Abbas, arpentant les couloirs de l’ONU mercredi, a gagné les portes de la salle plénière entouré d’un important service d’agents de la sécurité pour assister au discours d’ouverture de l’Assemblée générale.

Les agents postés aux portes de la salle lui ont fait signe qu’il pouvait entrer, mais que son escorte devait faire le tour par l’autre porte.

Abbas est entré. Derrière lui, une brève bagarre a éclaté entre ses sbires et les agents de sécurité de l’ONU. En sûreté à l’intérieur de la salle, ces désagréments mineurs sont littéralement derrière lui, Abbas était en quelque sorte au-dessus de la mêlée, un vétéran représentant son peuple devant une audience largement empathique.

C’était le Abbas qui prononce des discours dans les universités de New York, personnage à la mode pour les foules estudiantines intéressées par la cause palestinienne. L’homme d’État, le bon et brave type. Ces agressifs arrivistes qui l’ont accompagné ? Ils ne faisaient pas du tout partie du tableau.

Mais le récit commence deux jours plus tôt, avec une longue rangée de responsables faisant des allusions que le Abbas qui monterait sur le podium lors de la réunion annuelle des dirigeants du monde serait le Abbas activiste, qui « lâcherait une bombe ».

Le Abbas de 2014, ont-ils fait comprendre, est là pour secouer l’ONU, pour exiger une action retentissante qui accomplira où des décennies de terrorisme et de négociations ont échoué.

Vendredi à New York, se dressait devant nous un peu du Abbas homme d’Etat, appelant à une reprise immédiate des relations diplomatiques avec Israël, mais rapidement submergé par le Abbas boxeur, rejetant la diplomatie avec l’Etat juif.

« Il est impossible, et je le répète – il est impossible – de revenir au cycle de négociations qui n’ont pas su gérer la substance du problème et la question fondamentale », a averti Abbas. « Il n’y a ni crédibilité ni sérieux dans les négociations dans lesquelles Israël prédétermine les résultats par ses activités de colonisation et d’occupation brutale. »

Et les conditions préalables fixées par Abbas dans son discours pour des pourparlers utiles – dont « l’objectif convenu » est de « mettre fin à l’occupation israélienne et d’aboutir à l’indépendance de l’Etat de Palestine, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur l’ensemble du territoire palestinien occupé dans la guerre de 1967 » – tout sauf obtenir d’Israël qu’il rejoigne la table des négociations.

Son discours, profondément ancré dans la rhétorique impuissante de victimisation, a vicieusement porté des accusations outrageuses, scandaleuses et incendiaires de génocide contre Israël. Le président de l’AP a un long passé de grandes diatribes provocantes, même au cours des dernières années et pendant les périodes de calme relatif avec Israël, mais le narratif calomnieux de génocide ce vendredi est sans conteste le plus provocateur de tous.

Aigre dans sa rhétorique, Abbas a accusé Israël d’avoir « choisi une année de nouvelle guerre génocidaire perpétrée contre le peuple palestinien ».

Il a ensuite fait référence à Israël en des termes renouant avec la terminologie pré-accords d’Oslo, comme « la puissance occupante », « la puissance coloniale occupante » et « l’Etat raciste occupant ».

Les mots « Puissance » et « Etat », convient-il de noter, ont été capitalisés à chaque fois dans la transcription officielle palestinienne du discours d’Abbas – au cas où il n’était pas clair qu’il s’agissait d’une manière d’éviter d’utiliser le nom d’Israël.

Parfois, le politicien aux relents d’Oslo et l’apparatchik provocateur et sans compromis de l’OLP se rencontraient de manière quelque peu schizophrène, mais le plus souvent, l’apparatchik prenait le pas sur le diplomate.

Prenez, par exemple, ce passage : « Notre douleur, traumatisme et colère ne nous feront pas un seul instant abandonner notre humanité, nos valeurs et notre éthique ; nous maintiendrons toujours notre respect et notre attachement au droit international, au droit international humanitaire et au consensus international, et nous maintiendrons nos traditions de lutte nationale, établies par les fedayin palestiniens et auxquelles nous sommes engagés depuis le début de la révolution palestinienne au début de l’année 1965 ».

La première mi-temps avait des consonances onusiennes – fidélité à la loi et au consensus, valeurs manifestement chères aux cœurs des organismes internationaux. Mais dans le même souffle, l’autre Abbas a pris le dessus, commémorant les fedayin, célèbres dans la mémoire israélienne pour leurs attaques contre les populations civiles.

Alors, qui était le destinataire du discours de Mahmoud Abbas ? Était-ce un message au président Barack Obama prévenant qu’Abbas ne répondrait plus aux attentes de Washington, dans le sillage de son rejet en mars de la proposition d’accord permanent du Secrétaire Kerry, annonciateur de l’effondrement des négociations à peine quelques semaines plus tard ?

En tous cas, la réaction furieuse des États-Unis, émise par la porte-parole du Département d’Etat Jen Psaki, a démontré que le message avait atteint son destinataire.

Mais les piques d’Abbas ne visaient pas que Washington. Sa qualification d’Israël, à la manière iranienne, d’entité qui ne doit pas être nommée, ainsi que les références à la révolution palestinienne et, clairement, aux fedayin – visaient d’autres publics.

Les accusations de génocide, crimes de guerre, vol de ressources et colonialisme contre Israël étaient de la viande rouge prête à consommation pour les Palestiniens. Abbas avait manifestement l’intention de ne pas paraître trop modéré et ainsi d’aider le Hamas à renforcer sa position dans la rue palestinienne.