Qui peut dire ce que l’avenir nous réserve ? Ou le tournant que nos vies vont prendre ?

Père Juan Solana dirige le Centre Notre-Dame de Jérusalem des Légionnaires de l’ordre religieux du christ depuis dix ans.

Mais en 2004, lorsqu’il a été informé par le Vatican qu’il était envoyé en Israël, le jeune prêtre catholique d’origine mexicaine a trouvé la perspective intimidante, et même un peu effrayante.

Car Israël était au milieu d’une Intifada violente, de plus, le Père Juan ne connaissait pas la langue du pays. En outre, il y avait des problèmes à Notre-Dame et il sentait qu’il ne possédait pas l’expérience nécessaire pour les résoudre. Autrement dit – il craignait de ne pas être tout à fait à la hauteur.

Avant de partir pour le Moyen-Orient, Père Juan s’est envolé à Rome pour s’y renforcer spirituellement. Dans une petite chapelle du Vatican, il s’est trouvé en face d’un autel inconnu.

En priant, il a levé les yeux et regardé la mosaïque sur le mur, une scène sur la mer de Galilée où Jésus réprimande son disciple Pierre. Au-dessus, il y avait une citation de l’Évangile : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

A partir de ce moment, Père Juan a su qu’il était sur la bonne voie. Même si, dans ses rêves les plus fous, il ne pouvait imaginer à quel point il avait raison. Une fois en Terre sainte, le hasard l’a conduit vers une découverte unique et merveilleuse.

Père Juan a passé l’une de ses premières nuits en Israël sur les rives du lac de Tibériade. En marchant près de l’eau, à l’aube, il a vu un pêcheur filer ses filets en face de lui. Et il s’est mis à rêver de ce qu’il pouvait accomplir en Terre Sainte.

Très vite, Père Juan apprit que les pèlerins chrétiens en Israël avait fait deux étapes importantes : ils ont exploré les Lieux Saints de Jérusalem, et suivi les traces de Jésus autour du lac de Tibériade. De toute évidence, un autre Centre Notre-Dame, ou quelque chose de semblable, s’imposait en Galilée.

En 2005, après avoir appris qu’une propriété appelée « Hôtel de la plage d’Hawaii », dans le village de Migdal, au nord de Tibériade, était en vente, Père Juan a commencé le processus long et compliqué d’achat de la propriété. Des plans détaillés pour un centre cultuel avec gîte et restaurant ont été établis, et la construction a commencé en 2009.

Les fouilles de Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les fouilles de Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Sans surprise, l’étude archéologique du site – requise par la loi israélienne avant toute construction – a rapidement mis au jour des antiquités enfouies sous des monticules de terre.

Des experts de l’Autorité des antiquités d’Israël ont commencé à effectuer des fouilles. En fin de compte, Père Juan a décidé de suspendre temporairement la poursuite des travaux de ce site destiné aux pèlerins.

Les pelles ont permis de découvrir une synagogue du premier siècle – il n’y en a qu’une poignée dans l’ensemble du pays -, composée des bancs de pierre, de mosaïques et de fresques. Plus important encore, dans les débris de la synagogue, les archéologues ont trouvé une unique table de pierre – un autel – datant de 2 000 ans.

Mosaïque de la première synagogue datant du Ier siècle à Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Mosaïque de la première synagogue datant du Ier siècle, à Magdala. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Alors que les fouilles se poursuivaient, de plus en plus de trésors ont fait leur apparition. Les archéologues ont découvert les maisons et des magasins de Magdala, une implantation juive du Second Temple sur les rives du lac de Tibériade, et la maison de l’amie/disciple de Jésus, Marie-Madeleine.

Parmi les découvertes les plus passionnantes, des bains rituels – les seuls connus aujourd’hui dont l’eau provienne de l’aquifère (une couche souterraine contenant de l’eau de roche poreuse). Autre trouvaille : un attirail de pêche, enterré dans les ruines de l’édifice de deux étages nommé la Maison du Pêcheur.

Entrée de la Mikvé à Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Entrée du Mikvé, à Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Jusqu’à la fondation de Tibériade, Magdala fut l’une des principales villes de Galilée, célèbre pour son industrie de pêche et abritant des milliers de résidents. Une variété de pièces de monnaie ont été trouvées sur le site. Elles datent de l’an 20 à 67/68 de notre ère, permettant aux archéologues de déterminer exactement quand la ville a prospéré.

Cependant, la découverte la plus étonnante à ce jour est l’autel de pierre, trouvé dans l’épave de la synagogue, raconte l’archéologue Arfan Najjar. Né dans le village de Galilée Daboriya, Najjar travaille depuis cinq ans à l’excavation de Magdala. Najjar et d’autres experts estiment que l’autel est un modèle du Temple de Jérusalem, créé par un artiste de l’époque qui l’a vu de ses yeux.

Gravées sur le dessus de la table et ses côtés, des gravures des arcades parallèles, colonnes, poutres et arches du Temple. Des réceptacles, des outils et des brosses, qui auraient été utilisés pour les sacrifices et pour le nettoyage, sont très visibles. Et – cerise sur le gâteau – sculptée sur la face de la table, une Menorah, semblable à celle qui se trouvait dans le Temple.

La synagogue et sa table sont d’une importance énorme pour les Juifs, car c’est la première fois qu’un autel de pierre richement décoré du premier siècle est trouvé en Israël.

Dans le même temps, Magdala est devenue un lieu saint pour les chrétiens, car il est très probable que Jésus priait dans cette synagogue, prêchant dans les localités juives entourant la mer de Galilée. Après tout, Marie-Madeleine, fréquemment mentionnée dans les Evangiles, aurait pu être native de Magdala.

La maison d’hôtes et le centre pour les visiteurs ont été déplacés un peu plus au nord, de façon à ce que la synagogue puisse devenir un élément central du site.

Depuis lors, si la plupart des fonds prévus pour le centre de pèlerins ont servi pour les fouilles, des fondations ont été creusées pour une belle maison d’hôtes. Un grand restaurant qui devrait offrir de délicieux plats – notamment mexicains – est également en cours de construction. Père Juan espère que la maison d’hôtes et le restaurant pourront ouvrir en décembre de l’année prochaine.

Le centre de prière et de réflexion à Magdala (Shmuel Bar-Am)

Le centre de prière et de méditation, à Magdala (Shmuel Bar-Am)

Un beau centre de prière et de réflexion est néanmoins achevé. Il est appelé « Duc in Altum », d’après l’Evangile de Luc, et signifie « plonger dans l’eau profonde » ou, au sens figuré, « essayer de nouveau, sans crainte ».

Très impressionnant, il contient un espace situé en face de la mer de Galilée qui peut contenir jusqu’à 250 visiteurs. En outre, quatre chapelles latérales pouvant accueillir 50 personnes sont décorées de magnifiques mosaïques. Conçu comme une église byzantine avec des mosaïques, d’icônes et de piliers. Le centre dispose également d’un grand atrium rond consacré aux femmes.

Une chapelle latérale pour la prière et la réflexion au centre Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Une chapelle latérale pour la prière et la réflexion, au centre Magdala (Crédit : Shmuel Bar-Am)

En creusant les fondations du centre de prière, les travailleurs ont découvert une place de pierre du premier siècle qui menait probablement au port. Elle reste in situ, donnant une atmosphère ancienne à une chapelle œcuménique. Dépourvue de symboles chrétiens, elle est conçue comme un lieu de culte pour toutes les religions.

D’excellents panneaux explicatifs sont disponibles en anglais et en hébreu. Les visiteurs peuvent admirer le centre de prière et de réflexion et explorer la synagogue, dont les mosaïques ressemblent à celles de Massada, de la Cité de David et de certains ossuaires de Jérusalem. Ils peuvent aussi visiter la Ferme agricole du Nouveau Testament, qui abrite poulets, chèvres, moutons, agneaux, ânes et chameaux.

(Le centre a été inauguré il y a tout juste un an et l’ensemble du site est ouvert tous les jours de 8h00 à 18h00. Pour le moment, l’entrée est gratuite. Pour atteindre Magdala, tournez à l’intersection Migdal et traversez le projet Galileo – un nouveau centre commercial du Migdal moderne.)

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour des personnes, des familles et des petits groupes.