NEW YORK — En septembre 2007, Mahmoud Ahmadinejad, alors président de l’Iran, a donné un discours à l’université de Columbia de New York. Exactement 10 ans plus tard, Ofir Dayan, étudiante de l’université, a demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu s’il voulait en faire de même.

« Je lui ai dit, comme je suis sûre que vous le savez déjà, le mouvement anti-Israël dans les campus américains, et tout particulièrement à Columbia, est très influent et fort. Nous ne devrions pas laisser ça se produire. Nous devrions faire quelque chose à ce sujet », a déclaré Dayan.

Parlant au Premier ministre lors de sa récente visite dans la Grande Pomme, elle lui a demandé de l’aider, elle et ses amis militants pro-Israël du campus, à présenter une meilleure image d’Israël aux étudiants et aux professeurs de l’Université très respectée de la Ivy League.

Comment Netanyahu a-t-il réagi ? « Il a été réceptif, a répondu Dayan diplomatiquement. Il a dit que c’était possible. »

Dayan, âgée de 23 ans, est la fille unique du consul général de New York, Danny Dayan, qui avant de devenir diplomate était un militant actif du mouvement des implantations.

Ofir Dayan, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses conseillers à New York, en septembre 2017. (Crédit : Alexi Rosenfeld)

Ofir Dayan, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses conseillers à New York, en septembre 2017. (Crédit : Alexi Rosenfeld)

Se tenant à côté de son père sur le tarmac de l’aéroport JFK, elle a été l’une des premières Israéliennes à serrer la main de Netanyahu quand il est arrivé le mois dernier dans la ville pour s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies.

Elle lui a parlé de son idée de discours à l’Université de Columbia lors d’une deuxième rencontre, pendant un dîner de Shabbat que le Premier ministre présidait à son hôtel de New York.

Dayan s’est inscrite à Columbia après trois années de service militaire dans l’unité des porte-paroles de l’armée. Elle suit actuellement des cours sur l’islam, la politique américaine et les mathématiques, et espère se spécialiser en Sciences économique et sociales.

« J’ai décidé d’aller dans une université américaine parce que, tout d’abord, avec mon expérience dans l’unité des porte-paroles de l’armée, j’ai eu la sensation que la communauté internationale et les médias du monde entier ne connaissent pas Israël et ses positions sur de nombreux sujets », a-t-elle expliqué en buvant un café au Starburck situé juste devant l’Ecole de journalisme de Columbia. Et j’avais l’impression que c’était une situation qui devait être réglée, tout particulièrement dans les universités de la Ivy League. »

Contrairement à la plupart des jeunes hommes et femmes qui espèrent faire une carrière académique aux Etats-Unis, Dayan n’avait envoyé son dossier d’inscription qu’à une seule université. Si Columbia ne l’avait pas acceptée, elle serait allée à l’université hébraïque de Jérusalem.

Récent rassemblement de Students Supporting Israel aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

Récent rassemblement de Students Supporting Israël aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

« Pour être honnête, je ne me suis jamais imaginée vivre ailleurs sur la planète qu’en Israël ! Mais c’était une super opportunité. Dès que j’ai mon diplôme, je retourne en Israël. Israël me manque toujours », a-t-elle déclaré.

« J’ai eu l’impression que c’était une opportunité importante pour moi de venir ici, à la fois d’étudier dans un très bon endroit et de faire ce que je pense devoir faire – promouvoir Israël sur le campus. »

Avant même d’arriver à New York, Dayan, qui a grandi dans l’implantation de Cisjordanie de Maale Shomron, avait rejoint les Students Supporting Israël (SSI), un groupe qui cherche à « fournir une voix claire et forte pour Israël sur les campus américains, et à soutenir les étudiants débutants dans leur militantisme pro-Israël. »

Lors de la Semaine contre l’apartheid israélien, nous réagissons
Ofir Dayan

Fondé dans l’université du Minnesota en 2012, SSI compte 40 groupes actifs en Amérique du Nord. Dayan a été élue membre du conseil général de SSI Columbia, et est responsable des relations extérieures du groupe.

« Ici, nous montrons le point de vue israélien sur la connexion du peuple israélien à Israël en tant que pays et terre. Nous ne faisons pas de contre-manifestations, a-t-elle expliqué, avant de se reprendre après quelques instants. Lors de la Semaine contre l’apartheid israélien, nous réagissons. Nous organisons une Semaine de la libération hébraïque, a-t-elle déclaré. Nous faisons de notre mieux pour ne pas attaquer les gens ou ne pas réagir aux attaques. Nous essayons de montrer les bons côtés d’Israël et à quel point Israël est un pays juste. »

SSI se définit comme apolitique. Depuis le début du semestre d’automne 2017, son antenne à Columbia a accueilli le député de l’Union sioniste Erel Margalit – qui se considère fièrement de gauche – et le célèbre professeur de droit et fervent soutien d’Israël Alan Dershowitz.

Dayan est énergique, souriante, polie, mais elle n’a pas peur d’une discussion passionnée sur le conflit israélo-palestinien. Lors de l’une de ses premières journées sur le campus, dans le contexte d’une rencontre des différents clubs, elle s’est approchée de la table du groupe Jewish Voice for Peace, qui soutient le mouvement BDS de boycott anti-Israël.

« Je suis venue avec la véritable intention d’écouter. A ma grande déception, mais sans surprise, la première chose qu’ils ont dite était un mensonge, a-t-elle expliqué. Une longue discussion pour savoir si les Palestiniens avaient le droit de conduire sur les routes israéliennes en Cisjordanie s’en est suivie. »

« La plupart des gens sur ce campus ne connaissent pas assez bien le conflit israélo-palestinien. Alors quand ils entendent des mensonges, ils y croient », a-t-elle déclaré.

Vivant actuellement dans la résidence officielle du consulat général, Dayan est réticente à discuter de son père, qui a d’importantes responsabilités. « Mon père fait consensus en Israël pour une raison », a-t-elle déclaré avec hésitation, en référence au fait que des politiciens et des commentateurs de gauche et de droite l’ont défendu quand sa nomination à l’ambassadeur du Brésil a été bloquée à cause de son militantisme pro-implantation.

« J’ai grandi dans une maison passionnée de politique. C’est notre hobby de parler de politique », a-t-elle expliqué, en ajoutant que ses parents se sont mariés sur le mont du Temple à Jérusalem.

Est-elle d’accord avec les positions très à droite et bien connues de son père ? « Je vais vous donner un indice : mon père est le gauchiste de la maison », a-t-elle répondu en riant.

« Je plaisante. Je me considère comme une vraie libérale sur la plupart des sujets, a-t-elle continué. Mais je pense que le libéralisme est devenu une valeur de gauche, et que c’est une situation injuste. Je crois que l’on peut à la fois être libéral et de droite. Et c’est comme cela que je me considère moi-même. »