Le dimanche 26 novembre seront renouvelés la moitié des administrateurs du Consistoire de Paris, qui fédère la plupart des synagogues franciliennes. Treize postes sont à pourvoir. Le scrutin aura lieu de 9 heures à 17 heures dans 49 bureaux de vote situés dans différents lieux de culte. Un nombre jugé suffisant pour que toute personne habilitée à mettre un bulletin dans l’urne puisse se déplacer.

A chacun est attribué un bureau particulier, proche de son domicile, qui lui est indiqué ces jours-ci par voie postale. Il y aurait environ trente mille électeurs potentiels, à jour de cotisation pour l’année 2016.

Contrairement à un préjugé négatif répandu dans l’Hexagone chez les Juifs pratiquants eux-mêmes, les élections consistoriales attirent une proportion convenable de votants : plus de cinq mille la fois précédente, en novembre 2013, – soit un adhérent sur six. C’est davantage que la moyenne enregistrée généralement dans le monde associatif français.

Il faut souligner que la gestion en question intéresse de près les fidèles, dans la mesure où le Consistoire ne se contente pas d’organiser les offices ou de rémunérer le corps rabbinique. Il certifie les produits casher par le biais du Beth Din (tribunal rabbinique) de la capitale, s’occupe des mariages et divorces religieux ou encore du rituel funéraire.

Enfin, il n’a en principe aucun rôle politique mais est l’interlocuteur des pouvoirs publics s’agissant du culte. Ce n’est pas anodin au moment où certains remettent en cause l’abattage rituel (shehita), la circoncision (brith mila) ou, à l’échelon diplomatique, le caractère juif des lieux saints de Jérusalem à travers les résolutions controversées votées par l’UNESCO l’hiver dernier avec l’abstention de Paris, laquelle a provoqué un tollé au sein du judaïsme français.

Le renouvellement intervient tous les quatre ans et les mandats durent huit ans. Il n’est pas interdit d’effectuer plusieurs mandats.

Lorsque le nouveau conseil d’administration sera désigné à l’issue du scrutin, le dermatologue d’origine marocaine Joël Mergui, fils de rabbin, inamovible président du Consistoire de Paris depuis 2006 et aussi du Consistoire central (organe fédérateur du culte juif à compétence nationale) depuis 2008, ne remettra pas formellement son premier titre en jeu.

Jack-Yves Bohbot (Crédit : capture d’écran Twitter)

Néanmoins, une réunion du conseil est prévue en janvier prochain pour le confirmer dans sa fonction et lui garantir une confiance réitérée. Il est peu probable qu’il soit poussé vers la sortie mais rien n’est exclu.

Choix uninominal

En effet, le choix est paradoxal. Il est uninominal, on se prononce exclusivement sur des individus et non sur des listes (on peut cocher entre sept et treize noms sur le bulletin). Mais les vingt-cinq candidats déclarés à ce jour se sont regroupés de fait en deux « communautés de pensée », à l’exception de trois personnalités complètement indépendantes.

Neuf d’entre eux préconisent des changements, sous l’intitulé « Notre Consistoire pour demain », et expriment leur défiance à l’égard de la gouvernance actuelle. Leur chef de file officieux est l’avocat d’affaires David Revcolevschi, qui siège déjà au sein de l’institution et rêve de remplacer Joël Mergui si les circonstances l’y autorisent.

David Revcolevschi (Crédit : autorisation)

Mais ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils ne contestent pas la ligne très stricte du Consistoire sur le plan de l’application de la Halakha (Loi juive). Néanmoins, ils souhaitent plus d’ouverture sur la société civile, plus de transparence comptable, plus de place pour les femmes ou encore le renforcement des talmudei Torah (cours de préparation à la bar et à la bat mitzva), dont les effectifs sont en chute depuis quelques années. Des priorités partagées par beaucoup.

Au-delà des affinités, mésententes et ambitions personnelles, on ne voit pas se dessiner une véritable alternative à l’action globale conduite sous la houlette du président Mergui.

Du côté des treize « légitimistes » de la tendance « Osons le judaïsme ! » qui soutient la majorité sortante, rien de très original non plus à la lecture des professions de foi. Le dentiste David Amar, le financier et militant politique parisien – chez Les Républicains – Jack-Yves Bohbot, tous deux présents dans l’équipe précédente, et leurs amis optent pour la continuité.

D’autre part, ces regroupements ne sont nullement gravés dans le marbre. Joël Mergui peut décider d’infléchir sa conduite et les orientations du Consistoire selon les résultats du vote, et tel ou tel
« opposant » pourrait rejoindre les partisans du président en fonction de ses engagements à venir.

Davd Amar (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Il n’empêche que ce dernier déploie une intense énergie pour éviter les compromis et obtenir le large satisfecit dont il estime avoir besoin afin de continuer à gouverner avec aisance et autorité ou… « autoritarisme », selon ses détracteurs.

Un test à quelques mois de l’ouverture annoncée, au printemps 2018, du Centre européen du judaïsme (CEJ) de la porte de Courcelles, dans le 17ème arrondissement, qui sera le plus vaste et le plus moderne espace communautaire du Vieux Continent : le « bébé » de Joël Mergui et l’ambitieux projet qu’il porte depuis près d’une décennie.

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