Le 9 mars 2010, le vice-président américain de l’époque, Joe Biden, avait commencé une visite en Israël en affirmant « l’engagement absolu, total, sans fard [des Etats-Unis] envers la sécurité israélienne. »

Quelques heures après, lorsque l’information de l’approbation par l’Etat juif de la construction de 1 600 nouvelles unités de logement dans le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem Est avait été annoncée, il avait dénoncé « la substance et le moment choisi pour cette annonce », déplorant avec colère que cette décision « vienne prendre le contre-pied des discussions positives que j’ai eues ici, en Israël. »

Le lendemain, Biden avait enfoncé le clou : « à la demande du président [Barack] Obama, je condamne [cette décision] immédiatement et sans aucune équivoque. »

La crise avait continué à prendre de l’ampleur les jours suivants. L’ambassadeur israélien à Washington avait été convoqué par le département d’Etat pour une réprimande, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait téléphoné au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lui faire part du mécontentement profond d’Obama et le directeur de cabinet du président avait qualifié la querelle de « bouton sur le c*l de l’amitié entre Israël et les Etats-Unis. »

Aujourd’hui, un tel conflit entre Washington et Jérusalem concernant des programmes de construction israéliens décidés dans les quartiers juifs de Jérusalem est devenu inimaginable. En effet, depuis que Donald Trump s’est installé à la Maison Blanche, l’hyper-focalisation de la communauté internationale sur la seule question des implantations israélienne semble consignée à une époque désormais révolue.

Même les Européens, qui n’ont pas modifié de manière substantielle leurs politiques concernant les implantations, ont revu à la baisse leurs critiques – dans une certaine mesure en tout cas – des constructions israéliennes réalisées au-delà des lignes pré-1967.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d'Israël à Jérusalem avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d’Israël à Jérusalem avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Sans aucun doute, Trump, au mois de février, a demandé à Netanyahu de faire preuve « d’un peu de retenue » sur les implantations. Et la Maison Blanche, comme le porte-parole du département d’Etat, rappellent régulièrement le point de vue de l’administration, selon lequel une « activité d’implantation incontrôlée n’aide pas à faire avancer le processus de paix. »

Et pourtant, alors que dans un passé récent, les implantations étaient considérées par de nombreuses personnes comme le plus important des problèmes cruciaux qui se posaient, elles sont aujourd’hui considérées comme étant l’une de ces questions âprement disputées qui devra être réglée si des progrès devaient se réaliser dans le cadre d’une résolution du conflit israélo-palestinien.

Le vice-président américain Joe Biden à son arrivée à l'aéroport Ben Gourion, le 8 mars 2010 (Crédit : Pool/Yariv Katz Flash90)

Le vice-président américain Joe Biden à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion, le 8 mars 2010 (Crédit : Pool/Yariv Katz Flash90)

Lorsque Obama, au cours de sa première année de mandat, avait cherché à relancer les négociations de paix, il avait fait pression sur Israël pour que l’Etat juif adopte un gel des constructions d’implantations de neuf mois. Et ce gel était inévitablement devenu une condition préalable de la part des Palestiniens pour entrer dans un cycle de pourparlers avec Israël – dans la mesure où les Palestiniens ne pouvaient pas se montrer moins exigeants que la Maison Blanche elle-même. Et c’est ce qui avait aidé à faire des implantations pendant longtemps, et sous de nombreux aspects, l’alpha et l’omega, dans toutes les questions posées, du déblocage du conflit israélo-palestinien.

Le gouvernement israélien a également contribué à accorder une importance centrale aux implantations ces dernières années.

En 2013, Jérusalem a choisi de libérer des dizaines de prisonniers sécuritaires palestiniens plutôt que de souscrire à un nouveau gel des constructions d’implantations. Et dans les faits, le gouvernement de Netanyahu a catégoriquement annoncé l’approbation de centaines de nouvelles constructions à Jérusalem Est au cours d’un cycle de négociations, initié par le secrétaire d’Etat de l’époque, John Kerry. Kerry a plus tard estimé, dans son discours d’adieu, que c’était ce problème qui avait entraîné l’effondrement des pourparlers.

Le Secrétaire d'Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d'Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Le Secrétaire d’Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d’Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Pendant huit ans, la Maison Blanche d’Obama a condamné avec constance presque chaque brique qu’Israël a annoncé avoir l’intention de poser en dehors des lignes pré-1967. Ce désaccord lancinant a atteint un niveau record en décembre 2016, lorsque les Etats-Unis se sont abstenus lors du vote d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qui affirme que les entreprises d’implantation israéliennes n’ont « pas de validité et constituent une violation flagrante des termes du droit international et un obstacle majeur à […] une paix juste, équitable et durable », permettant son adoption.

Israël a alors accusé l’administration sortante d’avoir programmé ce qu’elle a à ce moment-là qualifié d’embuscade à l’encontre de l’Etat juif, suscitant la pire crise connue dans les relations bilatérales depuis des années, et montrant la place centrale fermement occupée par le problème des implantations.

Ce qui est resté le cas pendant un moment, même après l’entrée de Trump à la Maison Blanche. Ayant fait don de la somme de 10 000 dollars à Beit El et ayant choisi David Friedman, un soutien affirmé du mouvement pro-implantation, comme son futur ambassadeur en Israël, il avait semblé que l’approche choisie par le nouveau président envers la présence israélienne en Cisjordanie serait fondamentalement différente de celle de ces prédécesseurs. Certains habitants des implantations et certains politiciens favorables au mouvement avaient salué Trump, considéré comme un véritable messie, cet homme dont l’arrivée pourrait augurer d’un développement sans précédent des constructions.

Les réponses apportées par l’Europe à de nouveaux plans de construction semblent s’être adoucies

Ce n’est pas arrivé, mais alors que Trump demandait à Israël de freiner l’expansion des implantations, il n’a pas fustigé les implantations existantes comme étant un obstacle à la paix. Contraste saisissant avec la précédente administration, la Maison Blanche actuelle semble comprendre la situation difficile dans laquelle se trouve Netanyahu – les membres les plus bellicistes de sa coalition réclamant plus de constructions dans les implantations – et peut même avoir de l’empathie pour le besoin de croissance naturelle des membres du mouvement pro-implantation.

L’administration a demandé aux Israéliens comme aux Palestiniens d’aider à créer un climat favorable à la paix, et cela pourrait donc être problématique que Jérusalem augmente de manière spectaculaire les constructions dans les implantations et érige des avants-postes, colline après colline, à travers la Cisjordanie, ont clairement établi des responsables américains lors de conversations privées. Mais tant que le gouvernement israélien coordonne ses initiatives avec la Maison Blanche et qu’il ne la place pas dans une situation embarrassante, l’administration Trump se retiendra probablement de dénoncer les projets d’expansion d’Israël dans les implantations existantes.

Ce vent nouveau qui souffle depuis Washington est clairement ressenti par les Palestiniens. Alors qu’ils sont déterminés, au niveau tactique, à rester pour le moment dans les bonnes grâces de Trump, ils ont abandonné la demande d’un gel des constructions comme condition préalable à des pourparlers sans trop de pressions directes. Et ce changement à lui seul souligne de façon puissante que les constructions d’habitations en Cisjordanie ne sont plus le point central de blocage du processus de paix.

Cette fixation sur les implantations a en fait été remplacée par une concentration sur une importante liste de questions qui devront être traitées lors de la tentative de Trump d’arriver à un accord, dont le président a estimé qu’il pourrait « ne pas être aussi difficile que ce qu’on a pu penser ». Au grand dam de Ramallah, ces questions incluent les incitations à la violence et les versements effectués aux terroristes incarcérés et à leurs familles par l’Autorité palestinienne.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Les Européens n’ont pour leur part pas encore adopté le positionnement plus tolérant de Trump concernant les implantations, s’en tenant encore à leur opposition traditionnelle à toute construction israélienne à l’est de la Ligne verte. Leurs réponses conventionnelles aux annonces israéliennes d’expansion d’implantations semblent toutefois s’être adoucies.

Au mois de juillet 2016, quelques mois avant la victoire de Trump aux élections, l’Union européenne avait déclaré que la construction programmée par Israël de plusieurs centaines d’unités de logement à Jérusalem Est et en Cisjordanie « remet[tait] en question l’engagement d’Israël envers un accord négocié avec les Palestiniens ». Notant que les implantations sont illégales sous les termes du droit international, l’UE avait vivement recommandé à Israël de « cesser cette politique et de renverser sa récente décision ».

Au mois d’octobre, un communiqué supplémentaire sur ce problème avait souligné une « remise en question de l’engagement israélien envers un accord négocié avec les Palestiniens ».

Revenons quelques mois plus tard. Au début du mois de février, quelques jours après que Trump a pris place au Bureau ovale, la haute représentante aux Affaires étrangères de l’Union européenne, Federica Mogherini, a déclaré que l’intention d’Israël de construire 3 000 nouvelles unités de logement en Cisjordanie révélait une « tendance très inquiétante, qui pose un défi direct aux perspectives d’une solution à deux états viable, qui devient de plus en plus difficile et risque de devenir impossible. »

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, tient une conférence de presse conjointe avec la chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 7 novembre 2014. (Crédit photo: Amit Shabi / POOL / FLASH90)

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, tient une conférence de presse conjointe avec la chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 7 novembre 2014. (Crédit photo: Amit Shabi / POOL / FLASH90)

L’UE « regrette profondément qu’Israël continue dans cette direction malgré les inquiétudes et les objections graves et continues émises à l’international », a-t-elle ajouté.

Il s’agit très certainement encore d’une déclaration forte, mais elle ne reprend pas les doutes proférés précédemment sur la volonté d’Israël de parvenir à la paix.

Le mois dernier, alors qu’Israël a octroyé des permis à plus de 15 000 nouvelles unités de logement à Jérusalem, l’UE a produit un communiqué plus insipide encore, demandant au gouvernement de « reconsidérer ses décisions ».

Les implantations sont illégales et sapent « les perspectives d’une paix durable », a souligné le communiqué. Mais tandis que de tels textes pouvaient précédemment remettre en question le désir d’Israël de conclure un accord, accordant aux Palestiniens un laissez-passer gratuit, déplorait souvent Israël, le communiqué a appelé les « deux parties à s’engager dans un processus significatif visant à réaliser une solution négociée à deux états. »

La majorité des décisionnaires du monde occidental considèrent encore qu’une expansion des implantations sans entrave est un obstacle majeur à la création d’un état palestinien viable, qui, selon, eux, est le seul moyen de parvenir à une paix durable. Même Trump ne donne pas carte blanche à Israël pour construire là où l’Etat juif pourrait le désirer. « A chaque fois que vous prenez des terrains pour une implantation, il reste moins de terrains », a dit le président américain en février au quotidien Israel Hayom.

Mais presque une décennie après qu’Obama a indiqué que la voie vers une paix israélo-palestinienne passait par un gel illimité des constructions, et que le monde l’ait suivi en faisant de cette question une priorité, les implantations ne sont plus dorénavant que l’une des nombreuses questions épineuses qui devront être abordées si Trump veut conclure ce qu’il appelle « l’accord ultime ».

Coucher de soleil sur les travaux de construction dans le quartier juif de Ramat Shlomo, à Jérusalem Est, le 21 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Coucher de soleil sur les travaux de construction dans le quartier juif de Ramat Shlomo, à Jérusalem Est, le 21 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)