Tôt le matin du 23 octobre 1973, Arye David se trouve sur une colline des hauteurs du Golan, à proximité de l’imposant mont Hermon. Bien qu’il faisait encore nuit, le soldat israélien posté au haut de la route pouvait voir se profiler trois tanks de son armée.

La guerre du Kippour avait commencé 17 jours plus tôt, avec des attaques surprises et coordonnées de l’Egypte et de la Syrie contre Israël. Elle devait prendre fin avec un accord de cessez-le-feu conclu sous deux jours.

David, alors soldat combattant, était en congé chez sa famille à Gedera quand la guerre a éclaté.

Un ami de Beer Sheva fait un détour pour venir le chercher, et les deux membres de la brigade d’élite Golani, ont rejoint leur base près de Haïfa. De là, ils ont été transportés vers le Golan.

Aujourd’hui âgé de 63 ans et résidant dans sa ville natale, David se souvient que le 22 octobre, lui et sa compagnie 1, ses 51 camarades de bataillon, devaient se poster sur la Colline 16. Mais tandis que trois tanks avançaient, le 23 octobre, à quelque 27 mètres de lui, ils ont été interrompus par une explosion – l’un des tanks avait heurté une mine syrienne.

David a pu voir au moins deux soldats chercher refuge, mais ils ont immédiatement essuyé des tirs de la force syrienne qui avait attiré les tanks dans l’embuscade.

« Quand j’ai vu cela, j’ai tiré dans la direction [des Syriens] pour les arrêter », raconte David, estimant l’ennemi à 330 mètres.

Une ambulance est arrivée dans les 15 minutes pour évacuer les soldats blessés, tandis que David et ses camarades affrontaient les tireurs d’élite syriens.

Finalement, les Syriens « ne tiraient plus sur les ambulances, » dit-il. «J’ai dû faire en sorte que [l’ambulance] puisse faire son travail dans le calme. »

Combien de blessés « tankistim » ont été évacués, qui étaient-ils, qui d’entre eux a survécu – « ce sont les questions que je me pose, c’est le mystère », observe David.

Au fil des décennies, l’incident et le sort des tankistes l’ont préoccupé, mais il a rarement abordé de la question. David n’a même pas maintenu le contact avec les membres de son unité.

Il se souvient de certains de leurs noms, comme son commandant, Shuki Viatar, qui a été tué dans une autre bataille sur le Golan ; ou un autre soldat de son unité, Udi Londner, qui a été blessé dans le dos et s’est rétabli ; et Benny Massas, décédé depuis.

« Je ne pouvais pas en parler pendant tout ce temps à cause du traumatisme. Un peu comme l’ont ressenti les survivants de l’Holocauste », pointe David.

Aujourd’hui, il tient à savoir ce que sont devenus les hommes qui ont été évacués par l’ambulance et ont probablement reçu un traitement médical – en partie grâce à son combat contre les tireurs d’élite.

« Il est possible qu’ils ne se rappellent même pas cet épisode », dit David. « Je veux qu’ils sachent ce qui est arrivé. Ils pourraient penser que c’était facile, qu’ils sont simplement entrés dans l’ambulance. »

« Je veux qu’ils sachent ce que j’ai dû faire pour les sauver. Je suis heureux de les avoir sauvés. Nous étions en haut [sur la colline], alors bien sûr ils ne pouvaient pas savoir. De plus, ils étaient sûrement en état de choc, ils venaient de sauter sur une mine. »

David a récemment diffusé son appel dans l’émission de radio israélienne « Hamador Lehipus Krovim » (avis de recherche de proches).

« Les survivants voudront certainement vous serrer la main, vous avez aidé à les sauver », lui a affirmé l’animateur de l’émission, Izi Mann. « Nous espérons qu’au moins l’un d’entre eux a survécu. Vous méritez des remerciements. »

Le JTA a pu localiser Londner, un résident de Herzliya. Il hésite lorsqu’on lui demande de se rappeler de l’incident.

« C’est du passé », déclare Londner.

Il fait pourtant référence à Igal Sarna, qui selon Londner a combattu dans une bataille de tanks au matin du 23 octobre.

Sarna, journaliste et auteur chevronné qui vit à Tel Aviv, se souvient que son unité de tankistes était attachée à une unité Golani ce jour-là.

« Nous avons rampé jusqu’à cette route toute la nuit et sommes arrivés au lever du jour. Il faisait froid », écrit-il dans un courriel. « La route était étroite. La conduite était difficile. Nous avons atteint le sommet, et nous sommes tombés dans une embuscade syrienne. Notre tank a heurté une mine. »

« Je ne me souviens pas qui était dans le tank avec moi. Nous sommes ensuite passés dans un autre tank. Je pense que ce tank était celui de l’un des sous-commandants de bataillon, Nissim Yossef, qui a été touché au poumon et a été évacué. Le tank était plein de sang. Les Syriens ont tiré sur nous et ont frappé un commandant tankiste, qui a été tué d’une balle dans la tête ».

La bataille, dit Sarna, a duré environ une heure, au moins 12 soldats israéliens ont été tués. Une fois que les tireurs d’élite syriens ont été éliminés, Israël a repris la Colline 16 et a contrôlé le Hermon.

« Je pense à cette bataille depuis de nombreuses années », dit Sarna, faisant écho à David.

Sarna affirme qu’il n’a jamais rencontré David et n’est pas sûr d’être parmi ceux qu’il espère trouver.

David, quant à lui, est aidé dans sa recherche par l’un de ses six enfants, un détective privé.

Le prénom de ce fils est Hermon.

(Veuillez écrire un e-mail à Hillel Kuttler à seekingkin@jta.org si vous connaissez les noms des hommes qui ont été évacués dans la matinée du 23 octobre 1973.)