WASHINGTON (JTA) – Six membres libéraux de la Conférence des Présidents des organisations juives américaines majeures ne se rendront pas au gala organisé pour Hanoukka, parce qu’il aura lieu dans un hôtel appartenant au président américain élu Donald Trump.

L’Union pour un judaïsme réformé, la Conférence centrale des rabbins américaines, le Conseil national des femmes juives, Américains pour La Paix Maintenant, l’association sioniste progressiste Ameinu, et le Cercle des travailleurs ont tous annoncé qu’ils ne participeraient pas à la fête prévue pour le 14 décembre, au Trump International Hotel à Washington, D.C.

Certaines associations ont évoqué le sectarisme qu’elles associent à la campagne de Trump pour justifier leur absence. D’autres ont pointé du doigt les conflits d’intérêts auxquels fait face le président avec les entreprises qu’il détient.

Deux groupes, Américains pour La Paix Maintenantet le groupe de justice culturelle et sociale du Cercle des travailleurs ont également parlé de leurs inquiétudes concernant le co-organisateur de cette réception, l’ambassade d’Azerbaïdjan.

« Nous aurions espéré que la Conférence des Présidents serait un négociateur honnête pour apaiser les craintes que nous avons sur la future administration », a écrit Nancy Kaufman, présidente du Conseil national des femmes juives à Malcom Hoenlein, vice-président exécutif de la Conférence.

Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump arrive à un rassemblement organisé au Spooky Nook Sports center à Manheim, en Pennsylvanie, le 1er octobre 2016 (Crédit : AFP Photo/Mandel Ngan)

Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump arrive à un rassemblement organisé au Spooky Nook Sports center à Manheim, en Pennsylvanie, le 1er octobre 2016 (Crédit : AFP Photo/Mandel Ngan)

« Tant que le président élu ne règle pas ses nombreux conflits d’intérêts, il est préférable que nous restions neutre et n’enflammions pas le conflit en organisant un événement à l’Hotel Trump de D.C., qui, comme nous le savons, est truffé de questionnements. »

Hoenlein n’a pas répondu aux sollicitations de JTA, mais la semaine dernière, lorsque le JTA a mentionné cette invitation, Hoenlein avait déclaré que le lieu avait été choisi par l’ambassade d’Azerbaïdjan et non pas par la Conférence.

« L’ambassade a réservé la salle. Ils ont choisi celle-ci parce qu’il fallait un endroit près de la Maison Blanche », a indiqué Hoenlein, précisant que la dernière fête de Hanoukka de l’administration d’Obama aurait lieu le même jour.

Hoenlein a ajouté que le fait d’utiliser un endroit appartenant à Trump ne devrait en rien toucher quiconque ayant un lien avec l’administration.

« Vous pensez que Trump sait qui loue une salle dans son hôtel et que cela influence la façon dont il nous perçoit ? » a-t-il demandé de façon rhétorique.

Malcolm Hoenlein (Photo credit: Yossi Zamir/Flash 90)

Malcolm Hoenlein, alors vice-président exécutif de la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, en février 2012. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

La Conférence des présidents, l’organisme-cadre de la politique étrangère des communautés juives, représente plus de 50 groupes-membres.

D’anciens responsables de l’éthique des administrations démocrates et républicaines ont déclaré que les entreprises détenues par Trump poseront un problème de conflits d’intérêts dès lors que le président prendra le pouvoir le mois prochain. En effet, des pays étrangers pourraient solliciter des faveurs en travaillant avec ses entreprises.

L’équipe de transition de Trump a déclaré qu’il s’était désinvesti de tous ses titres d’actions en juin. Trump a également annoncé qu’il annoncera prochainement la façon dont il compte séparer business et présidence.

L’Union pour un judaïsme réformé, tout comme le Conseil national des femmes juives, a annoncé qu’il n’était pas convaincu du bien-fondé de leur action, à savoir, faire affaire avec un commerce appartenant à Trump.

« Cette décision est, au mieux, un dialogue de sourds, au pire une flagornerie dévoilée », a déclaré Rick Jacobs, président de l’Union pour un judaïsme réformé.

Rabbi Rick Jacobs. (photo credit: Clark Jones, Courtesy the Union for Reform Judaism)

Le rabbin Rick Jacobs lors de sa nomination à la tête du mouvement réformé, en 2012. (Crédit : Clark Jones/ Union pour un judaïsme réformé)

« Et particulièrement lorsque le président élu lui-même travaille au plus haut poste de l’administration américaine tout en présidant une entreprise aux avoirs conséquents, il aurait été préférable de choisir l’une des 3 000 autres options de salles qui existent à Washington, a déclaré Jacobs. Si la Conférence a tant de mal à trouver une salle sans connotation politique, le service des conférences de l’UJR sera ravi d’apporter son aide. »

Norm Eisen, ancien responsable de l’éthique pour l’administration d’Obama, a expliqué que dans cette affaire, le problème était Trump, et non pas ceux qui gèrent son empire.

« La solution pour ce genre de problèmes serait que Trump se désinvestisse en faisant une confiance aveugle, sans cibler ni condamner ceux qui gèrent l’hôtel, a analysé Eisen pour JTA. Même si je ne m’y rends pas, je ne critiquerais pas ceux qui iront. Le problème ici, c’est Trump. »

La Conférence centrale des rabbins américains, l’association rabbinique du mouvement réformé, a noté les préoccupations au sujet de la future administration, et a parlé du sectarisme qu’elle affirme que Trump a normalisés pendant sa campagne et avec le choix de ses conseillers.

« Particulièrement en tant que représentants d’une communauté qui a été tant impactée par l’histoire de l’Holocauste et de l’immigration, nous pensons que toutes les associations juives devraient s’opposer férocement et constamment à toute normalisation du sectarisme », a déclaré le groupe dans un communiqué publié mercredi.

« Le thème de la fête de Hanoukka, ‘liberté et diversité’, est certainement contraire aux paroles que nous entendons du cercle proche et des nominés de M. Trump, a déclaré l’association. Tant que M. Trump ne dénoncera pas l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie et le sexisme qui ont touché sa campagne et sa transition, nous rejoindrons notre collègue, le rabbin Rick Jacobs de l’Union pour un judaïsme réformé, et affirmerons qu’il s’agit d’une salle inappropriée pour un évènement organisé par la Conférence des présidents. »

Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)

Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)

Il y a deux semaines, pendant son premier rassemblement important depuis les élections, Trump avait condamné « le sectarisme et les préjugés sous toutes leurs formes. » Son équipe de campagne a déclaré que les remarques précédentes sur les Mexicains, les musulmans, les handicapés et les femmes, ainsi que son utilisation de thèmes et d’images que les associations juives avaient trouvé dérangeante, avaient toutes été mal interprétées.

Le Cercle des travailleurs, qui promeut la culture et l’éducation juive, a cité lui aussi ce qu’il a appelé des aspects troublants de la campagne de Trump dans une lettre adressée à Hoenlein. « Le programme de sa campagne présidentielle comprenait un registre des musulmans et une interdiction faite aux musulmans et à d’autres d’immigrer aux Etats-Unis », a déclaré le groupe.

« Ses meetings ont inclus des saluts nazis, et dans ce climat, notre pays est à présent témoin d’une hausse importante des actes antisémites, a-t-il déclaré. Tout ceci arrive sans aucune tentative de la part de Trump de mettre fin au discours de haine que sa campagne a activement propagé. »

Le Cercle des travailleurs s’est également opposé au partenariat avec l’Azerbaïdjan, qu’il décrit comme un régime « qui autorise la suppression violente de toute opposition. » L’association a lancé une pétition appelant la Conférence à abandonner son partenariat avec l’ambassade d’Azerbaïdjan et à changer de salle.

Des organisations juives ont déjà co-organisé des évènements avec des pays autocrates qui protégeaient néanmoins leurs communautés juives, ou avaient de bonnes relations avec Israël. L’Azerbaïdjan possède ces deux caractéristiques.

Israël et l’Azerbaïdjan se sont rapprochés ces dernières années. Le pays d’Asie centrale a envoyé un avion de lutte contre le feu pour aider l’Etat juif à lutter contre les incendies qui ont balayé le pays le mois dernier, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé qu’il prévoyait de visiter bientôt le pays.

Le rabbin Yona Yaakobi devant la plus grande synagogue en activité de Krasnaya Sloboda, ville juive d’Azerbaïdjan. (Crédit : autorisation)

Le rabbin Yona Yaakobi devant la plus grande synagogue en activité de Krasnaya Sloboda, ville juive d’Azerbaïdjan. (Crédit : autorisation)

L’Azerbaïdjan a également protégé sa communauté juive, et pris des mesures pour préserver son patrimoine.

Le New Israel Fund, qui finance des causes sociales en Israël et ne participe pas à la Conférence des présidents, a déclaré dans un communiqué que « toute organisation qui choisit ce moment pour organiser une fête dans un hôtel de Trump est complètement déconnectée de la majorité des juifs américains », a déclaré son président, Daniel Sokatch.