Une institution philanthrope peu connue a ouvert ses portes mercredi et a donné la rare opportunité d’observer des peintures éblouissantes de couleurs des chevaliers de la croisade décorant les murs de l’hospice consacrés aux infirmes.

L’hôpital français Saint-Louis est un hospice tenu par les Sœurs de St Joseph, qui s’occupent des malades à Jérusalem depuis 1852.

Aujourd’hui, il se trouve en face de la voie ferrée de la Porte neuve, à côté de l’hôtel de ville de Jérusalem.

Il est financé en partie par le ministère de la Santé d’Israël, et reçoit des patients juifs, chrétiens et musulmans, dont la plupart sont en phase terminale.

Sœur Monika Dullma, directrice de l’hôpital français Saint-Louis, a déclaré que l’institution est à court d’argent et lutte pour payer les lits supplémentaires pour assurer le confort final à ses patients.

Elle évite le terme « terminal » pour se référer à ses patients, préférant les
« personnes dans la dernière période de la vie ». Certains reçoivent des soins palliatifs, d’autres sont dans le coma, d’autres sont tout simplement des personnes âgées trop infirmes pour partir.

Ordinairement, l’hospice est interdit au public. Mais lors d’une exposition rare, l’hôpital Saint-Louis et l’Autorité des Antiquités d’Israël ont permis aux journalistes d’entrer dans le bâtiment pour regarder les magnifiques images peintes il y a plus de 100 ans.

Le long de son couloir principal et les cages d’escalier se trouvent des peintures de secco complexes (dans lequel les pigments sont mélangés à œufs) des emblèmes de chevalier et des dessins géométriques peints par le comte français.

L'histoire des rois de France peinte sur le mur à l'hôpital Saint-Louis (Crédit : Moti Tufeld)

L’histoire des rois de France peinte sur le mur à l’hôpital Saint-Louis (Crédit : Moti Tufeld)

La peinture qui va du sol au plafond dans le couloir de l’étage principal de l’hospice montre les insignes des chevaliers croisés qui ont capturé et gouverné Jérusalem de 1099 à 1187 ; des noms célèbres tels que Godefroy de Bouillon, Bohémond et Tancrède apparaissent aux côtés d’images en taille réelle de guerriers armés européens.

Au cours de la Première Guerre mondiale, les Turcs ottomans ont repris l’hôpital français pour que les militaires utilisent les lieux.

Les commandants ont obscurci les symboles chrétiens en revêtant la paroi du couloir d’une impénétrable peinture noire.

Après la guerre, les Britanniques ont repris le bâtiment et les religieuses ont été autorisées à retourner au travail.

Le comte Marie Paul Amédée de Piellat – un noble français qui avait financé, conçu et décoré le bâtiment lorsque l’hospice a été déplacé à l’extérieur des murs de la Vieille Ville – a décapé les murs pour enlever la peinture et restauré les images à leur ancienne gloire.

En face d’un arbre massif, dans une cage d’escalier ornée d’une statue de Saint-Joseph – le saint patron de l’ordre monastique qui gère l’hôpital – un grand pan du mur a été endommagé par une rupture de canalisation en 2009.

L’eau a alors exposée la peinture secco originale, conçue par De Piellat, un motif géométrique de bon goût dans les tons bleus, rouges et jaunes. Sœur Monika affirme qu’elle croit que le reste de la cage d’escalier est probablement recouverte de desseins similaires, mais qu’ils hésitent à retirer les couches les plus récentes de peinture.

De Piellat a également conçu la chapelle ornée de l’aile ouest de l’hôpital, et a décoré un ancien entrepôt, jusqu’alors inconnu, qui fait face aux remparts ottomans de la Ville sainte.

La chapelle possède un pavage complexe de De Piellat employant une conception florale brillamment colorée et des vitraux représentant des saints catholiques. Une image sainte de Saint-François d’Assise, explique Sœur Monika, a une perforation au niveau du cœur du saint homme italien – une blessure infligée à l’œuvre au cours de la guerre d’Indépendance de 1948.

Dans l’ancien entrepôt et le bureau, juste à côté de la chapelle dans l’aile ouest de l’hôpital, la salle désormais vacante dispose de murs couverts d’emblèmes médiévaux et de sceaux appartenant aux villes et aux ordres de chevalerie des croisés du royaume Jérusalem.

Dans une niche sur son mur ouest se dresse une statue du roi de France Louis IX, le saint canonisé qui a mené la septième croisade malheureuse contre l’Egypte en 1248.

Les vitraux à l'hôpital français Saint Louis (Crédit : Moti Tufeld)

Les vitraux à l’hôpital français Saint Louis (Crédit : Moti Tufeld)

Sur ses épaules recouvertes sont les rectos et les versos des sceaux des légendaires ordres chevaleresques : les Templiers et les Hospitaliers.

C’est d’après ce roi médiéval français que l’hôpital est nommé. Sœur Monika raconte que les religieuses ont récemment nettoyé l’entrepôt et ont invité l’Autorité israélienne des antiquités (IAA) à examiner les œuvres d’art recouvrant les murs un plus tôt cette année.

Amit Reem, expert médiéval de l’IAA à Jérusalem, a déclaré que De Piellat avait peint des insignes médiévaux exacts, et que les peintures avaient une immense valeur historique. « Il y a beaucoup de travail historique à faire ici », indique Reem, mais le problème est le financement, qui n’existe pas.

« Sans la restauration ou le travail de préservation, dans 20 ans, cela ne se trouvera plus ici ».

A moins qu’elle ne soit bien traitée, la peinture se détachera des parois, s’affadira et se décomposera, dit-il, et un trésor historique peu connu de Jérusalem sera perdu.

« Nous n’avons pas de fonds de l’hôpital, nous n’avons pas de fonds de la congrégation des sœurs [de Saint-Joseph], parce que les fonds dont nous disposons, nous devons les investir pour la rénovation de la qualité de vie des patients », explique Sœur Monika.

« Nous n’avons donc pas de fonds pour cela ». Pour l’instant, avant la première visite du Pape François en tant que souverain pontife en Terre sainte (où il logera à côté de Saint-Louis au centre Notre Dame de Jérusalem), l’hôpital tente de minimiser les dommages et de préserver l’œuvre de sorte que peut-être un jour, elle pourra être restaurée.

Si la somme nécessaire pour la restauration est trouvée, l’IAA numérisera probablement les peintures pour que le public puisse en profiter sans perturber les soins quotidiens des patients de l’hospice.