimlich-là — la personne qui a inventé la célèbre manoeuvre de Heimlich ayant sauvé d’innombrables personnes depuis son invention en 1974.

Le docteur Henry J. Heimlich était un chirurgien spécialiste du thorax née de parents juifs à Wilmington, Delaware.

Au-delà de cette fameuse méthode de survie, il a également inventé une valve anti-reflux pour drainage thoracique qui porte également son nom. Il est mort de complications suite à une attaque cardiaque.

Henry Heimlich faisant la démonstration de sa célèbre manoeuvre éponyme sur Johnny Carson, le 4 avril 1979 (Crédit : Gene Arias/NBCU Photo Bank/JTA)

Henry Heimlich faisant la démonstration de sa célèbre manoeuvre éponyme sur Johnny Carson, le 4 avril 1979 (Crédit : Gene Arias/NBCU Photo Bank/JTA)

Sara Ehrman, 98 ans

Cette militante du parti démocrate de longue haleine, conseillère sur le conflit israélo-palestinien et amie des Clinton se qualifiait elle-même de « d’abord juive, ensuite démocrate et féministe par-dessus tout le reste ».

Sara Ehrman peut avoir été célèbre avant tout pour avoir conseillé à Hillary Clinton de ne pas s’installer dans l’Arkansas pour y épouser Bill, même si elle avait travaillé sur la campagne présidentielle de George McGovern en 1972 et conseillé plus tard le président Clinton au sujet du processus de paix israélo-palestinien.

Elle avait également aidé à organiser le premier voyage de Bill Clinton en tant que président en Israël, elle avait servi au poste de directrice politique de l’AIPAC et elle avait travaillé ensuite pour J Street. Elle est morte au mois de juin, plus de 50 ans après être entrée en politique.

Sara Ehrman en 2016 (Capture d'écran : New York Times/JTA)

Sara Ehrman en 2016 (Capture d’écran : New York Times/JTA)