Dans la Ville Blanche, de nombreux Franco-Israéliens se sont pressés, dès l’ouverture des bureaux de vote du Consulat français, ce dimanche, afin d’accomplir leur devoir de citoyen.

Bien que loin de la France, ils ont tenu à glisser leur bulletin dans l’urne et à exprimer leurs opinions, leurs inquiétudes, voire parfois même leur colère. La plupart ont suivi de près la campagne et ont choisi de faire clairement barrage à l’extrême-droite.

Selon l’ambassade, 8 434 citoyens français avaient déjà voté au premier tour. Face à cette affluence record et aux files d’attente interminables à Tel Aviv, les bureaux de vote ont vu cette fois-ci leurs capacités d’accueil renforcées.

Il est 8h30 sur l’une des artères principales de Tel Aviv. A quelques mètres de la plage, une voiture de police stationne et un staff conséquent pour la sécurité des votants est déjà sur le pied de guerre.

File d'attente devant le bureau de vote du Consulat français rue Ben Yehouda à Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

File d’attente devant le bureau de vote du Consulat français rue Ben Yehouda à Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

Depuis une demi-heure environ, rue Ben Yehuda, une file s’est formée. Et, en dépit de la fluidité, les gens continuent à arriver. Nombre de Franco-Israéliens sont appelés aux urnes pour ce deuxième tour des élections présidentielles qui passionne, et ils se sont en effet mobilisés.

Elisheva, excédée, sort cependant de la file. Elle est retraitée, vit à Tel Aviv depuis trois ans et ne se gêne pas pour exprimer son ras-le bol : « Je ne compte pas voter. J’abandonne ! Ce n’est pas une question de sécurité, il y a des flics, mais c’est parce que je compte m’abstenir. » Avant de reprendre, explosant de colère : « Je reviendrais pour voter blanc à 17h. »

Les raisons de son insatisfaction, elle ne les cache pas : « aucun des deux candidats ne me représent. J’estime que personne ne s’occupe plus des retraités, ni de la sécurité, ni du terrorisme. Macron n’en a pas du tout parlé ! Il est l’ami des Arabes et le copain d’Hollande… La France, pour moi, c’est terminé ! Je voulais voter parce que mes enfants vivent encore en France, c’est tout. »

Un peu plus en arrière dans la file, un couple haredi patiente tranquillement. Esther, 35 ans, de Bnei Brak, ne semble guère découragée par la queue. Elle explique au Times of Israël, que l’important, pour elle, c’est la sécurité du reste de sa famille qui vit en France : « C’est pour eux que je suis venue voter. »

Bien sûr, Esther a regardé le débat de l’entre-deux tours. Et le candidat Macron l’a convaincue, au point que, Marine Le Pen au pouvoir, elle n’y croit guère : « Non, ça ne va pas arriver ! »

L'un des bureaux de vote du Consulat français de Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

L’un des bureaux de vote du Consulat français de Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

Rebecca, en Israël depuis quatre ans, se montre moins catégorique. La jeune femme originaire de Paris a choisi de voter au deuxième tour pour faire barrage au Front National : « C’est important pour toute la famille qui est restée en France et puis, même si je vis ici, la France est toujours en partie mon pays. »

Une journée historique pour la jeune femme, qui voit le candidat centriste arrivé en tête du premier tour s’opposer à la candidate d’extrême-droite redoutée : « J’espère qu’on aura une bonne surprise à l’issue de cette journée. »

Ce qu’elle attend du futur président qui sera élu ce soir par les Français est sans équivoque : « Mon souhait est qu’il soit capable de remettre la France sur des bons rails, de faire redémarrer l’économie du pays et qu’il puisse relancer l’emploi. Il faut que la France reste une démocratie et une terre d’accueil comme elle l’a toujours été. »

Plus loin, Daniel, la soixantaine, patient, débonnaire et sourire en coin. Lui aussi, il lui a tenu à cœur en cette matinée dominicale de venir accomplir son devoir de citoyen : « Conserver notre double-nationalité, c’est important. » Comme beaucoup de Franco-Israéliens, le débat de l’entre deux-tours ne l’a pas laissé indifférent. Il le qualifie d’ailleurs d' »affligeant » et précise avec humour craindre de se réveiller un jour dans un monde gouverné par des idiots…

Quand on évoque les droits des Français à l’étranger, il s’enflamme en revanche et tranche net : « Je suis venu pour défendre la République, tout simplement ! Faire barrage à l’extrême-droite et à son cortège de monarchistes et de racailles fans de l’Ancien régime, c’est tout ! »

Un électeur franco-israélien dans l'un des bureaux de vote du Consulat français de Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

Un électeur franco-israélien dans l’un des bureaux de vote du Consulat français de Tel Aviv, le 7 mai 2017. (Crédit : Dahlia Perez)

Un vote essentiel, où il avoue s’être senti concerné dès le premier tour. Même son de cloche chez Valérie, 50 ans, qui vit en Israël depuis huit ans. Elle aussi s’est exprimée au premier tour, partageant l’engouement des Français d’Israël pour François Fillon, le candidat malheureux des Républicains.

Son favori n’est pas au deuxième tour, mais, pour autant, elle n’est pas déçue. Le candidat fondateur du mouvement En marche ! l’a en effet convaincue : « J’hésitais à vrai dire entre les deux dès le départ… Ce n’est donc pas un vote par défaut. »

Pour Valérie, certains dossiers demeurent prioritaires : l’économie, le chômage de masse sont évoqués, avant même les questions de sécurité. Comme Daniel, son avis sur le débat de l’entre-deux-tours est cinglant : « Théâtral et pitoyable. Ça va ensemble ! »

Les déclarations de Marine Le Pen en campagne, notamment sur la double-nationalité, la casheroute et la non-responsabilité de l’Etat français dans la rafle du Vél’ d’Hiv’ sont notamment dans toutes les mémoires. Valérie avoue avoir suivie la campagne davantage qu’il y a cinq ans, avant de conclure qu’ « on est Français, quand même… »

« Les paroles de Mme Le Pen m’ont fait penser aux paroles de 1939 : ‘Je suis pour le peuple, je suis pour le peuple…’ On connaît la suite ! »
Annette, 82 ans

Annette, 82 ans, est venue voter avec son fils, en famille. Elle précise : « J’ai vécu 52 ans à Paris, je trouve qu’il était donc important de venir voter. » La campagne, elle l’a suivie de bout en bout : « Mon favori était Emmanuel Macron dès le premier tour. Je voulais voter utile, et puis, aussi, je souhaitais du renouveau, une personne jeune et dynamique, et pas antisémite, voilà. Ce sont mes critères ».

Elle reprend, remontée : « J’ai regardé le débat, et les paroles de Mme Le Pen m’ont fait penser aux paroles de 1939 : ‘Je suis pour le peuple, je suis pour le peuple…’ On connaît la suite ! Tout ce qu’elle a dit m’a choquée, car elle s’est montrée très agressive. »

Française en Israël, Annette reste satisfaite des services et des droits qui sont les siens : « Je trouve que nous sommes très bien représentés. les gens du Consulat sont charmants, polis et nous aident quand on en a besoin. Je n’ai rien de plus à réclamer. »

Rappelons que près de 58 000 personnes sont inscrites sur les listes électorales en Israël. Et, si la participation des Français a été de 14,6 % au premier tour, il est certain que ce dimanche la mobilisation sera bien plus conséquente.

Les bureaux de vote commenceront à fermer dimanche à dix-neuf heures, clôturant une élection présidentielle à suspense et essentielle pour l’avenir du pays et celui de l’Union européenne.

Nul doute que la grande majorité des votants tel-aviviens rencontrés aujourd’hui seront devant leurs tablettes et écrans de télévision pour découvrir, à 21 heures en Israël, le visage du nouveau président de la République française.

Deux candidats, deux visions de la France radicalement opposées…