Le 1er septembre, le Prince jordanien Zeid Raad Al-Hussein va commencer son mandat en tant que Haut commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, le premier arabe à occuper ce poste influent.

Israël a toujours eu une relation extrêmement tendue avec les instances des droits de l’homme de l’ONU, et certains partisans pro-israéliens ont fulminé contre sa nomination, en soulignant les remarques critiques sur Israël qu’il a faites dans le passé.

Est-ce que Jérusalem craint que sous le nouveau Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies – un descendant d’une dynastie arabe – le corps devienne encore plus hostile envers Israël ?

Le ministère des Affaires étrangères refuse résolument de commenter la nomination d’al-Hussein. Les diplomates là-bas craignent que saluer publiquement sa nomination serait contre-productif. Des accolades du gouvernement israélien augmenteraient la pression des Etats membres arabes sur lui pour qu’il soit plus dur avec Israël, un scénario que Jérusalem cherche à éviter.

Pourtant, Israël est en fait ravi du fait qu’al-Hussein remplace Navi Pillay. Il pense qu’il était le meilleur choix de tous les candidats potentiels pour le poste. Le diplomate né à Amman est connu pour être le commissaire aux droits de l’homme le plus raisonnable et abordable qu’Israël aurait pu espérer. En effet, en 2006, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU a salué al-Hussein en le qualifiant de « rayon de lumière » dans la région et qu’il espérait qu’il « brillerait plus fréquemment à l’avenir ».

Ignorant l’appréciation tacite de Jérusalem pour al-Hussein, certains partisans pro-israéliens ont critiqué sa nomination pour ses positions sur les politiques israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Certains l’ont accusé d’assimiler les « horribles » attentats-suicides palestiniens aux actions d’Israël envers les Palestiniens.

L’avocate des droits de l’homme pro-israélienne Anne Bayefsky, par exemple, a suggéré qu’al-Hussein est susceptible d’abuser de sa position pour manifester contre Israël.

« A quel point est-il probable que le Haut-commissaire aux droits de l’homme, qui vient d’un pays membre de l’Organisation de la coopération islamique – qui a détourné le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour l’utiliser comme un outil personnel visant au « Israel bashing » [lynchage d’Israël] – affrontera ses alliés et refusera de devenir une partie du problème ? » a-t-elle déclaré au Washington Free Beacon au début du mois. « La réponse est, comme les Britanniques le diraient, ‘surement pas probable’ », a affirmé Bayefsky.

Prenant la parole à la Cour internationale de Justice (CIJ) au sujet de la barrière de sécurité d’Israël, al-Hussein a déclaré en 2004 que « les attentats-suicides ne sont en effet rien de moins que terrible ».

Il a ensuite ajouté que « ces événements ne se distinguent pas par eux-mêmes. L’argument d’Israël, car il est centré sur les attentats suicides sporadiques des trois dernières années en particulier, doit être comparé à près de quatre décennies de domination israélienne et, en vertu de son occupation dégradante de toute une population civile ; déclenchant souvent des comportements qui ne sont pas moins horribles, résulte d’un grand nombre de morts et de blessés palestiniens innocents ».

Al-Hussein a fait cette déclaration dans le cadre de son rôle de représentant de la Jordanie à la CIJ, alors que le tribunal examinait la légalité de la barrière de sécurité. « Il s’agissait d’un grotesque exercice « légal » qui a répondu à une ‘question’ posée par l’Assemblée générale », a déclaré Bayefsky. « L’Assemblée avait déjà décidé de l’illégalité de « du Mur » et a donné au tribunal les renseignements pour « prouver » cette conclusion ».

En ce qui concerne la suggestion d’al-Hussein que les pratiques israéliennes étaient « pas moins horribles » que les attaques terroristes, Bayefsky a déclaré que c’était « exactement l’orientation qui sera encouragée et accueillie par les instances des « droits de l’homme de l’ONU ».

Cependant, deux ans après son discours à la CIJ, en 2006, al-Hussein s’est attiré les éloges des défenseurs des droits de l’homme pro-israéliens, et même d’un haut diplomate israélien, pour une déclaration qu’il avait faite lors d’une session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale des Nations unies sur la barrière de sécurité.

A l’époque il occupait le poste d’ambassadeur de Jordanie à l’ONU, il a réitéré l’opposition d’Amman contre la barrière et a condamné « l’occupation », mais il a également critiqué le négationnisme et a appelé les délégués à réfléchir au mal que les Arabes causaient aux civils israéliens.

Prince Zeid Raad Zeid Al-Hussein (Crédit : Wl219/domaine public/Wikimedia commons)

Prince Zeid Raad Zeid Al-Hussein (Crédit : Wl219/domaine public/Wikimedia commons)

« Il a demandé à l’Assemblée d’examiner les torts causés par Israël au peuple palestinien et aux autres populations arabes – l’occupation forcée dure maintenant depuis ​​près de 40 ans – ainsi que les torts causés par les groupes arabes aux civils en Israël », selon un rapport officiel de l’ONU sur la session.

« Il a également exprimé la crainte, à savoir que beaucoup dans le monde arabe et ailleurs, ont continué à nier ou à minimiser la Shoah, un événement d’une immense douleur qui avait causé tant de souffrances au peuple juif, aux Tziganes et aux autres ».

Le prince jordanien a conclu son discours en disant que la paix ne viendra que « lorsque la justice aura éclipsé l’opportunisme politique pour tous les peuples de la région » – une déclaration faisant écho au message de fond d’Israël à l’ONU depuis des décennies, selon les observateurs de l’époque.

S’exprimant juste après al-Hussein, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU à l’époque, Dan Gillerman, a salué son collègue jordanien pour sa déclaration. Gillerman a déclaré : « Ce n’est pas souvent qu’un Israélien est en mesure de rendre hommage à un Arabe mais le prince est la voix de la raison qui reconnaît », selon le rapport de l’ONU. « Le prince était un rayon de lumière sur les questions de la région, qui nous l’espérons briller plus fréquemment à l’avenir »

UN Watch, une organisation des droits de l’homme pro-israélienne à Genève, a également salué les paroles du diplomate jordanien. « L’ONU a désespérément besoin de voix plus courageuses pour se joindre au prince Zeid. C’est seulement avec ces voix que les appels de l’ONU pour la paix au Moyen-Orient cesseront de sonner creux et commenceront à contribuer à un dialogue constructif et juste pour la résolution du
conflit », a déclaré le groupe.

(Interrogé cette semaine sur la nomination d’al-Hussein au poste de haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, le directeur exécutif du groupe, Hillel Neuer, a déclaré qu’il n’avait aucune information à offrir sur ce sujet, sans doute partage t-il la même raison que le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, qui refuse de commenter.)

« Le prince était un rayon de lumière sur les questions de la région, qui nous l’espérons briller plus fréquemment à l’avenir »

Dan Gillerman

Bien qu’al-Hussein ait reçu beaucoup d’éloges pour son discours en 2006, il a continué à exprimer des idées conciliatrices même dans ses déclarations plus récentes.

Dans un discours en 2011 au Conseil de sécurité des Nations unies, il a suggéré au monde arabe d’essayer de mieux comprendre les émotions et les positions des Israéliens.

« Les Israéliens nous disent de temps en temps : résoudre le conflit est moins une question de droit que de psychologie, et étant donné la mesure et les véritables traumatismes de l’expérience historique juive, ils sont prudents et ne placent leur confiance en personne, et encore moins, disent-ils, en nous, les Arabes », a déclaré al-Hussein.

« Et peut-être que nous devons admettre : nous aurions pu faire plus pour mieux comprendre ce point, fait plus pour développer une plus grande confiance, entre autre, mieux expliquer les termes de l’Initiative de paix arabe pour le public israélien ».

Alors que le prince a rappelé la « profonde opposition » de la Jordanie et la « ferme condamnation » de la construction d’implantations israéliennes, il a affirmé que cette position « n’est pas fondée sur une certaine forme de haine ou d’intolérance primordiale envers le peuple juif ».

D’ici environ deux mois, quand Al-Hussein prendra officiellement le poste de Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, il supervisera un personnel d’environ 1 100 personnes. Basé à Genève, son bureau aura des succursales dans 65 pays à travers le monde.

Al-Hussein, qui a un doctorat de l’Université de Cambridge, a été deux fois ambassadeur de Jordanie à l’ONU et est également ancien ambassadeur du royaume hachémite aux États-Unis.

Il est un fervent défenseur de la paix et de la justice internationale, et a joué un rôle central dans la mise en place de la Cour pénale internationale.

Depuis plus de deux ans, il a présidé les négociations complexes sur les éléments constitutifs des infractions individuelles dans le cadre des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Actuellement, il représente la Jordanie au Conseil de sécurité des Nations unies, où Amman a un mandat de deux ans.

Les relations d’Israël avec le Conseil des droits de l’homme, et le Haut Commissaire sortant Pillay, ont longtemps été tendues.

En mars 2012, Jérusalem a rompu toutes les relations avec l’instance onusienne après avoir annoncé la mise en place d’une mission d’établissement des faits dans les implantations israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, une décision qui a été condamnée par le gouvernement.

Quelques mois plus tard, le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem a vivement critiqué Pillay pour avoir omis de condamner les attaques de roquettes palestiniennes contre les civils israéliens.

Durant l’hiver 2013, Israël a rejoint le HCDH après que les Etats membres occidentaux aient promis de reconnaître le pays dans le groupe Europe occidentale et autres (WEOG), ce qui augmente considérablement la capacité de Jérusalem pour défendre ses intérêts à l’organisme.

En outre, les États WEOG ont convenu de ne pas participer à des discussions sur le Point 7 du conseil (« la situation des droits de l’homme en Palestine et autres territoires arabes occupés ») pendant deux ans.

Depuis 2007, Israël a été le seul pays dont les violations présumées des droits de l’homme sont discutées dans le cadre d’une question unique et permanente à ​​l’ordre du jour du conseil.