Quand les premières sirènes ont retenti à Tel Aviv jeudi matin, quelques minutes avant 8h, un bon nombre d’habitants de Tel Aviv étaient encore au lit. C’est, après tout, la ville des bohémiens – l’enclave des serveurs décontractés, des acteurs et de personnes qui rêvent de start-up – et beaucoup d’autres. La journée commence tard.

Après s’être précipités dans les abris et comptés quatre gros booms dus à l’interception des tirs par le Dôme de fer, les citoyens de Tel Aviv sont retournés faire ce qu’ils font de mieux. En quelques minutes, les cafés au bord des trottoirs se sont remplis d’Israéliens commandant leur petit-déjeuner, les bus progressaient lentement le long des boulevards et les vendeurs de café avaient une longue queue de clients pas encore réveillés attendant leur latte et leur croissant.

Ici à Tel Aviv, on se réfère souvent à la ville en l’appelant « la bulle » à cause de son isolement face à la laideur de certaines choses en Israël. L’atmosphère peut se détériorer un peu mais jamais complètement.

« L’ambiance à Tel Aviv est géniale », affirme Riki Shemesh, un expatrié israélien vivant à Hong Kong, qui est arrivé à Tel Aviv lundi pour des vacances. « Je ne peux pas dire que ça ne pourrait pas être mieux parce que bien sur ça pourrait l’être. Mais on recherche la paix, on a confiance en notre terre et nous sommes désolés de la manière dont le Hamas réagit ».

Shemesh profitait de son déjeuner avec ses deux filles au Xoho Café, un petit café mignon populaire auprès des expatriés qui se trouve dans une rue adjacente entre la rue Dizengoff, remplie de magasin haut-de-gamme, et la rue Ben Yehuda. En temps normal, à l’heure du déjeuner, Xoho est rempli de clients au maximum de sa capacité qui passent de l’entrée « shabby chic » au patio ombragé. Cette semaine, cependant, même si la fréquentation était stable, la propriétaire, Xoli Ormut-Durbin, déclare qu’elle ressent un certain ralentissement.

« Il y a beaucoup de gens qui décompressent ici sur leurs ordinateurs, mais habituellement à cette heure-ci, la salle est entièrement remplie », a déclaré Ormut-Durbin, montrant plusieurs tables vides tout en rendant la monnaie à un client. « Je pense que tout le monde songe moins à sortir de leurs maisons à l’heure actuelle. Généralement à Tel Aviv, l’alarme se déclenche et les gens vont continuer leurs affaires. Mais maintenant cela fait quelques jours que ça durent, donc ça devient effrayant ».

Pour certains, cela peut être vrai. D’autres Tél Aviviens, cependant, ont fait ce qu’ils font le mieux face à la flambée des hostilités cette semaine : se tourner vers les médias sociaux pour montrer à quel point ils y sont indifférents.

« Est-ce que je dois donner un pourboire supplémentaire au gars des sushis pour m’avoir livré sous les tirs de roquettes ? », demande un habitant de Tel Aviv sur la page Facebook Secret Tel Aviv, un groupe ouvert en grande partie anglophone qui compte plus de 40 000 membres.

Dans un autre post on peut lire : « Un conseil aux Tel Aviviens : lorsque vous entendez le Tzeva Adom [la sirène du code rouge] … couchez avec vos mains sur votre tête. Ne vous inquiétez PAS de salir votre robe et / ou votre costume. Sérieusement ».

Dans le même souffle, cependant, on peut voir sur la page des débats animés et parfois blessants pour savoir si les mises à jour sur l’endroit où les roquettes tombent aideraient le Hamas à mieux cibler ses objectifs dans le futur, si nager dans une piscine ouverte pendant les tirs de roquettes offrait une protection suffisante et si la retransmission télévisée locale de la Coupe du Monde allait être affectée par les nouvelles des combats.

Alors que l’opération Bordure protectrice continue, et que les Tel Aviviens – qui ont goûté pour la première fois aux tirs de roquettes du Hamas lors de l’opération Pilier de défense en 2012 – sont de plus en plus habitués aux hurlements des sirènes et au bruit des roquettes interceptées au-dessus d’eux, certains habitants admettent qu’ils sont surpris par les émotions qu’ils ressentent.

«Je travaille de la maison aujourd’hui», admet Nikki Avershal, 26 ans, responsable du développement des affaires dans une start-up basée à Raanana. « Deux sirènes ont retenti avant midi et je ne veux pas rester coincée là-bas ».

La plupart du temps, Avershal, qui vit dans le centre de Tel Aviv, fait un trajet d’une heure par bus pour aller à son travail. Mais avec l’augmentation des tirs de roquettes, elle a décidé jeudi matin que son trajet était trop risqué. Elle avoue qu’elle était inquiète de la réaction de ses collègues. Ils pourraient penser qu’elle exagère et se moquer d’elle, mais à la fin elle a décidé de faire ce qu’elle pensait être le mieux.

« Je ne veux pas être mise à l’écart et étiquetée comme quelqu’un d’hystérique ou qui panique facilement, alors j’essaie de rester calme. Je ne pense pas que quelque chose se produise, mais en même temps, je ne veux pas savoir si cela arrive », explique-t-elle.

L’appartement d’Avershal se trouve au dernier étage d’un immeuble de huit étages et ses fenêtres offrent une vue panoramique imprenable sur la mer Méditerranée bleutée. De son toit, il est possible, cette semaine, de voir les trainées de fumée blanche laissées par les interceptions du Dôme de Fer.

Au rez-de-chaussée de son immeuble, il y a une épicerie Supersol, ce qui signifie qu’elle partage son abri avec des dizaines de clients. Quand une sirène a retentit plus tôt dans la semaine, Avershal raconte qu’elle a été surprise par l’ambiance légère dans le souterrain.

«Nous avons vu tous ces gens et personne n’était vraiment déroutée. Pas même les touristes qui se trouvaient dans le supermarché. Vous savez, vous ne voulez pas prendre à la légère tous ces évènements, parce que vous ne voulez pas accepter que ce soit normal. Vous voulez rester sur votre peur et continuer à avoir peur, mais vous ne voulez pas non plus céder à la panique ».