JTA – Le gouvernement israélien a adopté en novembre dernier une décision historique qui facilitait la voie vers la conversion à environ 400 000 Israéliens qui ne sont pas considérés comme Juifs par le grand rabbinat d’Israël.

La réforme permettait à quelque 30 rabbins orthodoxes de la ville d’effectuer des conversions reconnues par l’État – soit une augmentation par rapport aux quatre tribunaux contrôlés par le grand rabbinat. La loi visait à créer des normes plus souples, dans les limites de la conversion orthodoxe.

Les partis politiques orthodoxes se sont opposés à la mesure, qui, selon eux, affaiblirait le grand rabbinat. Entrés en mai dans la coalition au pouvoir, ces partis ont initié un renversement de la décision, et un retour au statu quo d’avant novembre. Voici cinq choses que vous devez savoir à propos de la décision et de sa rétractation.

1. La décision abrogée visait à faciliter les conversions de centaines de milliers d’Israéliens non juifs

Avant que le gouvernement précédent ne prenne la décision en novembre dernier, les Israéliens souhaitant se convertir au judaïsme orthodoxe ne pouvaient le faire que dans l’un des quatre tribunaux gérés par le grand rabbinat.

Cela signifiait que les convertis potentiels devaient répondre aux normes strictes et souvent ardues – comme s’engager à envoyer leurs enfants dans une école orthodoxe.

La décision du gouvernement, approuvée par un vote du cabinet, accordait à quelque 30 rabbins orthodoxes le pouvoir d’effectuer des conversions – dont certains, comme la Rav Shlomo Riskin d’Efrat, né aux Etats-Unis, se situent du côté libéral du monde orthodoxe.

La décision concernait 400 000 Israéliens, principalement des russophones, qui ont immigré en Israël avec leurs proches juifs selon la Loi du retour, mais ne sont pas Juifs selon la Loi juive orthodoxe (halakha). La décision visait à assouplir les normes de conversion et à donner à ces Israéliens plus de liberté de choix.

2. Les partis ultra-orthodoxes se sont opposés à la réforme car elle affaiblit le grand rabbinat

Les partis haredis – Shas et Yahadout HaTorah – se sont opposés à la décision car elle brise le monopole du grand rabbinat, régi par les ultra-orthodoxes, sur les normes des conversions. Etant absents du précédent gouvernement, les partis furent incapables d’entraver la décision.

Mais une fois que Shas et Yahadout HaTorah sont entrés dans la coalition israélienne en mai, ils ont entrepris d’abroger la décision.

Cette action entre dans le cadre d’un plus large démantèlement des réformes religieuses promues par les législateurs laïcs et orthodoxes modernes au cours des deux dernières années.

L’accord de coalition entre le Likud et Yahadout HaTorah préconisait de revenir au statu quo de 2013, et cette semaine, le gouvernement a tenu cette promesse, infirmant la réforme.

La mesure a d’abord été présentée comme un projet de loi, qui devait traverser un long processus de votes à la Knesset. La coalition en a fait une décision gouvernementale, ne nécessitant qu’une majorité de oui au sein du cabinet.

Mais cela signifiait qu’une majorité simple au cabinet pourrait entraver la réforme, et c’est ce qui est arrivé dimanche.

3.Les partisans de la décision de novembre ne disposent pas de nombreuses options

Les défenseurs du pluralisme religieux avaient qualifié le gouvernement précédent sans haredim de « fenêtre d’opportunité ». Cette fenêtre s’est brusquement fermée avec l’accord Likud-Yahadout HaTorah, qui donne satisfaction à toutes les demandes des partis ultra-orthodoxes.

Les organisations pluralistes peuvent toujours essayer de renverser la loi devant les tribunaux. Au cours des dernières situations similaires, les groupes ont soumis des pétitions affirmant que les restrictions religieuses allaient à l’encontre de la Loi fondamentale semi-constitutionnelle : dignité et liberté humaine.

Un tel procès, cependant, pourrait prendre des années et ses sentences seraient ensuite difficiles à appliquer, même si le tribunal déclarait la législation actuelle invalide.

Compte tenu de l’histoire politique tumultueuse d’Israël, une élection dans les prochaines années est beaucoup plus probable. Donc, pour les partisans de la réforme, le meilleur pari est de rallier le soutien du public pour un changement et d’espérer que le vote penche de leur côté la prochaine fois.

4.La plupart des Israéliens juifs soutiennent un changement des lois de la conversion

Bonne nouvelle pour les partisans de la réforme : la population est de leur côté. Selon plusieurs sondages, la majorité des Israéliens soutiennent la réforme. Un sondage réalisé par Hiddush 2014, une organisation qui milite pour le pluralisme religieux, révèle que 64 % des Israéliens veulent qu’Israël reconnaisse les conversions des courants conservateurs et réformés, tout comme celles des orthodoxes.

Suite aux résultats des élections de mars, qui ont clairement montré que les partis ultra-orthodoxes rejoindraient le gouvernement, Hiddush a révélé que 62 % des Israéliens juifs préféreraient un gouvernement sans partis ultra-orthodoxes.

5. Cela ne concerne pas les conversions des conservateurs et réformés

Une chose doit être claire : la décision du gouvernement de l’an dernier ne modifie nullement le statut des conversions non orthodoxes. Il s’agissait tout simplement d’une expansion des conversions orthodoxes reconnues par l’Etat. Les cérémonies des conservateurs et réformés n’étaient pas reconnues ; elles ne le sont toujours pas.

Ainsi, lorsque les dirigeants non orthodoxes condamnent l’annulation de la réforme, ils s’opposent surtout au monopole du grand rabbinat sur les services religieux.

Yizhar Hess, chef du mouvement conservateur d’Israël, a écrit dimanche sur Facebook que la décision montre une « faiblesse [du Rabbinat], non sa force ». Si le Rabbinat se sentait bien assis sur ses positions, a-t-il écrit, il ne se serait pas senti menacé par la réforme.