On peut les voir de temps en temps sur les plages de Gaza, le soir, après le repas de l’iftar qui conclut chaque journée de jeûne du mois sacré du Ramadan.

Des hommes déguisés en clown au nez rouge et portant un maquillage lourd, approchent les enfants en promenade avec leurs familles, et leur proposent de peindre des images amusantes sur leurs visages.

« C’est une sorte de consolation », dit Salah, qui habite à Gaza.

« Croyez-moi, nous n’avons pas beaucoup de raisons de rire ces jours-ci. Nous ne voyons pas d’avenir, pas même de petite lumière au bout du tunnel. Il n’y a aucune initiative visant à mettre fin à la crise entre le Hamas et le Fatah ou au blocus israélien. Nous ressentons des difficultés ici à tous les niveaux : social, économique, politique. »

Comme beaucoup d’autres habitants de Gaza, Salah ne cache pas ses dures positions sur les dirigeants de Gaza et la situation économique.

« Ils n’ont pas encore commencé à construire une seule maison. Comprenez-vous ? Il y a tellement de gens ici qui n’ont pas de maison du tout. Et nos dirigeants sont occupés à se livrer bataille entre eux. Au moins le clown sur la plage fait sourire les enfants. »

Près d’un an a passé depuis l’opération Bordure protectrice et presque rien n’a changé par rapport à la situation d’avant-guerre. Le Hamas continue de régner, de s’armer et de réunir ses forces, alors qu’Israël veut préserver le calme à Gaza.

Pour citer un célèbre adage israélien : « La mer est toujours la même mer. »

Et pourtant, quelque chose a changé – et, comme souvent concernant Gaza, en pire. A Gaza, 16 000 maisons (certains disent 20 000) ont été complètement détruites lors de Bordure protectrice, et pratiquement aucune construction massive de logements de remplacement n’a encore commencé.

Les dizaines de milliers de familles qui occupaient ces maisons – plus de 100 000 personnes – sont toujours à la recherche d’un logement permanent.

Ajoutez à cela le fait que le chômage, la pauvreté et l’incapacité du Hamas à payer les salaires de ses travailleurs – facteurs qui ont conduit à la confrontation avec Israël l’année dernière – ont tous empiré.

Selon un récent sondage mené à Gaza par Khalil Shikaki, du Centre palestinien de recherche en politique et enquête, près de 50 % des sondés ont affirmé qu’ils aimeraient quitter le territoire côtier. Est-ce une surprise ?

En soirée, pendant le Ramadan, les rues de la ville se remplissent de monde, ce qui devrait stimuler l’économie.

Mais les propriétaires de commerces de la rue Omar al-Mukhtar et d’autres rues souffrent d’un ralentissement des ventes qui s’explique de la même manière que le retard pris pour la reconstruction :  les gens n’ont plus d’argent.

Les ventes sont en hausse par rapport aux jours ordinaires, mais la situation n’est pas comme d’habitude. Et contrairement à Ramallah et aux villes de Cisjordanie, il n’y a pas de grandes célébrations à Gaza.

« Les gens assistent au service de la prière [Tarawih] après le jeûne, rentrent à la maison et c’est tout », dit Ahmed, un résident de la ville.

« Il n’y a pas de fêtes ou de spectacles comme nous le voyons dans d’autres endroits. La mauvaise situation économique est fortement ressentie. Près de l’endroit où [la communauté israélienne de] Netzarim se trouvait autrefois, un projet appelé DiNoZoO a été construit. Il comprend 15 modèles de dinosaures, et au moment où un enfant s’approche de l’un d’eux, les capteurs du modèle émettent des bruits. Mais ne vous méprenez pas : les gens n’y vont pas parce qu’ils n’ont plus d’argent. »

Un marché noir florissant pour les matériaux de construction

Il y a, cependant, quelques bonnes nouvelles pour les habitants de Gaza. La reconstruction a commencé ; elle est partielle, mais elle a commencé.

Près de 100 000 maisons et logements ont été partiellement endommagés pendant la dernière guerre. Avec des fenêtres brisées et des murs fissurés, ils sont encore habitables, mais nécessitent quelques travaux de rénovation.

Selon le Bureau du coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires, le département de l’armée israélienne chargé de la coordination avec la population civile palestinienne, près de 90 000 propriétaires de ces maisons partiellement endommagées ont déjà obtenu les matériaux de construction des entrepôts à Gaza afin de rénover leurs maisons. Un nombre impressionnant.

Mais ont-ils utilisé tous les matériaux de construction pour leurs réparations ? Voilà une question entièrement différente. Les terribles difficultés financières et le manque d’emplois font partie de cette équation. Beaucoup de ces propriétaires ont vendu leurs matériaux de construction au marché noir plus chers qu’ils ne les avaient achetés avec l’argent de donations.

Les habitants de Gaza, qui ont parlé sous couvert d’anonymat, confient que le marché noir des matériaux de construction dans la bande de Gaza se développe à un rythme rapide, les matériaux étant vendus au lieu d’être utilisés pour des rénovations.

Selon les statistiques du Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires, Israël a apporté 1,3 million de tonnes de matériaux de construction dans la bande de Gaza depuis la fin de la guerre – ce qui est une quantité respectable. Le matériel était destiné à la réparation des maisons partiellement endommagées et à la reconstruction des infrastructures.

Alors pourquoi la construction des 16 000 à 20 000 maisons totalement détruites n’a-t-elle pas débuté ? Principalement en raison d’un manque de fonds, censés arriver de pays donateurs.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, un peu plus de 960 millions de dollars – seulement 27,5 % des 3,5 milliards de dollars promis par les différents pays pour la reconstruction de Gaza (dans le cadre du sommet sur la reconstruction de Gaza, qui s’est réuni au Caire en octobre dernier) – ont été transférés.

L’essentiel de l’argent provient du Qatar, des Etats-Unis et de l’Allemagne. Il a été affecté à la reconstruction des maisons partiellement endommagées et des infrastructures en ruine comme les hôpitaux, les écoles et les routes.

Mais en raison du retard dans le transfert du reste des fonds alloués, il est difficile de promouvoir les grands projets résidentiels destinés à remplacer les maisons totalement détruites.

À ce jour, la construction de 14 bâtiments résidentiels dans la bande de Gaza a commencé grâce aux fonds alloués.

Alors, pourquoi les pays qui ont promis de transférer des dons pour Gaza ne tiennent-ils pas leur promesse ? Il n’y a pas de réponse unique et univoque. Certains pays affirment qu’ils ont promis de transférer de l’argent pour permettre à l’Autorité palestinienne de reconstruire Gaza. Mais étant donné que l’AP est absente à Gaza, ils n’ont pas l’intention de faire don de fonds, qui finiront dans les coffres du Hamas, tôt ou tard.

On craint que l’argent ne soit pas utilisé pour reconstruire Gaza mais pour l’achat et la production d’armes. Notamment car l’Autorité palestinienne étant inopérante dans la bande de Gaza, aucune agence en place ne peut confirmer où ira l’argent.

Le message des pays est le suivant : si le Hamas veut que la reconstruction ait lieu, il doit céder sa domination sur la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne. L’AP, qui n’est pas pressée de retourner à Gaza, a promis un déploiement de ses troupes aux postes frontaliers à la condition que le Hamas renonce à toute présence là-bas ainsi qu’à sa branche armée.

Mais vu que le Hamas n’a pas l’intention de s’exécuter de sitôt, il est douteux que la reconstruction avance vite.

La reconstruction des bâtiments résidentiels n’est pas le seul problème des habitants de Gaza. Le régime du Hamas tente d’engendrer des revenus, principalement en imposant de nouvelles taxes de diverses et bizarres façons.

Les taxes peuvent être imposées sur les véhicules neufs à un moment, puis sur les grandes entreprises. Il y a quelques jours, le Hamas a fermé le bureau du Jawwal, l’une des principales entreprises de télécommunications des territoires palestiniens, suite à son refus de payer une taxe d’un million de shekels au gouvernement du Hamas (Jawwal paie des taxes à l’Autorité palestinienne à Ramallah).

Jawwal a répondu avec ses propres sanctions, ordonnant la fermeture de toutes ses branches dans la bande de Gaza. Ses clients dans la bande de Gaza ne reçoivent aucun service depuis lundi.