LONDRES – En principe, la circonscription pour le Parlement britannique de Finchley et Golders Green, dans le Nord-Ouest de Londres devrait être un siège assuré au conservateurs.

Cette zone relativement riche englobe des quartiers aisés comme Hampstead Garden Suburb, où le prix moyen des maisons a atteint 1,8 million de dollars.

L’ancien Premier ministre conservateur Margaret Thatcher a représenté Finchley de 1959 à 1992. En 2010, l’actuel député Mike Freer a conquis le siège avec 46 % des votes et à un moment de la campagne actuelle, on lui a donné 66 % de chances d’être réélu jeudi.

Mais Finchley et Golders Green semble être jeudi l’une des courses les plus serrées et les plus passionnantes dans le pays le jour du scrutin.

Dans une course à deux entre Freer et son adversaire travailliste, Sarah Sackman, le parti travailliste a réussi à passer d’un deficit de douze points derrière les conservateurs en 2010 à une avance de 2 points, selon un sondage de Lord Ashcroft en avril.

Ce qui ajoute à l’intérêt de Finchley et Golders Green, la circonscription la plus juive au Royaume-Uni, est une dynamique où une candidate travailliste juive cherche à évincer un député conservateur non-juif nettement pro-israélien en place.

Environ 25 400 Juifs vivent dans Finchley et Golders Green, soit 10 % de la population juive du Royaume-Uni et 21,1 % de la population de la circonscription elle-même. Les Juifs y constituent la plus grande minorité et selon l’Institute for Jewish Policy Research, les votes juifs pourraient compter plus que tous les autres groupes minoritaires combinés.

Le facteur décisif du vote juif affecte les deux candidats, mais surtout Sackman. Le sondage au niveau national le plus récent a révélé que 69 % des électeurs juifs avaient l’intention de voter pour les conservateurs et seulement 22 % pour les travaillistes.

Seulement 13 % d’entre eux ont dit que le leader travailliste Ed Miliband aurait « une meilleure attitude » comme Premier ministre envers la communauté juive et encore moins de personnes interrogées lui font confiance sur la question d’Israël.

Au fur et à mesure que l’on s’approchait du jour du scrutin, la concurrence pour les électeurs juifs s’intensifiait.

« Si vous regardez le Parlement, un grand nombre des défenseurs les plus fervents sur des questions comme Israël et l’antisémitisme sont souvent les députés qui ne sont pas nécessairement juifs », a déclaré Freer au Times of Israel après un débat mercredi au Minyan orthodoxe moderne de Central Square.

La question qui lui avait été posée était pourquoi il était mieux placé que Sackman pour représenter les intérêts des habitants juifs de Finchley et Golders Green.

« Cela ne veut pas dire que mes collègues juifs n’argumentent pas avec energie, mais beaucoup d’entre nous qui sommes à la pointe du combat ne sont pas juifs, et cela nous donne une force parce que nous l’abordons avec une perspective différente et la conviction que nous, nous combattons la discrimination en faveur de nos alliés », a ajouté Freer.

L'actuel député de Finchley et Golders Green Mike Freer. (Photo: autorisation)

L’actuel député de Finchley et Golders Green Mike Freer. (Photo: autorisation)

Freer a fait une comparaison entre les combats pour les juifs et ceux des LGBT, notant que Stonewall – la principale organisation des droits des homosexuels en Grande-Bretagne – « reconnaît que d’avoir des alliés de l’extérieur de la communauté peut souvent apporter une contribution très puissante ».

Cela n’est pas la première fois que Freer fait valoir l’argument qu’il pouvait mieux représenter ses électeurs juifs en tant que non-Juif. Dans une interview à la mi-avril de Londres Freer avait dit : « Un député non-juif est capable de représenter leurs électeurs juifs avec plus d’efficacité parce qu’il ne peut pas être accusé d’intérêt personnel ».

Sackman s’est entretenu par téléphone avec le Times of Israel au lendemain du débat (la troisième débat public dans une synagogue dans la semaine) et ne pouvait pas croire que Freer avait répété cette idée.

« J’espère représenter les gens de toutes confessions – et sans confession – de façon équitable. Je ne mettrai jamais en question la capacité de Mike Freer de représenter ses électeurs juifs. Mais il a tort s’il pense qu’un député juif serait moins efficace », a déclaré Sackman.

La candidate travailliste juive Sarah Sackman: "J'espère représenter les gens de toutes confessions - et sans confession - de façon équitable" (Photo: autorisation)

La candidate travailliste juive Sarah Sackman: « J’espère représenter les gens de toutes confessions – et sans confession – de façon équitable » (Photo: autorisation)

L’adversaire conservatrice de Sackman estime qu’Ed Miliband et son point de vue sur Israël est l’un de ses points faibles.

Freer a affirmé au cours du débat de Central Square que le parti travailliste avait « abandonné » Israël, tout en rappelant qu’il avait démissionné du gouvernement pour voter contre la reconnaissance unilatérale de l’Etat palestinien.

L’autre problème est l’impôt sur les résidences, une proposition travailliste visant à lever des impôts fonciers supplémentaires sur les résidences d’une valeur de plus de 3 millions de dollars. Les conservateurs dont Freer s’y opposent, la qualifiant de « taxe sur l’aspiration ».

En réponse à Freer, Sackman a dit au débat que la grande majorité des biens immobiliers à Finchley et Golders Green ne relèverait pas de l’impôt sur les résidences, tout en ajoutant que la taxe était une partie nécessaire de la proposition pour combler le trou dans le financement du systême national de santé.

« Ceux qui ont les épaules les plus larges devraient porter le fardeau le plus lourd. C’est progressiste et c’est pourquoi je suis au parti travailliste », a-t-elle affirmé.

Sur Israël, Sackman reconnaît les préoccupations de la communauté, y compris l’idée que des éléments sur l’aile gauche du parti travailliste étaient anti-israéliens.

Mais a-t-elle ajouté, « critiquer la politique du gouvernement israélien n’en fait pas un parti anti-Israël ». (Dans notre conversation téléphonique, Sackman a dit qu’elle aurait voté contre son parti sur la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien).

Sackman est en désaccord avec son parti sur les mesures unilatérales, affirmant lors d’un débat à la Synagogue Masorti de New North London à Finchley que « la seule façon de garantir la sécurité d’Israël est par des négociations. Mais ne vous méprenez pas en pensant que la direction du parti travailliste est anti-Israël. Nous sommes en désaccord sur les moyens, pas sur les buts ».

Sackman voit la question d’Israël comme une affaire personnelle. Grandir en tant que membre de la communauté juive signifiait se sentir proche d’Israël de nombreuses façons.

« J’ai trois cousins ​​qui vivent à Jérusalem. Je voyage en Israël tous les ans. J’ai travaillé à la Cour suprême en tant que commis de droit étranger et mon grand-père était ambassadeur d’Israël. La question d’Israël est quelque chose qui est profondément personnel et émotionnel », dit-elle.

Sackman a actuellement deux points d’avance dans les sondages du Guardian et du New Statesman pour emporter le siège.

Selon elle, un des facteurs est l’affaiblissement du vote libéral-démocrate, en baisse de 17 % en 2010 à une prévision de 5 % en 2015. Un autre est la force du travail de terrain de la campagne de Sackman. Dans le sondage de Lord Ashcroft, 60 % des électeurs de Finchley et Golders Green ont dit qu’ils avaient entendu parler des travaillistes au cours des dernières semaines, contre 34 % pour les conservateurs.

Mais il est également vrai que, dans la communauté juive britannique, Israël est moins important que les gens ne le pensent quand il s’agit de voter pour les élections nationales.

Au débat à la Synagogue New North London, les participants devaient être activement encouragés par le modérateur pour poser des questions sur Israël ou sur des sujets communautaires.

Les électeurs juifs étaient beaucoup plus préoccupés par le logement, la criminalité et la police, par l’immigration et le déficit, qu’ils ne l’étaient à propos d’Israël.

On ne peut pas dire que le soutien de Miliband pour la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien n’a pas fait perdre des votes aux travaillistes dans la communauté juive, mais au moins dans la circonscription de Finchley et Golders Green, les préoccupations intérieures éclipsent la politique étrangère.

En effet, c’est sur les affaires locales qui Sackman est susceptible d’exploiter les faiblesses dans la campagne de Freer, en particulier le logement abordable.

Un récent reportage du Guardian a mis en évidence la façon dont le conseil de Barnet contrôlé par les conservateurs avait récemment augmenté les loyers des logements publics de 30 % de la valeur de marché à 80 %, ce qui signifie qu’une famille dans un appartement social de deux pièces à Golders Green payant actuellement 715 dollars par mois allait désormais devoir débourser 1610 dollars par mois, soit une augmentation de 125 %.

Dans la communauté juive, et en particulier chez les Juifs orthodoxes, l’idée que les jeunes adultes, incapables d’acheter ou de louer à Finchley et Golders Green, pourraient être chassés loin de la famille et de l’infrastructure communautaire est une préoccupation urgente.

Un des autres avantages de Sackman auquel son adversaire ne peut pas répliquer est la touche personnelle. Elle est en mesure de parler à la première personne sur la façon de grandir dans le cadre de la Synagogue de Hampstead Garden Suburb, d’avoir fait partie d’un mouvement de jeunesse sioniste, ou du tikkun olam comme une motivation pour se lancer en politique, Sackman est avantagée parce que ses mots sont convaincants et sincères.

Cette sincérité, couplée à ses qualités et son l’activisme communautaire, pourrait la faire gagner jeudi.