Le commandant de la patrouille qui se dirige vers la clôture de la frontière avec Gaza, près de Shajaiya, semble très jeune. Sergent dans la brigade Nahal, il évoque l’ordre de passage du convoi, le nombre de véhicules et les différentes fréquences radio dans la région.

Il impose l’utilisation de casques et de gilets pare-balles en céramique. Il demande à chacun d’écrire son nom et son matricule sur une feuille de papier et conduit finalement notre petite équipe vers le Nord-Ouest de Nahal Oz vers la clôture.

Son équipe est composée de combattants, mais ces derniers ne jouent qu’un rôle de soutien.

« Si les choses vont mal, nous devons gérer », affirme le Sergent de première classe Reuven Tautang, un soldat de carrière qui, sur la frontière, a été visé par des pierres, des mines et des missiles antichars et a été touché au bras et à la poitrine par des tirs de snipers.

Tautang, contrairement aux soldats de Nahal, n’est pas un fantassin. Il est le commandant adjoint de l’unité Kometz, qui fait partie du service ingrat de la maintenance de l’armée israélienne.

Pourtant, sa tâche de réparateur de la frontière, est celle d’un homme de première ligne – s’occupant sans relâche de la partie au nord de la clôture de Gaza, réparant les morceaux déchirés de barbelés et réparant en hiver les fils électriques endommagés par la pluie et de la foudre – est dangereuse, laborieuse et cruciale.

La clôture de 60 kilomètres qui sépare Israël de la bande de Gaza, construite lors de l’amorce des Accords d’Oslo, en 1994, puis renforcée physiquement et technologiquement depuis, peut être, parfois, la garantie d’une sécurité relative pour certains habitants de Gaza.

Le New York Times a rapporté cette semaine que ces derniers mois, de septembre à janvier, 84 Palestiniens de Gaza ont été arrêtés pour avoir franchi la barrière frontalière.

L’augmentation, une moyenne de 13 par mois par rapport à avant la guerre de l’été, est considérée comme une expression de désespoir. Comparée à la bande de Gaza, « la prison en Israël est comme un hôtel cinq étoiles », affirme Youssef Abbas, qui a jadis traversé la frontière et qui a été interviewé par le journal.

Pour l’armée, cependant, et pour la majorité des Israéliens, la clôture est une ligne de front contre l’infiltration de la terreur. Et les hommes chargés de son entretien sont des cibles de choix dans une zone qui est rarement visitée par les patrouilles en raison des dangers représentés par les tireurs embusqués et les engins explosifs improvisés qui surgissent en attirant les troupes à la clôture.

« C’est comme être un canard sur un champ de tir », explique le Sergent-chef Ran Shlomo, le commandant de l’unité Kometz, qui a supervisé l’entretien de nombreuses barrières et frontières d’Israël dans et autour de la bande de Gaza depuis qu’il a rejoint l’armée en 1990.

Shlomo, qui a commencé son service dans l’unité Kometz dans le « couloir de Philadelphie » qui sépare Gaza et l’Egypte, raconte qu’il a vu les menaces contre les soldats Kometz évoluer : de jets de gravats à des pierres aussi grandes qu’un poing, de tirs de petites armes à des mines, de missiles antichars à courte portée à des missiles guidés plus complexes.

Au sujet d’un champ de mines improvisé qui était en réalité un tunnel terroriste rempli de tellement d’explosifs, il explique que lorsqu’ils ont explosé, une jeep vide s’est retrouvée dans les airs et un lance-roquette antichar a explosé à quelques mètres de lui. « Il y a des choses dont on a été sauvées que grâce à un miracle de l’au-delà. »

Quelques années auparavant, Tautang, qui a immigré en Israël d’Inde en raison de son appartenance à la communauté Bnei Menashe, travaillait dur pour finir une réparation importante avant l’aube. Alors que le soleil se levait, un sniper de Gaza a ouvert le feu et il a été touché. Il a été gravement blessé mais il a pu reprendre le service.

Une dizaine de fois, poursuit Schlomo, le commandant-adjoint a déchiffré parfaitement la situation sur le terrain et a réussi à éviter une attaque combinée, qui est organisée en endommageant la clôture de manière à ce que l’intervention de l’unité Kometz devienne nécessaire.

Tautang, qui a reçu en 2009 le prix d’Excellence du président, explique qu’il étudie minutieusement le terrain pour voir s’il n’y a pas d’éléments troublants – il regarde si les rochers ont été déplacés ou si quelque chose dans le paysage a changé. Une fois, il a remarqué une moto près d’un vieux matériel d’agriculture. Le contraste entre les deux a attiré son attention. Il a fait stoppé son unité et a émis un appel radio au quartier générale en demandant une assistance aérienne. Alors qu’il sortait du véhicule blindé, une balle a traversé le pare-brise et il s’est mis à couvert contre un pneu. L’embuscade, peut-être même une tentative d’enlever un soldat, a échoué car quelques instants après des frappes aériennes ont éliminés l’équipe de terroriste.

La clôture n’est pas là pour empêcher les infiltrations, insiste Schlomo, mais pour prévenir lorsqu’il y en a une. Les premières versions de la barrière dans les années 1970 dans la vallée du Jourdain comprenaient des fils-pièges et des fusées éclairantes.

Dans les années 1990, les clôtures étaient capables d’indiquer quand elles avaient été touchées.

Aujourd’hui, la clôture est équipée, non seulement pour permettre de donner la localisation précise de l’endroit de l’infiltration mais elle fournit aussi une photo de la tentative d’infiltration et permet ensuite de suivre, par le biais de caméra de surveillance, quiconque traverse la barrière.

Schlomo décrit la clôture de Gaza comme étant « au cœur » du déploiement défensif en dehors de Gaza et explique que son efficacité explique grandement pourquoi le Hamas a pris la peine de forer des tunnels sous la frontière.

Tout au long de l’année, et particulièrement en hiver, la clôture nécessite un entretien. La foudre est attirée par les fins ailerons de métaux qui sont à l’air libre et qui se trouvent au-dessus des eaux de pluie qui s’accumulent sous la barrière.

De plus, lorsqu’un fil est coupé, comme cela a été le cas cette semaine à cause d’une balle perdue, cela expose les câbles optiques recouverts de cuivre qui sont sur la barrière à la pluie. Cela peut provoquer un dysfonctionnement sur une large partie de la barrière.

« Elle ne va plus fonctionner sur quatre kilomètres », ce qui signifie qu’un bataillon devra monter la garde sur cette partie de la clôture jusqu’à ce qu’elle soit réparée », explique Schlomo.

Une longue nuit de travail

Après l’interview et une série d’ordres, Tautang, connu sous le surnom de Tau-Tau auprès de ses soldats et de ses amis, est parti sur le terrain avec deux soldats pour une longue nuit de labeur : il doit effectuer des tests sur la clôture près de Beit Lahiya, à l’endroit où un enfant de 9 ans a traversé la clôture ; ils doivent réparer une partie du barbelé près de Shajaiyah, tranché par une balle, et doivent tenter de dégager une citerne d’eau remplie de boue à l’ouest de la barrière du côté de Gaza.

Le Times of Israel a accompagné les soldats Kometz pour leur première tâche de la nuit. Tattang explique que la plupart des tâches sont effectuées en pleine nuit pour tirer avantage de la capacité d’Israël de pouvoir voir dans la nuit grâce des technologies utilisées pour améliorer la vision nocturne. Les soldats de la brigade Nahal l’ont accompagné jusqu’à la clôture.

Alors que les deux véhicules ont reculé pour se mettre en position défensive, il s’est approché de la barrière tout en ordonnant à voix basse à ses soldats d’être prêt à sortir avec l’échelle dès que le véhicule blindé s’arrêterait.

Portant des gants et portant un plateau de clés et de pinces, les soldats ont ouvert le portail de la clôture et sont allées à l’ouest de la barrière, tournant le dos à Gaza. Et même si des véhicules sans phares se sont approchés, chacun d’entre eux portaient des casques qui émettaient une lumière blanche éblouissante qu’aucun soldat de combat digne de ce nom ne songerait à allumer.

« Il n’y a pas d’autres solution », explique le Sergent Major Eliezer Sogawunker, le commandant de la formation en électronique de l’école des corps de maintenance. Les soldats ont besoin de discerner 14 différentes couleurs. Mais vous ne pouvez pas faire cela avec les technologies de vision nocturne. »

Les hommes ont travaillé une heure, accroché des clés au barbelé en lisant les indications d’un petit écran. Ils ont traversé la clôture des deux côtés et sont et descendus de l’échelle. Non loin, l’enclave côtière faiblement éclairée était calme.

Six mois après la guerre de 50 jours, le Hamas se réarme mais n’a pas encore lancé d’attaque importante depuis le mois d’août. Et pourtant, alors que les poitrines des soldats se tournent vers Gaza, tout le monde a conscience de la facilité avec laquelle un sniper pourrait les viser.

« Tout le monde a peur, reconnaît Schlomo avant de nous dire au revoir. Mais sur le terrain, ça passe. Une fois que vous êtes sur le terrain, vous mettez tout de côté. C’est juste vous et le Saint, bénit soit-il. »