Il est vingt heures ce jeudi soir à Tel-Aviv. La vaste salle de conférence du Musée d’Art de la Ville Blanche, qui accueille le meeting, est déjà pratiquement pleine. Un public francophone enthousiaste dont on devine qu’il ne sera guère difficile à conquérir tant il semble déjà rallié à la cause Fillon.

Pour un peu, on se croirait dans un meeting en plein 16ème arrondissement, sauf qu’ici, le candidat de la droite a réquisitionné plusieurs membres de ces troupes pour convaincre les Français d’Israël.

Quelque cent mille voix, à qui François Fillon promet une véritable place au sein de la République, vidéo chaleureuse où il s’adresse à ces électeurs « de l’étranger » et tracts à l’appui.

Les photographes s’affairent autour des personnalités présentes, les flashs crépitent. Dans quelques instants, elles vont s’exprimer sur la scène.

Meyer Habib, député de la 8e circonscription des Français de l'étranger, intervenant lors du meeting de soutien à François Fillon (Crédit : Gideon Markowicz)

Meyer Habib, député de la 8e circonscription des Français de l’étranger, intervenant lors du meeting de soutien à François Fillon (Crédit : Gideon Markowicz)

Sans surprise, on retrouve l’incontournable Meyer Habib, député de la 8e circonscription des Français de l’étranger, qui soutient officiellement le candidat des Républicains et qui a fait bien entendu le déplacement. A ses cotés, la députée Valérie Boyer, porte-parole de François Fillon et Julien Ravalais Casanova, référent national de la campagne Fillon pour les Français de l’étranger.

Faire triompher l’alternance, c’est le credo du candidat de la droite qui s’affiche tout sourire sur un grand écran en toile de fond. D’emblée, le message est clair, et Meyer Habib le martèlera à plusieurs reprises tout le long de son discours : pour les Français d’Israël, François Fillon reste la seule alternative, le meilleur candidat pour défendre leurs droits, celui qui nous parle de « la France qu’on aime ».

C’est le candidat qui ne « vacille pas à la première bourrasque ni face à l’adversité. » Une allusion aux affaires, ce fameux PénélopeGate qui a entaché la campagne ? Sans doute. Meyer Habib défend « un programme concret, ambitieux et réaliste. La gauche laisse une France à la dérive, et une Europe en crise. La France a peur, sous la menace islamiste d’une ampleur inédite. » La peur, nous y voilà.

Meyer Habib connaît son public et très vite on glisse sur les questions sécuritaires, un des thèmes majeurs de ces Présidentielles 2017 : à savoir, ces classes où il n’est plus possible d’enseigner la Shoah, ces Juifs de France qui hésitent à inscrire leurs enfants dans les écoles communautaires, parce qu’elles ressemblent à des forteresses. Le député de la 8ème circonscription égrène la liste lugubre des attentats qui ont endeuillé la France ces dernières années, pointe du doigt la menace djihadiste omniprésente. Il décrit un François Fillon qui part en croisade contre cette fascination pour l’État islamiste et les discours de haine qui ont gangrené la République, selon lui.

Les personnes qui ont assisté au meeting de soutien François Fillon à Tel Aviv, le 21 avril 2017, en Israël (Crédit : Gideon Markowicz)

Les personnes qui ont assisté au meeting de soutien François Fillon à Tel Aviv, le 21 avril 2017, en Israël (Crédit : Gideon Markowicz)

Et, pour ce combat, les personnes présentes dans la salle font confiance au dernier des gaullistes, en quelque sorte. Fillon bénéficie d’une image rassurante, c’est la France traditionnelle, celle, au fond, où on espère encore avoir une place, où le contrat républicain entre le pays et les Juifs de France ne vacille pas.

Les polémiques autour des déclarations du candidat de la droite sur l’abatage rituel il y a quelques mois où ses propos jadis moins chaleureux envers l’État d’Israël sont loin : la salle veut y croire.

Le candidat des Républicains n’est pas seulement le Saint-Sauveur de la France. Il est aussi le gardien d’Israël et des valeurs de l’Occident. Le pourfendeur de l’antisémitisme. Des propos vigoureux qui rencontrent un écho indéniable dans la salle : « Les gens qui vomissent la France n’ont pas leur place dans la communauté nationale », martèle le député.

« Il faut les déchoir de leur nationalité. » Et Meyer Habib de rappeler les slogans scandés de « Mort aux Juifs » en plein Paris, les émeutes de Sarcelles et de la Roquette. Tout y passe. Et puisqu’il faut évoquer les affaires (« On s’en fout ! » clame t-on dans la salle) ne soyons pas hypocrite. Les emplois fictifs sont pratique courante en politique, et du reste, « François Fillon sera blanchi totalement par la justice d’ici peu, il n’y a pas de doute ». D’ailleurs, on n’est pas loin du complot socialiste, dans cette regrettable affaire, mais, heureusement, « l’homme est solide, il a la peau dure ».

Il a, en outre, « le droit a la présomption d’innocence ». Soit. « On a voulu torpiller la droite, à quelques semaines des Présidentielles ! » Des hourras accueillent cette dernière déclaration. Les socialistes, voilà le véritable ennemi : il sera tout au long de la soirée pourfendé et honni par les différents intervenants, autant que par un public chauffé à blanc et prompt à conspuer les principaux candidats en lice : curieusement, la vindicte générale épargnera, dans une certaine mesure, la candidate frontiste, pour aller vers les Macron, Mélenchon et autre président sortant François Hollande, traité carrément de « traître » par une personne dans la salle.

Dans l’arène, Emmanuel Macron est qualifié de « Michou » (?), Mélenchon hué copieusement, mais c’est Emmanuel Navon, enseignant à Tel-Aviv et analyste, qui enfoncera le clou sous les applaudissements nourris de la salle.

Selon l’universitaire franco-israélien, presque tous les candidats de ces élections 2017 seraient des trotskistes, des « clowns », alors même que « le vingtième siècle a été le cercueil du socialisme » et qu’il n’y aurait de salut que dans un libéralisme économique pur et dur, pleinement assumé… Bigre.

Dans la salle, les applaudissements reprennent. On boit du petit lait. Quant au Pénélope Gate, M. Navon l’absout sous l’argument indéniable qu’après tout, François Fillon a employé sa légitime et non pas sa maîtresse, comme la plupart des hommes politiques. Bref, la corruption, ici, ça se fait dans des draps propres.

Pas sûr que ce genre d’intervention serve vraiment le candidat… Une fois avalées ces quelques minutes de propos indigestes et franchement belliqueux envers l’opposition, alors même que M. Navon se gardera soigneusement d’accomplir son devoir d’électeur dimanche, on respire un peu avec la prise de parole de Julien Ravalais Casanova, référent national de la campagne.

D’une voix posée et cordiale, l’homme parle concret, évoque les mesures proposées par François Fillon pour améliorer le statut des Français à l’étranger : entre autres, la restauration du vote électronique et un accès facilité aux établissements éducatifs français dans le monde. Impôts, retraite, démarches administratives, Fillon veut innover, réformer, accorder plus de fonds aux structures françaises à l’étranger.

Les participants au meeting de soutien pour François Fillon à Tel Aviv, le 21 avril 2017, en Israël (Crédit : Gideon Markowicz)

Les participants au meeting de soutien pour François Fillon à Tel Aviv, le 21 avril 2017, en Israël (Crédit : Gideon Markowicz)

Enfin, la députée Valérie Boyer, porte-parole du candidat, s’approche de la tribune pour évoquer avec des mots justes sa venue en Israël et son ressenti face au pays, saluant la salle d’un chaleureux shalom :« C’est toujours un grand plaisir de revenir en Israël et de rencontrer les Français qui vivent ici. »

Présidente du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée, la députée tient à préciser : « J’ai eu l’honneur de rencontrer Benyamin Netanyahou et Shimon Peres récemment. Je vous assure que dans une vie politique et dans la vie d’une femme, cela ne s’oublie pas. »

En quelques mots, elle vient de conquérir la salle. Elle reprend : « Je sais que nous sortons ici de la fête de Pessah, et c’était aussi la Pâque pour les Catholiques. Il y a un message particulier, qui revêt une grande importance et qui signifie, je crois, le passage de l’esclavage à la liberté. Je suis très attachée à cette symbolique qui est d’actualité car nous ne pouvons plus être prisonnier de cette peur que l’on tente de nous imposer. » Bref rappel de la terreur et du désarroi qui a frappé la France.

Valérie Boyer souligne : « Le judaïsme et la République sont compatibles, car nous partageons les mêmes valeurs communes. François Fillon souhaite insister sur les intérêts communs entre la France et Israël. Il voit, c’est vrai, avant tout l’intérêt de la France. (…) et il souhaite que la résolution du conflit israélo-palestinien trouve enfin une issue ; mais avec pour première condition le respect absolu de l’État et de la sécurité d’Israël. » Sur un ton plein de pondération, sans passion ni agressivité aucune, Valérie Boyer vient de faire passer un message essentiel : le candidat des Républicains sera le Président de la paix, avec une diplomatie indépendante, ce qui n’a pas, selon la porte-parole, été le cas ces dernières années.

« Vous l’aurez compris, loyauté et indépendance seront les maîtres-mots de son programme diplomatique. » François Fillon veut rassembler, en tablant sur l’éradication du totalitarisme islamique. Dans ce contexte, la jeune députée rappelle le drame de Toulouse, et le soutien apporté à l’époque aux familles des victimes : « Personne ne pouvait s’imaginer que c’était le début d’une grande série. (…) La politique, c’est aussi agir pour trouver des solutions afin d’éradiquer ce mal qui ronge notre époque. En France, nous devons nous montrer implacables contre l’antisémitisme et l’islamisme qui cherche à diviser. Aucune complaisance avec les radicaux ! ».

François Fillon, Président de la fermeté face à la barbarie contemporaine… Et pour conclure, citons Meyer Habib : « Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de la France. Le choix d’un Président est un choix de raison, non pas du cœur. »

Un candidat familier du pouvoir, une équipe qui se veut solide, constituée de personnalités politiques qui ont déjà fait leur preuve : ce sont les arguments avancés par l’écurie Fillon. Premier verdict dimanche soir. Ce sera celui des Français.