Le manque de fonds et d’armes de qualité pourrait aider le front islamiste Al-Nosra – un groupe classé comme organisation terroriste par les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux – à arracher le contrôle de Daraa, province sud de la Syrie, de l’Armée syrienne libre (ASL), confie dimanche au Times of Israel un porte-parole de l’ASL.

Le porte-parole, alias Abu Omar Al-Hourani, a déclaré dans un entretien téléphonique depuis Daraa que des salaires plus élevés et les meilleures armes d’Al-Nosra ont incité de nombreux soldats de l’ASL à rompre les rangs et à rejoindre le groupe islamiste.

Selon son estimation, 80 % de la force de combat d’Al-Nosra à Daraa est actuellement composée de Syriens, et les 20 % restants de combattants étrangers.

« Daraa est partiellement contrôlée par Al-Nosra et des groupes affiliés, mais pourrait entièrement tomber entre leurs mains », a-t-il soutenu. « Ils reçoivent un énorme soutien externe, mais nous n’avons pas réussi à trouver d’où il provient. »

Selon Hourani, ses propres combattants sont des « musulmans modérés » qui croient en « une Syrie libre et démocratique ouverte à tous », alors qu’Al-Nosra prône une Syrie où « la religion musulmane régira sur tout le monde. »

« Ils ignorent la notion de pluralisme », poursuit-il. Pourtant, Al-Nosra ne partage pas les opinions extrêmes d’Al-Qaïda, représentée en Syrie par l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL).

Les villages à l’est de Daraa, comme Taiybeh, Al-Jeeza et Al-Musayfrah, sont entièrement contrôlés par Al-Nusra, qui compte actuellement quelque 30 positions à l’intérieur et aux alentours de la ville.

La ville elle-même et ses banlieues occidentales sont encore aux mains de l’ASL.

Al-Nosra a réussi à obtenir des armes de qualité supérieure sur les marchés noirs internationaux, dont des canons antiaériens de 23 millimètres, des missiles Grad soviétiques, et missiles sol-air SA-7. Elle a également réussi à capturer des tanks du régime d’Assad, note le porte-parole.

« Aujourd’hui, vous pouvez même acheter des armes d’officiers d’Assad et obtenir ce que vous voulez », dit-il. « Peu leur importe qui achète, tout ce qu’ils veulent, c’est de l’argent. »

La frontière poreuse entre la Syrie et l’Irak a également permis la circulation d’armes entre les mains d’islamistes.

En plus de sa puissance militaire, Al-Nusra est engagée dans des projets civils, tels que l’assainissement, le pavage de routes et le secours médical.

« Ils font cela pour gagner le soutien de la population », explique Hourani.

Il raconte encore que lors de réunions en Jordanie avec les Etats occidentaux et arabes qui soutiennent les rebelles, ses forces ont demandé à plusieurs reprises des armes anti-aériennes et antitanks.

Mais, craignant que ces armes ne tombent entre les mains de combattants extrémistes, les pays donateurs ont refusé de les fournir.

L’ASL a suggéré que l’Occident traque ces armes en utilisant des systèmes GPS, ou même en envoyant des équipes occidentales tirer des missiles anti-aériens américains Stinger avancés sur les avions du régime, sous la surveillance de l’ASL, mais en vain.

Il y a un mois, une cargaison de 600 missiles antitanks TOW a été envoyée au Front révolutionnaire syrien qui combattait dans les provinces septentrionales de Idlib et Alep, mais aucune de ces armes n’a atteint ses forces à Daraa, affirme-t-il.

L’affrontement entre l’ASL et Al-Nosra a atteint son point culminant le 3 mai, lorsque le groupe islamiste a enlevé le colonel Ahmad Al-Nimeh, commandant de l’ASL dans la province de Daraa, ainsi que cinq autres commandants de l’ASL.

Selon Hourani, Al-Nusra l’aurait accusé de collaborer avec les services de renseignements américains et britanniques, ainsi que de soutenir la paix avec Israël.

Dans un communiqué publié dimanche, l’ASL basée à Daraa a annoncé qu’elle mettait fin à toute coopération militaire avec Al-Nusra en attendant la libération d’Al-Nimeh.

Une source du renseignement israélien a déclaré à l’Associated Press en janvier qu’Israël réévaluait sa neutralité envers la guerre civile en Syrie par crainte d’un possible envahissement de combattants jihadistes de la Syrie vers Israël.

Hourani a déclaré que deux hommes de son unité, gravement blessés dans les combats, ont été traités en Israël. Les soins médicaux fournis par l’Etat juif incitent les résidents de Daraa à considérer Israël comme un « pays ami », malgré les guerres passées entre les deux pays.

« Le traitement procuré par Israël est différent de celui des autres pays », assure Hourani. « Même les pays arabes empêchent les Syriens d’entrer. A l’intérieur de la Syrie, les gens meurent de faim, et à l’extérieur ils meurent d’humiliation ».