Figures liturgiques, « rescapés de l’Histoire et écorchés vifs de l’actualité » seront au cœur du festival de musiques contemporaines Musica à Strasbourg qui s’autorisera des chemins de traverse, de Barbara à Tom Waits, du 21 septembre au 7 octobre.

Quelque 64 compositeurs, 42 manifestations et près d’une centaine d’œuvres, dont 28 créations mondiales et françaises, sont au programme de Musica, devenu en 30 ans une référence en matière de création et de musiques contemporaines.

Le festival a programmé en ouverture de sa 35e édition, « La Passion selon Marc / Une passion après Auschwitz », création du compositeur français Mickaël Levinas interprétée par l’orchestre de chambre et l’ensemble vocal de Lausanne.

Hommage aux millions de victimes assassinés par les nazis, cette œuvre créée dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme est une référence aux Passions de Jean Sébastien Bach, et s’intéresse au « caractère irréconciliable » entre Passion et Shoah, pour « relier deux traditions et religions séparées par l’irréparable ».

« Kein Licht » (aucune lumière), basé sur un texte d’Elfriede Jelinek écrit après la catastrophe de Fukushima invitera le public à découvrir une nouvelle forme d’opéra sur une musique du strasbourgeois Philippe Manoury, associant voix parlée et chantée.

Passion de Bach et réalité sociale

Programmée le 1er octobre, « La Passion selon Saint Matthieu », interprétée par l’orchestre philharmonique de Hambourg (Allemagne) et mis en scène par Romeo Castellucci, posera un regard social sur l’oeuvre de Bach avec des images chocs montrant « des moments de la vie des habitants de Hambourg confrontés à des situations qui précèdent la mort », a indiqué Jean-Dominique Marco directeur de Musica.

« Exil », conçu par la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, racontera et chantera les récits d’exilés persécutés, de la fuite des hébreux d’Egypte aux migrants d’aujourd’hui (le 28 septembre).

Musica « déplacera », le temps d’une soirée, la coupole d’une église, celle de San Lorenzo de Venise, pour la « réinstaller acoustiquement » dans une salle près de Strasbourg. Sons électroniques et de l’Ensemble intercontemporain se mêleront à la musique de la compositrice autrichienne Olga Neuwirth, sous la direction de Léo Warynski.

Cette année le festival a choisi de s’ouvrir un peu plus encore vers les autres disciplines artistiques, opéra, théâtre, chant et cinéma pour s’offrir quelques « chemins de traverse », selon Jean-Dominique Marco.

En clôture, Musica se refermera sur « Orfeo / Je suis mort en Arcadie » spectacle « Drôle, décalé et déjanté », qui revisite la musique de Monteverdi à la manière d’une fanfare balkanique, et le mythe d’Orphée et de sa descente en enfer. La mise en scène est signée Samuel Achache et Jeanne Candel.

Concert frapadingue de marteaux et valises

« On glisse d’une politique de l’offre à une politique de la demande », observe Jean-Dominique Marco, qui « souhaite continuer à proposer des spectacles exigeants sur le contenu qui puissent s’adresser à un public plus large », dans un entretien à l’AFP.

Un hommage sera rendu à Barbara, avec un spectacle écrit par son ancien compagnon, Roland Romanelli et l’inclassable chanteur, écrivain et cabarettiste californien Tom Waits sera convoqué pour un « concert frapadingue » d’hommes-orchestres.

Deux ciné-concerts sont au programme : « Die Puppe » (la poupée), film muet d’Ernest Lubitsch (1919) et « les Vampires » de Louis Feuillade (1915).

Musica a enregistré quelque 17 000 entrées l’année dernière.

Le programme complet de Musica est disponible sur le site du festival.