Dans une lettre adressée au Times britannique, trois éminents écrivains juifs ont accusé le parti travailliste de Jeremy Corbyn d’un antisémitisme « répandu » déguisé en critique d’Israël et de ses politiques.

Le chroniqueur primé Howard Jacobson et les historiens et auteurs Simon Sebag Montefiore et Simon Schama ont écrit dans la lettre de lundi qu’ils étaient « troublés par le ton et la direction du débat sur Israël et le sionisme au sein du Parti travailliste ».

« Nous ne nous opposons pas à une critique juste des gouvernements israéliens », écrivaient-ils, « mais cela devient indiscernable d’une diabolisation du sionisme lui-même – le droit du peuple juif à une patrie et à l’existence même d’un Etat juif. «

Alors que tous les trois ont critiqué certaines politiques israéliennes dans le passé, ils ont averti que parfois la critique peut devenir de l’antisémitisme.

Howard Jacobson is a witness for the plaintiff in the case against UCU (photo credit: Courtesy)

Howard Jacobson. (Autorisation)

« La critique constructive des gouvernements israéliens s’est transformée en quelque chose de plus proche de l’antisémitisme sous le manteau du soi-disant anti-sionisme », ont-ils écrit.

En écrivant quelques jours après le 100e anniversaire de la Déclaration Balfour, qui a ouvert la voie à la création d’Israël, ils ont déclaré que le chef des travaillistes n’avait pas fait assez pour éliminer l’antisémitisme de son parti.

« Ces thèmes et cette rhétorique sont devenus répandus dans le parti travailliste de Jeremy Corbyn… Jusqu’à présent, la réaction des dirigeants travaillistes a été dérisoire. Il ne suffit pas de dénoncer tous les racismes. »

L’écrivain Simon Schama. (Crédit : Oxford Film and Television Ltd)

Corbyn, largement considéré comme hostile à Israël, a choisi de ne pas assister à un dîner spécial du centenaire de la Déclaration Balfour à Londres la semaine dernière, en présence du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Une vidéo illustrant le soutien de Corbyn lors d’un rassemblement anti-Balfour samedi a été diffusée.

Une enquête interne menée en juin 2016 a révélé que le parti travailliste n’était pas envahi par l’antisémitisme, mais qu’il signalait une « atmosphère parfois toxique ».

Le député travailliste Fabian Hamilton, le porte-parole du parti au Moyen-Orient, a insisté la semaine dernière sur le fait que Corbyn n’est pas antisémite.

« Cela ne me réjouit pas qu’il soit dénigré », a-t-il dit. « Je pense que les perceptions des opinions de Jeremy Corbyn sont fausses. Il ne déteste certainement pas le peuple juif.  »

Il a néanmoins concédé : « Nous connaissons ses antécédents en matière de soutien à Israël, et ce n’est pas bon. »

L’historien Simon Sebag Montefiore (autorisation)

L’auteur à succès Jacobson a remporté le très prestigieux Man Booker Prize en 2010 et est connu pour son franc-parler occasionnel sur des questions liées à Israël. Le roman qui lui a valu le prix, The Finkler Question, est un regard sur le discours public sur la montée de l’antisémitisme européen, et demande si l’anti-sionisme britannique constitue un antisémitisme.

Auteur de L’histoire des Juifs: trouver les mots 1 000 avant JC-1492 AD, Schama a également critiqué la politique d’Israël.

« Je suis passionnément investi dans la survie d’Israël et tout ce qu’Israël représente. Mais je suis extrêmement critique envers une grande partie de sa politique », a déclaré Schama dans une interview accordée en 2014 au Times of Israël.

« Je crois que l’occupation doit cesser. Et si ce n’est pas le cas, cela mettra fin à Israël. Je ne suis pas en faveur des implantations. »

Montefiore est un auteur de fiction et de non-fiction, et a écrit le best-seller Jérusalem: la biographie, une nouvelle histoire du Moyen-Orient.

Mercredi 8 novembre, à Jérusalem, la série ‘The Times of Israël Presents’ présentera une projection de « Whitewashed », un documentaire de JTV sur l’antisémitisme dans le parti travailliste britannique.