Trois djihadistes présumés, parmi lesquels figure un proche de Mohamed Merah, auteur d’une tuerie antisémite dans une école juive française en 2012, ont été mis en garde à vue mardi en France à leur retour d’un voyage en Syrie, selon le ministère français de l’Intérieur.

Les trois hommes avaient été arrêtés fin août en Turquie puis remis aux autorités françaises qui les ont placés en garde à vue dans les locaux des services de renseignement à leur arrivée sur le sol français, à l’aéroport parisien d’Orly, selon cette source.

L’un des interpellés avait déjà été arrêté en 2007 dans une précédente affaire à caractère terroriste.

Un autre se trouve être le mari de Souad Merah, soeur aînée de Mohamed Merah, un jeune de Toulouse (sud-ouest), tué par la police en mars 2012 après avoir assassiné au nom du djihad sept personnes, dont plusieurs enfants d’une école juive de la ville.

Souad Merah a rejoint la Syrie via l’Espagne et la Turquie, avait annoncé en juin le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, en précisant qu’elle serait arrêtée en cas de retour en France.

Le nombre de jihadistes européens partis combattre en Syrie et en Irak est en hausse, à « environ 3 000 », a affirmé mardi à l’AFP le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, qui donnait en juillet le chiffre de quelque 2 000.

Gilles de Kerchove a jugé « possible » que cette augmentation soit due à l’avancée sur le terrain du groupe Etat Islamique et à la proclamation d’un « califat » sur les zones conquises.

« Le flux ne s’est pas tari et il est possible que la proclamation du califat ait eu un certain impact », a-t-il affirmé dans un entretien avec l’AFP. Il « évalue à environ 3 000 » le nombre des jihadistes partis d’Europe.

Ces combattants viennent pour la plupart de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas, de Suède et du Danemark, mais « quelques-uns » aussi d’Espagne, d’Italie, d’Irlande et désormais d’Autriche. « Même un pays comme l’Autriche a maintenant des combattants, ce que nous ne savions pas auparavant », a dit M. de Kerchove.

Selon lui, entre 20 % à 30 % de ces ressortissants ou résidents européens sont rentrés chez eux. Certains ont repris une vie normale mais d’autres souffrent de stress post-traumatique tandis qu’une partie radicalisée représente une menace.

« Le défi pour chaque Etat membre est d’évaluer chacun d’entre eux, d’évaluer leur dangerosité et d’apporter la meilleure réponse », a-t-il souligné.

Le risque du « loup solitaire »

La crainte principale n’est pas celle d’une attaque de grande ampleur comme les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, mais « un loup solitaire avec une Kalachnikov peut faire beaucoup de dégâts ».

Un jeune Français, Mehdi Nemmouche, récemment rentré de Syrie en Belgique en passant par l’Allemagne, a été inculpé pour la fusillade qui a tué fin mai quatre personnes au musée juif de Bruxelles. Il a été accusé d’avoir également été le geôlier d’otages français en Syrie.

« Le défi pour chaque Etat membres est d’évaluer chaque personne de retour en Europe, leur dangerosité afin d’apporter la réponse la plus appropriée », a expliqué M. de Kerchove.

Il a salué l’adoption prévue mercredi par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution visant à bloquer les déplacements des apprentis djihadistes, leur formation et leur financement. Cela « répond vraiment aux bonnes questions. Mais c’est évidemment à chaque Etat de s’en saisir », a estimé le responsable de l’UE.

La France a adopté la semaine dernière un projet de loi de « lutte contre le terrorisme », qui crée une interdiction de sortie du territoire pour empêcher le départ de jeunes Français candidats au jihad. Début septembre, le Premier ministre britannique, David Cameron, avait annoncé des mesures comme la saisie aux frontières du passeport de ses concitoyens soupçonnés de radicalisme.

M. de Kerchove a aussi évoqué le risque d’attaques de « représailles » après la formation d’une coalition anti-djihadistes et le lancement de frappes aériennes en Irak et en Syrie.

Les Français, qui se sont engagés auprès des Américains en Irak, « sont plus visibles » que d’autres, a-t-il souligné en rappelant l’enlèvement d’un Français dimanche en Algérie.

Pour M. de Kerchove, beaucoup de jeunes peuvent se rendre assez facilement en Syrie en passant par la Turquie voisine. Ankara tente de les interpeller et de les renvoyer chez eux. « Il faut faire plus, c’est vrai. Mais nous travaillons ensemble », a-t-il assuré en refusant le « jeu » consistant à se renvoyer la responsabilité.

« Nous comprenons les difficultés des Turcs. Nous avons un dialogue excellent, et nous voyons comment nous pouvons travailler encore plus étroitement ensemble ».