Baltimore (JTA) – Tout ce qu’avait Zipora Saar se résumait en seulement quelques lettres, des noms et des photos de parents américains qu’elle n’avait jamais connus, des personnes dont elle avait eu des nouvelles pour la dernière fois il y a un demi-siècle.

Saar s’imaginait retrouver des descendants du cousin germain de sa mère, Filippus Mosesco, et de sa deuxième femme, Lillian, qui a envoyé des lettres depuis sa ferme à Macungie en Pennsylvanie. Filippus s’appelait Feivush avant d’émigrer alors qu’il était enfant vers 1902 de la grande ville natale de la famille de Darabani, en Roumanie.

Tandis que le couple n’avait pas d’enfants, Filippus avait un fils, Philip, de son premier mariage. Saar ignorait ce qu’il était advenu de Philip, s’il était devenu père.

Ce n’était pas grand-chose, mais même à travers les lignes téléphoniques à l’étranger, Saar, âgée de 81 ans et résidente du Moshav Merchavia dans la vallée israélienne de Jerzeel, avait un espoir dans une vie, qui autrefois ne lui en avait offert aucun, et qui lui avait été volée.

Zipora Saar a survécu à l’Holocauste avec deux de ses sœurs et leurs parents ; une autre sœur avait été tuée en 1943.

Zipora Saar a survécu à l’Holocauste avec deux de ses sœurs et leurs parents ; une autre sœur avait été tuée en 1943.

La mère de Saar, Pearl Katz, avait été violée. Sarah, une des sœurs survivantes, souffrait d’une dépression causée par l’horreur de l’Holocauste et s’est suicidée en 1980 à Haïfa. A tout juste dix ans, Saar, elle aussi avait été violée, et en Israël son mari la battait.

Toutes ces terribles épreuves contraignent Saar à faire des siestes. Elle ne peut pas dormir la nuit, alors Saar, professeure à la retraite, trouve un réconfort dans la grande littérature et la musique classique qui lui tiennent compagnie.

« Si je lis quelque chose de bien et d’intéressant, je ne pense pas au passé », explique Saar, qui a deux enfants, six petits-enfants et deux arrière-petit-fils.

Une auditrice de longue date de « Hamador L’chipus Krovim » [‘le Bureau de recherche des proches’], Saar est captivée par les courts entretiens réalisés lors de l’émission de la radio israélienne au sujet de personnes à la recherche d’êtres aimés ou des connaissances perdues de vue depuis longtemps. Elle pensait qu’ils pouvaient peut-être lui venir en aide.

Comme cela se produit souvent quand les disparus sont américains, le présentateur Izi Mann demande l’aide à l’agence « Seeking Kin » [Chercher des proches]. Dans la plupart des cas, le mystère est résolu.

Le cousin de Zipora Saar, Philip Walrod, alors qu'il était directeur d'une école californienne, et sa seconde épouse, Dory, une médecin. (Crédit : autorisation de Duane Walrod via JTA)

Le cousin de Zipora Saar, Philip Walrod, alors qu’il était directeur d’une école californienne, et sa seconde épouse, Dory, une médecin. (Crédit : autorisation de Duane Walrod via JTA)

Ici, aussi, c’est poignant.

‘Seeking Kin’ a découvert des informations importantes sur les proches de Saar, mais pas ce qu’elle attendait vraiment. Il s’est avéré que Philip n’avait pas de frères et sœurs et qu’il était mort sans enfants en 2005.

Des obstacles inattendus ont failli brouiller les pistes : Philip avait modifié l’orthographe de son nom pour Mosescu. Lorsqu’il a épousé sa deuxième femme, Dory, il a pris son nom, Walrod.

Le faire-part de décès de Dory en 2001 mentionne ses frères, et le faire-part de décès de son frère Don Walrod en 2008 donne une liste des survivants.

Un appel au fils de Don, Duane, de Corvallis dans l’Oregon, a permis de retrouver la première personne à avoir connu les proches américains de Saar.

Walrod se souvenait de ses visites annuelles à sa tante Dory et à son oncle Philip à la fin des années 1960 et au début des années 1970 à Burlingame en Californie, où Philip travaillait comme directeur de l’école Moore.

Vers 1973, le couple avait acheté une ferme dans l’Oregon, où Dory a déplacé son cabinet médical. Pour Dory, a déclaré Walrod, « c’est comme si elle retrouvait ses racines dans la Pennsylvanie rurale. » C’était l’Etat où son beau-père a passé la plus grande partie de sa vie.

Un article daté du 29 mai 1929 dans le Reading News a révélé que Filippus Mosesco était venu aux Etats-Unis à l’âge de huit ans, avait fait l’école buissonnière jusqu’à 17 ans puis avait combattu pendant la Première Guerre mondiale.

Il était parti enseigner le français à l’école préparatoire d’Alletown et avait travaillé en tant que journaliste pour le Allentown Morning Call, tout en étudiant pour des doubles diplômes à l’université Muhlenberg et à l’Institut d’Etat des enseignants de Kurztown.

Cet été-là, il avait commencé un programme de doctorat à l’Université de Lehigh dans les environs de Bethlehem.

Mosesco s’est impliqué politiquement. Il était le principal correspondant pour les conférences NAACP à New York au début des années 1940 et a coédité l’Objecteur de Conscience.

Un article daté du 16 mars 1960 dans le Daily Herald de Pennsylvanie a mentionné son appel devant l’Union des Libertés civiques américaines et un groupe de Quaker pour soutenir des parents Amish emprisonnés pour avoir refusé d’envoyer leurs enfants au collège.

Dans une lettre du 27 août 1965 à la mère de Saar en Israël, Mosesco a écrit qu’ils avaient déménagé de New York avec Lilian pour aller vivre dans une ferme 15 ans plus tôt à cause de ses problèmes de santé, après avoir été lourdement handicapé en France lors de la Première Guerre mondiale.

La lettre évoquait ses frères et sœurs : Golda Ruchel, connue comme Gertrude, Rebecca, David Joseph et Pearl. Rebecca et David Joseph n’étaient pas mariés, étaient de santé fragile et vivaient respectivement à Philadelphie et à Los Angeles.

Gertrude avait deux enfants, Robert et Ruth Lee, mais leur nom de famille n’était pas indiqué. Pearl avait divorcé et était veuve avant de disparaître en Amérique du Sud alors qu’elle s’occupait un homme d’affaires infirme.

« Ainsi, l’histoire n’était pas très heureuse pour vos cousins américains », avait écrit Mosesco.

Tout juste sept mois plus tard, en mars 1966, Lilian a été tuée dans un accident de voiture près de la ferme. Un faire-part de décès dans le New York Times a mentionné qu’elle était dans sa 37ème année de carrière en tant que directrice de rédaction et auteure de manuels pour les éditions Prentice-Hall.

Très tôt sur les traces des Mosesco, « Seeking Kin » avait touché dans le mille lorsque qu’un homme, qui avait répondu au téléphone à l’association du cimetière Macungie, avait déclaré qu’il avait conduit l’ambulance envoyée sur le lieu de l’accident. Se précipitant à l’hôpital, Paul Miller et ses deux collègues ont seulement expliqué à Filippus Mosesco qu’une autre ambulance venait pour sa femme.

Miller a recommandé plusieurs employés de Lower Macungie Township pour être des sources sur l’histoire locale. L’agent local des impôts, Pat Vasillaros, a déclaré qu’elle avait appris que la première femme de Filipus – la mère de Philip Walrod – était Hope Balliet Faul, de 15 ans son aînée.

Vasillaros a découvert que Philip, né en 1921, a étudié à l’université d’Ohio et s’est engagé dans l’armée alors qu’il était à Philadelphie. Le 18 novembre 1951, il a épousé Genevieve James, la fille d’Herman James, l’ancien président de l’université. Ils ont divorcé en Floride en 1954, et le 21 novembre 1962, Philip s’est marié avec Dory Walrod.

Après sa mort, Walrod a déménagé à Blaine dans l’Etat de Washington où il est mort en 2005. Il ne fait aucun doute que Philip Walrod (né Mosescu) était un cousin éloigné de Saar.

« Je suis triste qu’il ne reste aucun de mes proches », a exprimé Saar d’une voix émue. « Il n’y a pas de continuation de la famille, mais c’est la réalité de la vie. »