Quelque 40 manifestants ont chanté dimanche soir des spirituals en anglais et en hébreu devant l’ambassade américaine à Tel Aviv pour protester contre le décret exécutif signé dans le week-end par le président américain Donald Trump, qui interdit l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans et aux réfugiés.

« Je suis moi-même un demandeur d’asile, donc je sais exactement ce que cela veut dire d’être un réfugié », a déclaré Togod Omer, 31 ans, qui vient du Soudan et est arrivé en Israël il y a cinq ans.

« Je sais ce que c’est de fuir sa maison, de quitter sa famille, je peux comprendre leur décision. Et quand je suis arrivé en Israël et que j’ai compris qu’Israël ne voulait pas nous laisser entrer, j’ai su que ce ne serait pas facile, donc je sais à quoi ressemble ce sentiment. »

Omer était l’un des cinq demandeurs d’asile présents à la manifestation, accompagnés d’un public majoritairement israélo-américain de gauche.

« Dans le monde entier, les réfugiés sont les mêmes, ils ont la même histoire, l’histoire d’avoir fui leur foyer et les raisons pour lesquelles ils fuient », a déclaré Omer, qui étudie à l’université ouverte de Tel Aviv et est programmeur pour des sites internet.

Quarante personnes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Quarante personnes ont manifesté devant l’ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Elliot Glassenberg, militant d’une association défendant les droits des demandeurs d’asile en Israël et coorganisateur de la manifestation, s’es déclaré encouragé de voir un mélange d’Israéliens et d’Américano-israéliens à la manifestation.

« Les Américains sont révoltés par les politiques de Trump, mais les politiques de Bibi [le Premier ministre Benjamin Netanyahu] sont en place depuis des années : il a fermé la frontière aux réfugiés, il met les réfugiés en prison, il déporte les réfugiés », a déclaré Glassenberg.

« Le peuple israélien est devenu complaisant. Mais nous voulons aussi envoyer un message aux juifs manifestant contre les politiques de Trump, nous espérons qu’ils verront ce qu’il se passe en Israël. »

Quarante personnes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Quarante personnes ont manifesté devant l’ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Glassenberg a interprété « My Country Tis of Thee » et « Dayenu », avec des paroles adoptées à la situation des demandeurs d’asile en Israël. La plupart des slogans se concentraient moins sur Trump que sur l’éviction du pouvoir de Netanyahu.

La majorité des manifestants étaient déjà là pour la Marche des Femmes du 21 janvier, organisée au même endroit, en coopération avec les Marches des Femmes du monde entier.

« Il y a un peu de lassitude des manifestations », a déclaré Shifra Sered, 26 ans, qui habitait à Boston avant de s’installer à Tel Aviv. Elle travaille pour une association de défense des droits de l’Homme. « Les manifestations ne sont pas le seul moyen de lutter. Il y a tant de choses qui sont nazes en ce moment, et tant qui sont effrayantes. »

Et pourtant, elle a déclaré qu’il était important pour elle d’être à la manifestation, malgré la faible mobilisation.

Quarante personnes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Quarante personnes ont manifesté devant l’ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv contre le décret anti-réfugié et anti-musulman de Donald Trump, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

« Je suis ici parce que je suis scandalisée, en tant qu’Américaine et en tant que juive américaine, que l’organisation de Trump ait ciblé un groupe ethnique en entier, a-t-elle déclaré. En tant que descendante de survivants de l’Holocauste, je sais ce qui arrive quand les réfugiés sont refoulés. Cette situation arrive ici depuis des années. Nous restreignons les mouvements et ciblons un certain groupe d’immigrants, des réfugiés fuient même la persécution d’ici. Nous avons la responsabilité de combattre ici et là pour la justice, et d’être aux côtés de nos frères et sœurs musulmans. »

Cinq militants d’une association de quartier de la gare routière centrale, une organisation qui s’oppose ouvertement aux communautés de migrants africains du sud de Tel Aviv, se tenaient devant la manifestation avec de grands drapeaux israéliens pour tenter d’empêcher les conducteurs de voir les manifestants. Certains bus touristiques ont klaxonné pendant que leurs passagers applaudissaient en soutien.

« J’aime que Trump fasse ce qu’il a dit », a déclaré Nini, militante de l’association de quartier qui a refusé de donner son nom de famille.

« Fermer les frontières est la bonne chose à faire. Ici, ils ont pris la décision bien trop tard, et maintenant il y a 250 000 Africains dans le sud de Tel Aviv. »

Des militants de l'association de quartier de la gare routière centrale sont venus soutenir la fermeture des frontières aux réfugiés, comme Israël l'a fait à sa frontière égyptienne, devant l'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Des militants de l’association de quartier de la gare routière centrale sont venus soutenir la fermeture des frontières aux réfugiés, comme Israël l’a fait à sa frontière égyptienne, devant l’ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Selon les associations travaillant avec ces communautés, il y a environ 50 000 Erythréens et Soudanais vivant dans le sud de Tel Aviv.

« Les Etats-Unis sont le pays qui dirige le monde, et ce qu’ils font touchent et nuit réellement au monde entier », a déclaré Omer, le demandeur d’asile du Soudan. « Je n’aurais jamais pensé entendre ça, le président des Etats-Unis parler comme ça. »

« Nous sommes une communauté internationale de réfugiés, nous sommes unis et c’est pour ça que nous sommes ici, a-t-il ajouté. Laisse aller mon peuple. »