Avec l’opéra « Brundibar », une soixantaine d’enfants font revivre, sur la scène de Toulouse, la mémoire des enfants juifs du camp de concentration de Terezin qui avaient interprété l’œuvre de Hans Krasa, avant d’être exterminés à Auschwitz.

Entre insouciance d’enfance et réalité historique, l’opéra en deux actes, parabole de l’oppression nazie sur les Juifs, est une fable optimiste créée dans sa version définitive en 1943 au camp de Theresienstadt (ou Terezin) en République tchèque, pour y apporter rêve et espoir aux jeunes déportés.

« Taisez-vous ou je vous réduis en poussière » : quand l’infâme Brundibar menace les enfants en pyjamas rayés, dans la lumière triste de baraquements en carton pâte, c’est toute l’horreur de l’Holocauste qui résonne dans l’enceinte du théâtre Jules-Julien à Toulouse.

Mais dans le conte inspiré d’Hansel et Gretel, sur un livret d’Adolf Hoffmeister, les enfants triompheront et terrasseront le dictateur Brundibar, qui représente Hitler. Leurs chants joyeux et mélodieux feront taire les bottes des militaires nazis, qui font trembler la scène toulousaine dans un fracas épouvantable.

L'opéra en deux actes "Brundibar" créé par Hans Krasa le 23 septembre 1943 dans le camp de déportation de Theresienstadt - Terezin, représenté au théâtre Jules-Julien à Toulouse, le 24 mars 2017. (Crédit : Pascal Pavani/AFP)

L’opéra en deux actes « Brundibar » créé par Hans Krasa le 23 septembre 1943 dans le camp de déportation de Theresienstadt – Terezin, représenté au théâtre Jules-Julien à Toulouse, le 24 mars 2017. (Crédit : Pascal Pavani/AFP)

« L’idée principale, c’est l’horreur qu’engendrent toutes ces guerres, tous ces massacres, toujours d’actualité, et qui prive ces enfants de leur joie de vivre », explique à l’AFP le metteur en scène Max Henry, dont c’est le troisième opéra pour enfants avec l’Opéra du Capitole.

« Il faut passer par le rêve pour pouvoir échapper à l’horreur et s’inventer un univers pour résister », ajoute Max Henry qui s’est inspiré du mouvement surréaliste pour les décors et costumes de cette nouvelle production de « Brundibar ».

« Face à l’horreur, la jeunesse va s’unir et faire front pour renverser le tyran et nous donner l’espoir d’un monde meilleur », explique le metteur en scène. Et quand sur scène, les enfants de Toulouse chantent « Brundibar est vaincu, le tyran est perdu », ils proclament la victoire sur Hitler et « font revivre la mémoire des enfants de Terezin », dit-il.

Sur les 15 000 enfants emprisonnés à Theresienstadt entre 1941 et 1945, seule une centaine ont survécu aux chambres à gaz d’Auschwitz. Le compositeur tchèque Krasa lui-même, qui avait adapté à Terezin son œuvre créée dans une première version dans un orphelinat juif, périt à Auschwitz.

Outil de propagande nazie

« C’est difficile de faire abstraction de cette réalité historique et des conditions de vie de ces enfants dans les camps, surtout avec le sort qu’on leur connaît aujourd’hui », déclare à l’AFP le directeur musical Christophe Larrieu, qui s’est concentré sur le travail du chœur et de son orchestre.

Si les jeunes solistes sont issus de la maîtrise du Théâtre du Capitole, le chœur est entièrement composé d’enfants sans aucune expérience ni du chant ni du théâtre.

L'opéra en deux actes "Brundibar" créé par Hans Krasa le 23 septembre 1943 dans le camp de déportation de Theresienstadt - Terezin, représenté au théâtre Jules-Julien à Toulouse, le 24 mars 2017. (Crédit : Pascal Pavani/AFP)

L’opéra en deux actes « Brundibar » créé par Hans Krasa le 23 septembre 1943 dans le camp de déportation de Theresienstadt – Terezin, représenté au théâtre Jules-Julien à Toulouse, le 24 mars 2017. (Crédit : Pascal Pavani/AFP)

Le chef d’orchestre évoque le « travail de longue haleine et l’énergie » déployée auprès des élèves de quatre écoles et collèges de la ville rose à « la capacité de concentration limitée ».

Il insiste sur « le rôle des institutrices » pour les répétitions mais aussi pour l’explication historique de l’opéra, dans ce partenariat avec l’Académie de Toulouse.

L’œuvre, de moins d’une heure, fut utilisée comme outil de propagande nazie, quand en 1944 l’Allemagne d’Hitler décida d’ériger Terezin en sorte de « camp modèle » où les juifs passaient pour être bien traités.

« Brundibar » fut inséré dans un film de propagande et montré à des émissaires de la Croix Rouge Internationale venus constater les conditions de détention à Terezin. Ceux-ci partis, « Brundibar » ne fut plus d’aucune utilité pour les nazis et les enfants furent déportés vers la mort.

Seule photographie connue des détenus de Theresienstadt chantant le Requiem de Verdi, prise pendant la dernière représentation le 23 juin 1944. Raphael 'Rafi' Schachter dirige la chorale, devant un public où était présent Adolf Eichmann et une délégation de la Croix Rouge internationale. (Crédit : Fondation Terezin)

Seule photographie connue des détenus de Theresienstadt chantant le Requiem de Verdi, prise pendant la dernière représentation le 23 juin 1944. Raphael ‘Rafi’ Schachter dirige la chorale, devant un public où était présent Adolf Eichmann et une délégation de la Croix Rouge internationale. (Crédit : Fondation Terezin)

Au théâtre Jules-Julien à Toulouse, jusqu’au 31 mars.