200 000 personnes aux funérailles du rabbin Steinman
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200 000 personnes aux funérailles du rabbin Steinman

Le Premier ministre a salué "un flambeau spirituel et moral pour le peuple juif" ; 94 personnes ont été prises en charge par Magen David Adom

La foule réunie pour les funérailles du rabbin Aharon Yehudah Leib Steinman à Bnei Brak, le 12 décembre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La foule réunie pour les funérailles du rabbin Aharon Yehudah Leib Steinman à Bnei Brak, le 12 décembre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au moins 200 000 juifs ultra-orthodoxes se sont pressés mardi aux funérailles du rabbin Aaron Yehouda Leib Steinman, mort à 104 ans après avoir été le leader spirituel de cette communauté en Israël et dans le monde.

Cette personnalité respectée a exercé une influence considérable sur un groupe religieux qui observe strictement les règles du judaïsme dans tous les aspects de la vie quotidienne.

Sa disparition est présentée par certains commentateurs comme la « fin d’une époque », alors que la confrontation reste d’actualité entre le mode de vie de cette communauté largement repliée sur elle-même, qui représente 10 % de la population israélienne, et les réalités d’un pays certes très majoritairement juif mais occidentalisé et féru de modernité.

Des hommes de tous les âges portant les caractéristiques costume et chapeau noirs à larges bords se sont agglutinés autour de sa modeste maison de Bnei Brak, ville pauvre des environs de Tel-Aviv et bastion du judaïsme ultra-orthodoxe.

Des centaines de policiers ont repoussé à grand-peine les fidèles pour libérer le passage à l’ambulance transportant la dépouille du rabbin.

Les femmes se sont regroupées à l’écart, respectant les prescriptions de leur religion sur la mixité.

La foule rassemblée lors des funérailles du rabbin ultra-orthodoxe le plus éminent en Israël et dans le monde, le rabbin Aaron Yehuda Leib Shteinman, dans la ville de Bnei Brak, dans le centre d’Israël, le 12 décembre 2017 (Crédit : tAFP PHOTO / Menahem KAHANA)

Ces funérailles ont attiré au moins 200 000 personnes, selon la police.

Le personnel médical et les bénévoles des secours d’urgence du Magen David Adom (MDA) ont signalé que 94 personnes ont été prises en charge lors des funérailles.

Une déclaration du MDA a fait savoir que la majorité des personnes qui ont nécessité des soins ont été traitées pour fatigue ou pour évanouissement. Cinq ont dû être évacuées vers l’hôpital.

‘Flambeau spirituel’

Après un discours prononcé par son successeur désigné, le rabbin Gershon Edelstein, 94 ans, la lecture de son testament et la récitation de psaumes diffusés par haut-parleurs, la foule s’est déplacée en direction du cimetière pour la mise en terre.

Fidèle à son image de simplicité et de piété, il avait interdit tout mémorial en son honneur et avait demandé à être enterré dans un carré ordinaire du cimetière, sous une pierre portant simplement son nom.

Haim, propriétaire d’un magasin d’ustensiles religieux refusant de décliner son identité complète, a tenu à amener son jeune fils. « C’est la dernière occasion de manifester notre respect pour le plus grand rabbin de sa génération », a-t-il dit.

« C’est un flambeau spirituel et moral pour le peuple juif qui s’est éteint », a déploré le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le rabbin Steinman « a guidé un nombre incalculable de juifs pendant sa vie », a abondé le président Reuven Rivlin.

Rabbi Ovadia Yossef à Jerusalem, septembre 2012 (Crédit : Flash90)

Il s’est éteint mardi matin après avoir été admis à l’hôpital de Bnei Brak à la suite de problèmes respiratoires il y a trois semaines. Sa fille Dvora l’a précédé dans la mort fin novembre, à 72 ans, sans qu’il en soit informé, selon les médias israéliens.

Né en 1913 dans l’Empire russe, il avait quitté la Pologne, où il avait fait des études rabbiniques, pour la Suisse en 1937 et avait émigré pour la Palestine mandataire en 1945.

Figure de proue du judaïsme ultra-orthodoxe ashkénaze, il était devenu avec la mort du rabbin Ovadia Yossef en 2013 la principale référence spirituelle des juifs ultra-orthodoxes, ashkénazes (principalement originaires d’Europe de l’est) et sépharades (juifs orientaux).

‘Pragmatique’

Le rabbin et leader ultra-orthodoxe Aharon Yehudah Leib Steinman, à gauche, le 2 mai 2016 (Crédit : Yaakov Cohen/Flash90)

Peu connu du grand public, il passait la plupart de son temps à étudier et enseigner les textes religieux, ne quittant que rarement son petit appartement.

Les principaux dirigeants religieux du monde juif ultra-orthodoxe l’interrogeaient sur l’application des règles du judaïsme dans la vie de tous les jours.

Proche de la formation politique YaHadout HaTorah, dont les six députés appartiennent à la coalition gouvernementale de droite, il dispensait discrètement, mais activement, sa pensée sur des questions politiques intéressant sa communauté.

Le rabbin Steinman passait pour un « pragmatique », tout en professant publiquement les positions ultra-orthodoxes officielles rejetant les tentations du monde moderne israélien.

« Plus que tout autre dirigeant haredi (ultra-orthodoxe), il savait trouver très précisément le point d’équilibre entre les besoins du groupe et les besoins de l’individu », a expliqué le rabbin Yehoshua Pfeffer, qui écrit sur la loi et la pensée juives.

Le rabbin Steinman avait néanmoins été critiqué pour ses positions jugées trop modérées sur le service militaire des étudiants des écoles talmudiques, sujet éminemment sensible chez les ultra-orthodoxes.

Alors que les étudiants des écoles talmudiques sont exempts de la conscription obligatoire, il avait affirmé que les jeunes qui n’étudiaient pas les textes religieux à plein temps pouvaient servir dans l’armée.

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