Quelque 300 auteurs, dont deux prix littéraires du cru 2017, sont attendus à partir de vendredi à la 36e Foire du Livre de Brive, raout corrézien où se presse le gotha de l’édition.

En 2007, la présidence détonante de l’auteur à succès Frédéric Beigbeder avait instauré une tradition à Brive, respectée par tous ses successeurs : imaginer la programmation de ce temps fort de la saison littéraire.

Cette année, les organisateurs ont donné carte blanche à l’écrivain et homme de théâtre, Laurent Gaudé. « Parler de notre époque, des hommes, plonger dans l’Histoire et explorer la pâte humaine, c’est ainsi que j’aime mon métier d’écrire », explique-t-il en présentant ses choix, programmés avant l’annonce des prix.

Le 6 novembre, les jurys Goncourt et Renaudot ont conforté sa programmation, en faisant une large place à l’Histoire, singulièrement celle de l’Allemagne nazie.

L’écrivaint Eric Vuillard pose avoir son livre après avoir reçu le Prix Goncourt pour L’Ordre du Jour, le 6 novembre2017 au restaurant Drouant à Paris. (Crédit : AFP / Eric FEFERBERG)

Brive déroule cette année le tapis rouge à Eric Vuillard, Goncourt 2017 pour L’ordre du jour (Actes Sud), une immersion saisissante dans les coulisses de l’Anschluss, qui sera le prétexte à une prise de parole de l’auteur sur la « construction du récit historique ».

La disparition de Josef Mengele (Grasset) d’Olivier Guez, primé de son côté par le jury Renaudot, raconte la sinistre cavale du médecin tortionnaire nazi en Amérique du Sud. L’auteur interviendra, lui, sur le thème de « la mémoire ».

Lauréat mercredi du prix Femina pour son dernier roman La Serpe, Philippe Jaenada défendra quant à lui à Brive, pour la maison Julliard, son genre de prédilection, le fait divers romancé. La serpe rouvre l’affaire Henri Girard qui défraya la chronique sous l’Occupation. Henri Girard alias Georges Arnaud — qui publia en 1950 Le salaire de la peur, également chez Julliard — fut soupçonné en 1941, d’un triple meurtre, au château familial d’Escoire (Dordogne).

Le Saint des Saints

Du 10 au 12 novembre, la Foire du livre lève pour la première fois un coin du voile sur les travaux de l’Académie française. Danièle Sallenave, l’une des quatre « immortelles » siégeant aujourd’hui sous la Coupole – au fauteuil de Maurice Druon – racontera le parcours initiatique d’une candidature dans le Saint des Saints.

Autre point fort de cette 36e édition, un écrivain confirmé se voit confier un atelier d’écriture, avec obligation de suivi des travaux durant un trimestre.

Sorj Chalandon, écrivain journaliste multi-primé (Albert Londres 1988, Médicis 2006, grand prix du roman de l’Académie française 2011) présentera Le jour d’avant publié cet été chez Grasset, un récit-témoignage de la catastrophe de Liévin (Pas-de-Calais) qui tua 42 mineurs, le 27 décembre 1974.

Dans la petite sous-préfecture corrézienne où sont attendus quelque 80 000 visiteurs, il sera aussi question de spiritualité. Matthieu Ricard, moine bouddhiste et interprète officiel du Dalaï Lama, retracera « Un demi-siècle dans l’Himalaya » (La Martinière), journal autobiographique en images, sur les traces des grands maîtres du bouddhisme.

Cette année, science et littérature ne font qu’une, avec une tribune au physicien Christophe Galfard, disciple du mathématicien Stephen Hawking, invité à donner les clés de lecture de son essai savant E=mc2, L’équation de tous les possibles (Flammarion).

Ancré dans l’actualité, le salon corrézien reçoit aussi le reporter de guerre Pascal Manoukian, pour son témoignage romancé Ce que tient ta main droite t’appartient (Don Quichotte), une plongée glaçante au cœur de la machine de l’État islamique.