La justice grecque régulièrement taxée de désinvolture vis-à-vis à des infractions imputées au parti néo-nazi Aube dorée, a frappé fort en condamnant mardi à la perpétuité les deux auteurs du meurtre d’un Pakistanais à Athènes, en janvier 2013.

Que la cour criminelle d’Athènes qui jugeait les circonstances du meurtre de Shehzad Luqman, 27 ans, n’ait pas formellement reconnu le mobile raciste du crime n’entache pas la satisfaction des associations antiracistes qui avaient fait de ce procès un symbole.

« C’est la peine la plus lourde possible, elle n’a pas été accompagnée de circonstances atténuantes. Le plus important sur le caractère raciste du crime a été dit par la procureur », a réagi Thanassis Kampayannis, l’un des avocats des parties civiles.

« Il s’agit d’un crime purement raciste […] qui ne correspond en rien à l’histoire et à la culture de la Grèce », avait soutenu le parquet dans ses réquisitions.

Une déclaration qualifiée de « message à la société » par Petros Konstantinou, coordinateur du mouvement antifasciste, selon qui le procès, ouvert en décembre, a permis « de lever le voile sur la réalité du racisme et le fonctionnement d’Aube dorée qui s’est servi de la mécanique de l’Etat pour commettre ses crimes ».

Dionyssis Liakopoulos et Christos Steriopoulos, 25 et 29 ans, étaient jugés pour avoir poignardé à mort le jeune homme qui circulait à vélo dans le quartier athénien de Petralona, en contrebas de l’Acropole, au petit matin du 17 janvier 2013.

Pour les parties civiles, il s’agissait d’une agression préméditée de la part de deux militants du parti néo-nazi qui « patrouillaient » armés dans la capitale grecque, à l’instar d’autres membres d’Aube dorée qui est accusé d’avoir organisé ces dernières années des « sections d’assaut » agressant en priorité les étrangers.

Hitler,’grande personnalité’

Jusqu’au bout, les accusés ont nié toute appartenance à Aube dorée. Chez l’un d’eux, des tracts du parti avaient été retrouvés.

Ils n’ont pas contesté la rixe avec la victime qui, selon eux, bloquait le passage avec son vélo, niant toute intention meurtrière.

Leur avocat, joint par l’AFP, n’a pas souhaité commenter la décision du tribunal.

Les parents de la victime venus du Pakistan ont assisté à la plupart des audiences.

Porteur d’un discours ouvertement xénophobe et antisémite, Aube dorée est apparue dans les années 80 et a longtemps agi comme un groupuscule semi-clandestin avant de faire son entrée au parlement pour la première fois en juin 2012, au plus fort de la crise grecque.

Après avoir bénéficié de plusieurs années d’impunité, Aube dorée, qui atteint 8 % des intentions de vote dans les sondages, est au cœur d’une vaste enquête judiciaire sur les nombreuses agressions dont ses membres sont soupçonnés.

Un récent rapport présenté par 35 ONG antiracistes a recensé 166 attaques racistes en Grèce en 2013, contre 154 en 2012, dans lesquelles au moins 320 personnes ont été blessées.

Mais il a fallu attendre l’assassinat d’un musicien antifasciste grec Pavlos Fyssas, poignardé en septembre 2013 par un membre d’Aube dorée près d’Athènes, pour pousser les autorités à lancer une offensive policière et judiciaire contre ce parti.

Depuis les associations antiracistes ont noté une diminution des attaques racistes.

Sur les 18 députés élus d’Aube dorée, neuf ont été inculpés dans le cadre de cette enquête pour appartenance ou direction « d’organisation criminelle », et six ont été placés en détention provisoire.

Depuis, l’un des inculpés laissés en liberté a quitté le parti volontairement, et l’un des incarcérés en a été exclu.

Mais les élus d’Aube dorée ne font pas pour autant profil bas: le porte-parole du parti Ilias Kasidiaris, inculpé, est candidat à la mairie d’Athènes aux municipales de mai et Ilias Panagiotaros, également poursuivi, s’est signalé dimanche par une interview à une chaîne australienne.

Il y qualifie Hitler de « grande personnalité, comme Staline ». « Chaque époque a ses hommes qui font le sale boulot », a ajouté le député qui a également qualifié l’homosexualité de « maladie ».