WASHINGTON (JTA) – Le débat déchaîne les passions depuis des semaines chez les rabbins et les dirigeants juifs : si le président américain Donald Trump ne répudie pas officiellement les suprématistes blancs, cela vaut-il toujours la peine d’avoir à faire à lui ?

Voilà ce qui est à l’esprit de l’ensemble de la communauté juive américaine depuis le 23 août, quand les dirigeants de trois grands courants religieux, reconstructionnistes, réformés et conservateurs, ont déclaré qu’ils ne participeront pas à l’appel annuel de Rosh Ha Shana avec le président, que des groupes rabbiniques avaient instauré aux débuts de l’administration Obama.

Mais au début de la semaine, la Maison Blanche a annoncé que cet appel aurait bien lieu, dans la même veine que les appels et réunions que les dirigeants juifs ont eu avec le président en exercice depuis l’époque d’Eisenhower. Cet appel se fait à l’initiative de la Maison Blanche, et non pas des rabbins, et des dirigeants laïcs comme religieux étaient conviés.

Vendredi, Trump a présenté ses vœux pour le Nouvel An lors d’une conférence téléphonique avec des dirigeants juifs qui n’aura duré que huit minutes. Il n’a pas autorisé les questions. À l’inverse, les appels et les réunions avec les anciens présidents incluaient des échanges, parfois tendus, et duraient généralement 45 minutes.

Manifestation de suprématistes blancs, torches à la main, sur le campus de l'université de Virginie, à Charlottesville, le 11 août 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Manifestation de suprématistes blancs, torches à la main, sur le campus de l’université de Virginie, à Charlottesville, le 11 août 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Certains des participants ont manifesté leur déception, après avoir publiquement lutté contre les mouvements réformés, reconstructionnistes et conservateurs, des échanges avec Trump dans le cadre des parallèles entre les néonazis et les contre manifestants établis par le président concernant les suprématistes blancs.

« Tout le monde aurait eu l’air moins bête si ça avait été publié sur YouTube », a dit quelqu’un, mettant l’accès sur la tournure de monologue qu’a pris cette « conversation. »

Les mouvements réformés et reconstructionnistes n’ont pas été conviés à l’appel de vendredi. Le mouvement conservateur a été invité, mais le rabbin Julie Schonfeld, qui préside l’Assemblée rabbinique du mouvement, avait refusé d’y prendre part. Tous ceux qui ont parlé à JTA l’ont fait sous couvert d’anonymat, car l’appel n’a pas été enregistré, bien que la Maison Blanche en ait publié une retranscription vendredi après-midi.

Le rabbin Avi Shafran, directeur des Affaires publiques d’Agudath Israel, un groupe ultra-orthodoxe, avait expliqué dans un article paru jeudi dans Forward que les rabbins qui ont refusé de prendre part à l’appel du président ont perdu une opportunité de soulever la question douloureuse des suprématistes bancs et des néo-nazis qui ont manifesté à Charlottesville le mois dernier, ce qui a donné lieu à la mort d’une contre-manifestante et a fait une vingtaine de blessés.

Des centaines de suprématistes, de néonazis et de membres de l'extrême-droite américaine à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Des centaines de suprématistes, de néonazis et de membres de l’extrême-droite américaine à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

« Il y a une différence entre demander respectueusement au président de clarifier le parallèle qu’il a dressé entre les défenseurs de la suprématie blanche et les autres manifestants, et indépendamment des opinions de chacun à son égard, manquer ouvertement de respect au chef d’État élu par notre pays », a-t-il dit.

Au final, il n’y a pas eu de surprises. Trump a abordé une variété de sujets et n’a pas digressé.

Au sujet de l’antisémitisme et la partialité : « nous condamnons fermement ceux qui cherchent à inciter à l’antisémitisme, ou à répandre toute forme de violence ou de haine, et je m’assurerai que nous protégeons les communautés juives et toutes les communautés dont la sécurité est menacée », a-t-il dit.

Au sujet d’Israël : « les États-Unis soutiendront toujours Israël, pas seulement à cause du partenariat vital entre nos deux nations, mais en raison des valeurs que nos deux peuples partagent. »

Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, à la Maison Blanche, le 24 avril 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, à la Maison Blanche, le 24 avril 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Trump a souligné que pour son ambassadrice aux Nations unies Nikki Haley, éviter que les instances internationales ne critiquent Israël est une priorité absolue.

« Je peux vous assurer que, en ce qui me concerne, et j’étais récemment en Israël, j’aime Israël », a-t-il dit.

Au sujet de la paix : « cette nouvelle année offre l’opportunité de rechercher la paix entre Israéliens et Palestiniens, et j’espère que nous verrons des progrès d’ici la fin de l’année. L’ambassadeur David Friedman, Jared [Kushner], Jason [Greenblatt] et le reste de mon équipe travaille d’arrache-pied pour parvenir à un accord de paix. Je pense que quelque chose pourrait se passer. » Friedmann est l’ambassadeur américain en Israël, Kushner son gendre et conseiller, et Greenblatt son négociateur à l’international.

Kushner, Juif pratiquant, a commencé cette vidéoconférence en présentant le président, affirmant que son beau-père « est très fier d’avoir une fille et des petits-enfants juifs ». Ivanka Trump, l’épouse de Kushner, est également la conseillère de son père. Trump a conclu l’appel en disant qu’avec sa femme Melania, il souhaite à tous « une année douce, saine et pacifique. »

Ceux qui ont pris part à l’appel ont affirmé que, même en l’absence d’échange, il valait mieux participer à cette vidéoconférence que de la bouder.

Le président de la ZOA, Morton A. Klein. (Crédit : Joseph Savetsky/autorisation de la ZOA)

Le président de la ZOA, Morton A. Klein. (Crédit : Joseph Savetsky/autorisation de la ZOA)

« Ce sont des rabbins dont la cause première devrait être le peuple juif et Israël », a déclaré Morton Klein, président de l’Organisation sioniste américaine (ZOA), en parlant de ceux qui avaient refusé de discuter avec le président américain.

Klein, qui a participé à l’appel, a souligné qu’il avait pris part à des entretiens et appels de ce genre avec Obama, même s’il était rarement d’accord avec lui.

« Pourquoi offenser bêtement le président, alors que nous avons besoin de lui pour ces question », a-t-il demandé.

Le rabbin Jonah Dov Pesner, directeur du Centre d’action religieuse du judaïsme réformé, a déclaré dans un e-mail adressé à JTA qu’étant donné qu’il n’a pas participé à cet appel, il n’allait pas s’exprimer sur ce qui a été dit.

Il a cependant ajouté qu’il « maintient sa décision de ne pas organiser d’appel du Nouvel an avec le président cette année. Nous sommes déçus par le président, qui continue à mettre, à tort, sur le même plan, les suprématistes blancs et les contremanifestants de Charlottesville. »