L’année 2016 a été la plus meurtrière de l’histoire des attentats-suicides à la bombe, a annoncé un think-tank israélien. Ce sont 469 attentats de ce genre qui ont été commis par 800 kamikazes dans 28 pays, causant la mort de 5 650 personnes.

L’Etat islamique est le plus grand auteur d’attentats-suicides à la bombe dans le monde.

Il est directement ou indirectement responsable d’approximativement 70 % attaques, soit 322, selon des statistiques qui ont été collectées par le Terrorism and Low Intensity Conflict Research Program de l’Université de Tel Aviv pour l’institut d’études sur la sécurité nationale (INSS).

Alors que le groupe terroriste ne cesse de perdre des territoires, “il apparaît que les attentats-suicides deviendront un outil déterminant pour la consolidation de l’image d’invincibilité de l’Etat islamique, pour créer une dissuasion face à ses ennemis et agir en représailles contre les activités internationales entreprises contre le groupe », a déclaré le think-tank jeudi.

“Les partenaires de l’EI et les autres organisations terroristes vont probablement redoubler d’efforts pour mener des attaques terroristes d’ampleur, qui puissent faire une multitude de victimes”.

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Yoram Schweitzer, chercheur universitaire qui a dirigé cette étude, explique que la hausse des attentats-suicides souligne l’intensification croissante du terrorisme partout dans le monde.

« Ils représentent le test décisif lorsqu’il s’agit d’évaluer le terrorisme”, dit-il au Times of Israel, “en raison de leur effet dévastateur et du sentiment de menace qu’ils créent”.

Yoram Schweitzer (Capture d’écran : YouTube/Yoram Schweitzer)

Yoram Schweitzer (Capture d’écran : YouTube/Yoram Schweitzer)

Les attentats-suicides de ce genre sont devenus une arme de dissuasion et l’un des outils les plus efficaces pour promouvoir les objectifs poursuivis par les organisations terroristes depuis leur apparition au début des années 1980, affirme le rapport. Le recours à ce type d’attaque à la bombe a été sans précédent sous différents aspects en 2016, explique le rapport de l’INSS.

Les 469 attentats à la bombe menés par 800 kamikazes dans le monde entier constituent un chiffre en légère hausse par rapport à 2015, année durant laquelle 452 attentats-suicides à la bombe avaient été commis par 735 terroristes.

En 2016, toutefois, le nombre de morts a nettement augmenté (approximativement 5 650 en 2016 contre 4 330 en 2015), tout comme le nombre de blessés (qui est passé de 8 800 en 2015 à 9 480 en 2016), selon le rapport. De plus, le nombre de pays touchés par des attentats-suicides à la bombe a atteint un nouveau record (28 pays en 2016 contre 22 en 2015).

Les auteurs de l’étude ont noté par ailleurs que l’Etat islamique avait revendiqué la responsabilité de centaines d’attentats-suicides à la bombe en plus de ceux collectés dans l’étude « mais un grand nombre de ces attaques n’ont ni été repris en détail dans les médias, ni soutenus par des sources indépendantes ou des preuves du terrain. Elles n’ont donc pas été incluses ».

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Et l’étude révèle pourtant qu’ « il y a eu une légère baisse de la fréquence des attentats-suicides à la bombe en Asie du sud, et une chute substantielle de leur fréquence en Afrique ». D’un autre côté, l’Etat islamique et d’autres groupes, inspirés par l’EI ou qui lui sont affiliés, “ont intensifié leurs efforts pour exporter le terrorisme kamikaze en Europe”.

Au Moyen-Orient, le nombre d’attentats-suicides a augmenté de 45 % en 2016 par rapport à 2015 (298 attaques contre 207) et le nombre de kamikazes et de victimes a également augmenté de façon significative (513 terroristes kamikazes et approximativement 3 915 victimes mortellement touchées en 2016 contre 353 kamikazes et 2 294 morts en 2015).

La vaste majorité des attentats-suicides à la bombe dans la région – environ 90 % – ont été perpétrés par l’Etat islamique ou ses groupes affiliés.

Des soldats libanais patrouillent dans le village chrétien de al-Qaa, à proximité de la frontière du pays avec la Syrie ravagée par la guerre, le lendemain de deux attentats suicides à la bombe perpétrés dans le village, tuant et blessant plusieurs personnes, le 28 juin 2016 (Crédit : AFP)

Des soldats libanais patrouillent dans le village chrétien de al-Qaa, à proximité de la frontière du pays avec la Syrie ravagée par la guerre, le lendemain de deux attentats suicides à la bombe perpétrés dans le village, tuant et blessant plusieurs personnes, le 28 juin 2016 (Crédit : AFP)

En Syrie, pays déchiré par la guerre, le nombre d’attentats-suicides à la bombe s’est élevé d’environ 38 % (55 attaques de ce type en 2016, contre 40 l’année précédente). En Libye, le combat entre l’armée et l’Etat islamique a causé « une augmentation majeure des attentats-suicides à la bombe » (on en a compté 28 en 2016 contre 13 en 2015).

L’étude révèle également une forte hausse des attentats-suicides à la bombe en Turquie (21 en 2016 contre 5 en 2015) et au Yémen (34 en 2016 contre 13 en 2015). Des attentats-suicides de ce genre ont également eu lieu en Arabie Saoudite (4), en Egypte (4), en Jordanie (2), et en Tunisie, au Liban, au Koweït et en Israël (1 chacun).

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L’implication des femmes kamikazes dans les attentats à la bombe est encore une fois significatif, rapporte l’étude : 44 attentats-suicides à la bombe ont été commis durant l’année avec la participation de 77 femmes dans huit pays du monde, provoquant la mort d’environ 400 personnes.

Même si le nombre d’attentats-suicides menés par des femmes a chuté nettement en comparaison avec le nombre record de 118 attaques à la bombe enregistrées en 2015, il apparaît que l’utilisation des femmes comme kamikazes s’est étendue cette année, essentiellement là où elles n’avaient jamais opéré auparavant : en France, en Autruche, au Maroc, en Libye, au Bangladesh et en Indonésie – la majorité de ces attentats ayant été déjouée par les services de sécurité.