JTA – Les trois parachutistes qui portent leur regard vers le mur Occidental. Les troupes qui se délectent dans les eaux du canal de Suez.

Les vues panoramiques d’une Galilée désormais invulnérables aux bombardements depuis le sommet du plateau du Golan.

Sans parler de l’hymne de Naomi Shemer « Jérusalem d’or », réédité après la guerre des Six Jours avec un nouveau vers qui célèbre la Vieille Ville. Ou les implantations, les Palestiniens, les tensions, la violence.

Tout cela, et bien d’autres choses encore, sont les images, les souvenirs et les défis qui persistent après 50 années de triomphe, d’introspection et de deuil.

Mais il y a des anomalies – petites rides qui en disent long sur ce que la guerre a engendré, qui, si elles n’ont pas été totalement oubliées, ont sombré dans les profondeurs de la mémoire.

Cela vaut la peine de les faire revivre pour approfondir notre compréhension d’un événement a changé l’histoire juive.

Pendant 20 ans, les Juifs ont payé un impôt à un symbole de la fierté palestinienne

À la suite de la réunification de Jérusalem, son maire, Teddy Kollek, faisait face à un dilemme : les quartiers juifs poussaient comme des champignons dans la partie orientale de la ville. Toute tentative d’étendre l’électricité à partir du fournisseur d’électricité en Israël aurait probablement déclenché des protestations locales et internationales, parce que le monde ne reconnaissait pas la revendication d’Israël à la ville.

La solution de Kollek : permettre à la Jerusalem District Electric Company, ou JDEC, une société dirigée par des Palestiniens, antérieure à la création d’Israël, de continuer à fournir de l’électricité dans et autour de la Vieille Ville, y compris dans les nouveaux quartiers juifs.

Jusqu’en 1987, les Juifs vivant dans la Vieille Ville et dans les nouveaux quartiers ont reçu des factures d’électricité qui semblaient être à l’image de leurs autres factures de services publics : le texte était d’abord en arabe, puis en hébreu.

La JDEC détenait des droits exclusifs dans un rayon de 50 kilomètres autour de l’église du Saint-Sépulcre, le site de la Vieille Ville considéré comme le tombeau de Jésus.

Après 1948, Israël a pris en charge l’approvisionnement en électricité à l’ouest de Jérusalem.

La JDEC, qui était devenu un symbole des aspirations palestiniennes pour l’indépendance, était dirigée par Anwar Nusseibeh, le rejeton d’une ancienne famille palestinienne.

Selon le livre de 1999 Séparés et Inégaux sur les relations entre les Juifs et les Arabes à Jérusalem, même après que les capacités limitées du JDEC aient été épuisées par la demande croissante, les autorités israéliennes rechignaient à étendre la portée de l’Israel Electric Corp. dans Jérusalem Est. Au lieu de cela, la société israélienne a vendu sa capacité à la JDEC.

En décembre 1987, le gouvernement a finalement – et discrètement – transféré la totalité de la responsabilité des quartiers juifs à la société israélienne.

Séparés et Inégauxx, écrit par trois Israéliens – Amir Cheshin et Avi Melamed, deux anciens agents de liaison de la municipalité à la population palestinienne de la ville, et le journaliste Bill Hutman – évoquent ce casse-tête comme un exemple de l’équilibre que les Israéliens devaient atteindre : le maintien d’une revendication juive sur la ville entière, tout en rejetant le nationalisme palestinien, afin de maintenir la paix.

« Israël ne pouvait espérer effacer le symbole national palestinien importante sans une réaction, peut-être une réaction sévère, de la part du public palestinien », écrivent-ils.

La JDEC existe toujours, mais n’approvisionne plus en électricité que les résidents palestiniens.

Le roi Hussein a désiré ardemment la paix – et aimait son équipement israélien

Le roi Hussein de Jordanie à l'aéroport de Londres, le 4 mai 1964. (Crédit : George Stroud/Express/Getty Images)

Le roi Hussein de Jordanie à l’aéroport de Londres, le 4 mai 1964. (Crédit : George Stroud/Express/Getty Images)

Pendant la majeure partie de son règne, le roi Hussein de Jordanie a cherché un arrangement pacifique avec Israël, s’inspirant de son grand-père bien-aimé, le roi Abdallah, qu’il a vu assassiné à Jérusalem en 1951 parce qu’il cherchait la paix avec Israël.

Comme son grand-père, il a cherché la paix dans le secret, mais n’a pas échappé à l’opprobre – et craignait de connaître le même sort qu’Abdallah. Hussein a estimé qu’il n’avait d’autre choix que de rejoindre le président Gamal Abdel Nasser d’Égypte pour envoyer des troupes contre Israël en 1967 : Nasser, très populaire dans le monde arabe, s’était déjà moqué du roi pour sa subordination à Israël.

De plus, Israël avait humilié Hussein un an plus tôt avec un raid massif en plein jour dans son territoire pour se venger d’une attaque menée par les troupes du Fatah palestinien, qui opérait alors avec une impunité relative depuis le sol jordanien.

Selon l’historien Martin Gilbert, auteur du Jerusalem Illustrated History Atlas, le 4 juin 1967, le Premier ministre israélien Levi Eshkol a relayé un message à Hussein : « Nous n’engagerons aucune action contre la Jordanie. Cependant, si la Jordanie venait à ouvrir les hostilités, nous réagirons avec toutes nos forces et (Hussein) devra assumer la pleine responsabilité de toutes les conséquences. »

A 8h30 le lendemain, la Jordanie a commencé à bombarder Jérusalem Est, et à 9h30, Hussein a déclaré : « L’heure de la vengeance est venue. »

Ce genre de discours et les combats sanglants qui ont suivi – ainsi que les années précédentes qui ont vu la destruction des propriétés juives dans l’est de Jérusalem et le refus de Hussein pendant 19 ans d’autoriser l’accès juif au mur Occidental – ont laissé les Israéliens dubitatifs quant au réel désir de paix d’Hussein.

Les réponses ont fini par venir : le roi Hussein à éjecté le Fatah de la Jordanie en 1970 et en 1973, est resté en dehors de la guerre de Kippour. En 1986, il a failli signer un traité de paix avec Israël.

En 1994, les symboles audacieux et subtiles indiquaient clairement qu’Hussein avait gagné la confiance des dirigeants israéliens. Le roi était présent à Arava, lorsque le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin a signé un traité de paix avec son homologue jordanien, Abdelsalam al-Majali.

Le lendemain, Maariv, un journal qui appartenait alors à la famille Nimrodi, a publié une photo en pleine page avec en légende « 1965, collection de Yaakov Nimrodi » sans autre commentaire. Nimrodi, le patriarche du clan, était le marchand d’armes privé d’Israël.

Sur la photo, un roi Hussein souriant berce un pistolet-mitrailleur Uzi fabriqué en Israël.

Quand Israël a-t-il unifié Jérusalem ? A-t-il unifié Jérusalem ?

De la fumée émane de la Vieille ville de Jérusalem pendant la guerre des Six jours, en juin 1967. (Crédit : Keystone/Hulton Archive/Getty Images)

De la fumée émane de la Vieille ville de Jérusalem pendant la guerre des Six jours, en juin 1967. (Crédit : Keystone/Hulton Archive/Getty Images)

« L’avenir appartient à une Jérusalem entière qui ne sera jamais divisée », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu il y a deux ans, à l’occasion de Yom Yeroushalayim, qui marque l’anniversaire hébraïque de la conquête d’Israël de Jérusalem Est pendant la guerre des Six Jours.

Les adjectifs varient – « entière », « unie », « indivisible » – mais le sens est assez clair : Israël ne cèdera jamais un mètre carré de Jérusalem réunifiée.

Sauf que la date de cette réunification n’est pas si claire : 1967 ? 1980 ? 2000 ? Jamais ?

Donc, le 28 juin 1967 est apparemment la date de « l’unification » de Jérusalem par Israël ? Sauf que Ian Lustick, professeur à l’Université de Pennsylvanie, a publié un document largement relayé en 1997, qui montre que ces ordonnances de 1967 n’ont pas nécessairement conduit à l’unification.

Un communiqué du ministère de l’Intérieur du 28 juin 1967 a déclaré que le « but fondamental » de ces ordonnances était de « fournir des services municipaux et sociaux complets à tous les habitants de la ville. » Aucune expression d’objectif politique n’y est mentionnée.

Peu de temps après, Abba Eban, alors ministre israélien des Affaires étrangères, a déclaré aux Nations unies que les ordonnances ont eu des répercussions pragmatiques, et non pas politiques.

« Le terme ‘annexion’ est hors propos, a-t-il dit. Les mesures adoptées sont liées à l’intégration de Jérusalem dans les sphères administratives et municipales et fournissent une base juridique pour la protection des lieux saints. »

Comme l’a fait remarquer Lustick, même dans les paramètres, les anomalies ont persisté : pendant des décennies, les programmes jordaniens étaient en vigueur dans les écoles palestiniennes de Jérusalem Est.

En 1980, la Knesset a adopté une Loi fondamentale – l’équivalent d’une loi constitutionnelle en Israël – déclarant Jérusalem unie comme capitale « une et indivisible ».

Mais au-delà de la loi, c’était une définition de ce qui constituait la Jérusalem « une et indivisible ». Il a fallu attendre 2000 pour que la Knesset adopte un amendement à la Loi fondamentale de 1980 qui spécifiait que le statut de Jérusalem était défini par l’ordonnance du ministère de l’Intérieur du 28 juin 1967.

Alors l’an 2000 marque-t-elle l’année durant laquelle Israël a légiféré ce qui fait de Jérusalem sa capitale une et indivisible ?

Pas exactement, selon une analyse de Haaretz en 2015, qui explique que la loi de 1980 est essentiellement déclarative : nulle part ne figurent les mots « annexion » ni « souveraineté ».

En 1998, Marshall Breger et Thomas Idinopulos, du Washington Institute for Near East Policy, ont suggéré dans leur rapport « Lieux saints de Jérusalem et processus de paix » que ce sont des distinctions qui ne font pas réellement de différence, et ajoutent que les décisions juridiques israéliennes qui considèrent Jérusalem comme essentiellement annexées devraient être déterminantes.

La première implantation juive dans les territoires capturés

Il y a beaucoup de marqueurs spectaculaires de l’histoire du retour des Juifs dans les régions d’Israël capturées pendant la guerre des Six Jours.

Les premières maisons réoccupées par les Juifs dans le quartier juif de la Vieille Ville, en 1969 ; les Juifs, dirigés par le rabbin Moshe Levinger, qui se sont installés dans un hôtel de Hébron pour fêter Pessah en 1968 et qui ont refusé de quitter les lieux tant que le gouvernement ne leur avait pas permis d’établir l’implantation qui deviendrait Kiryat Arba ; ceux qui ne voulaient pas quitter pas la zone de Sebastia au nord de la Cisjordanie jusqu’à ce que le gouvernement leur permette, en 1975, d’établir Elon Moreh.

Mais la première implantation ? Ce serait Merom Golan, un kibboutz initialement appelé Kibboutz Golan, lorsque des Israéliens s’y sont discrètement installés le 14 juillet 1967, à peine un peu plus d’un mois après la guerre.

Quelle était l’urgence ? Un indice réside dans l’origine des fondateurs du kibboutz : des Israéliens de Galilée orientale, qui avaient souffert des tirs et des bombardements des troupes syriennes pendant des années.

L’attachement d’Israël à la Cisjordanie et à Jérusalem a été depuis le début, défini par l’affect, l’histoire et l’identité. S’installer sur le plateau du Golan, une région qui n’est pas classiquement intégrée à Israël dans sa définition biblique, était considéré comme une question de sécurité et de nécessité pratique : Israël, en haut du Golan, devenait moins vulnérable.

Actuellement, Merom Golan est un complexe touristique.

L’ancienne église de Gaza était une synagogue

Le mur Occidental, Qumran, Shiloh, la tombe du roi Hérode… La guerre des Six Jours a été une aubaine pour les historiens qui cherchaient à prouver la présence juive en Terre Sainte.

La plupart des sites de synthèse sont en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Mais une équipe d’archéologues s’est précipitée vers la bande de Gaza dans les semaines qui ont suivi sa capture.

Pourquoi ? En 1966, le département des antiquités égyptiennes a annoncé la découverte de ce qu’il a décrivait comme une ancienne église sur la côte de Gaza. En examinant des images dans la revue italienne des antiquités Orientala, les archéologues israéliens ont immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas d’une église, mais d’une synagogue.

Dans une photographie, on peut voir une inscription en hébreu, « David » à côté d’un harpiste – le roi David.

Selon un article publié en 1994 dans la Biblical Archaeology Review, au moment où les Israéliens sont arrivés un an plus tard, la mosaïque de David avait été endommagé. C’est peut-être la preuve que les Egyptiens avaient compris que la représentation du roi de la Bible justifiait les revendications juives, et avaient essayé de la faire disparaître.

Ils se mirent à fouiller le site, et ont découvert ce qui s’est révélé être une des plus grandes synagogues de l’époque byzantine dans la région.

Au pied d’une mosaïque, ils ont trouvé l’inscription suivante : « (Nous) Ménahem et Yeshua, fils du défunt Isai (Jessé), les négociants en bois, en signe de respect pour un lieu très saint, avons fait don de cette mosaïque au mois de Louos (de l’année) 569. »

Des soldats israéliens gardent le Dôme du Rocher, site du saint des saints du Temple, durant la guerre des Six jours (Crédit : Institut du Temple)

Des soldats israéliens gardent le Dôme du Rocher, site du saint des saints du Temple, durant la guerre des Six jours (Crédit : Institut du Temple)

Les réconciliations

Ce fut le mythe : entre 1949 et 1967, le cœur d’une ville associée aux Juifs depuis les débuts de l’histoire avaient été Judenrein.

Ce mythe était en grande partie fondé, mais il y avait des exceptions : toutes les deux semaines, un convoi de troupes israéliennes allait de la Jérusalem jordanienne jusqu’au mont Scopus, le campus de l’Université hébraïque, resté affilié à Israël dans le cadre de l’armistice de 1949. Des Juifs non israéliens intrépides passaient parfois à travers la porte Mandelbaum, la passerelle entre les parties jordanienne et israélienne de Jérusalem. Muriel Spark, romancier écossais, a capturé le danger dans la recherche d’un passage dans son roman The Mandelbaum Gate.

Et puis il y a eu d’autres histoires, comme celle-ci : en 1991, le bâtiment dans lequel je possédais un appartement a obtenu la permission de la mairie d’ajouter des chambres et des balcons. L’entrepreneur a sous-traité une partie des travaux. Un jour, un sous-traitant palestinien est venu mesurer mon balcon pour la balustrade qu’il construirait.

Mais l’entrepreneur a disparu juste avant de terminer le travail. J’ai payé d’autres personnes pour terminer le travail et j’ai demandé autour de moi le numéro du sous-traitant.

Il vivait dans Silwan, vieux quartier attenant à la Vieille Ville. Je l’ai appelé.

Une femme qui parlait couramment l’hébreu a répondu ; ce qui en soi était surprenant. Il n’était pas rare que les Palestiniens, qui travaillaient en Israël, parlent hébreu, mais il était rare de rencontrer une femme palestinienne hébraïsante à l’époque. De plus, son hébreu ne souffrait pas de la moindre erreur ni d’aucun accent.

Elle était la mère du sous-traitant. Bien sûr, il viendra installer la rampe, qui prenait la poussière dans leur cour, mais il avait oublié mon adresse exacte. Elle a ajouté que je ne devais pas lui payer un shekel en plus, qu’il avait été payé pour son travail, et qu’il ne voulait pas en entendre parler.

Je ne pouvais pas résister à lui demander d’expliquer son hébreu.

Elle était juive, née et élevée à Jérusalem. Elle avait épousé un musulman palestinien avant l’Indépendance. Et elle est restée à Silwan après la guerre. A-t-elle retrouvé sa famille ? Oui, juste après la guerre des Six Jours, mais elle n’a pas précisé.

Le sous-traitant est venu.

« J’ai parlé à votre mère, » dis-je.

« Oui, » répondit-il en souriant.

J’ai interrogé les voisins qui avaient employé le même entrepreneur, j’ai interrogé d’autres Hiérosolymitains, mais personne n’était surpris.

Ils avaient entendu d’autres histoires d’excommunications et de tentatives de réunifications. Combien y en avait-il ? Personne ne le sait. Personne n’a compilé ces histoires. Ce phénomène n’était pas tâché de honte, mais n’était pas non plus célébré.

Il semble non résolu, comme beaucoup de choses sur la guerre des Six Jours.