Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu partait pour Londres célébrer le centenaire de la Déclaration Balfour, le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas critiquait ce document, l’accusant d’avoir lancé l’engrenage qui a causé un siècle de souffrance palestinienne, et a appelé le gouvernement britannique à y remédier.

Dans un éditorial publié par The Guardian, Abbas a réaffirmé sa reconnaissance d’Israël, mais a prévenu que le peuple palestinien était sur le point d’adhérer à une solution à un état unique, et exigera d’obtenir des droits identiques à ceux des citoyens israéliens.

« La Déclaration Balfour ne mérite pas d’être célébrée, et surtout pas quand l’un des peuples qu’elle affecte continue à subir tant d’injustice, a écrit Abbas. La création d’un foyer pour un peuple a eu pour conséquence la dépossession et la persécution constante d’un autre, et a généré un déséquilibre profond entre l’occupant et l’occupé. »

« Cet équilibre doit être rétabli, et la Grande-Bretagne a son lot de responsabilité. Les célébrations doivent attendre le jour où tous ceux qui vivent sur cette terre y vivront librement, dans la dignité et l’égalité », a-t-il poursuivi.

Maintenant qu’elle est signée, on ne peut revenir sur la Déclaration Balfour, mais les dégâts qu’elle cause « peuvent être changés », a déclaré Abbas. « Cela demande de l’humilité et du courage. Cela demande de composer avec le passé, de reconnaître les erreurs, et de prendre des mesures concrètes pour corriger ces erreurs. »

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

reconnaître un état palestinien sur la base des lignes de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale « peut contribuer à octroyer des droits politiques au peuple palestinien », a-t-il affirmé. Le Parti travailliste britannique avait proposé cela en célébrant ce centenaire.

Le 2 novembre 1917, le secrétaire aux Affaires étrangères Arthur Balfour avait informé le mouvement sioniste de Londres du soutien des Britanniques à la création d’un foyer juif en Palestine. En faisant cela, « il a promis une terre qui ne lui revenait pas, ignorant les droits politiques de ceux qui y vivaient déjà, a déploré Abbas. Pour le peuple palestinien, mon peuple, les évènements que cette lettre a engendrés ont été aussi dévastateurs que profonds. »

En 1948, les « milices sionistes » ont expulsé plus de 800 000 Palestiniens de leurs foyers et ont commis « d’horribles massacres », selon le président de l’AP. « L’évènement qu’Israël célèbre comme la création de son État, pour nous Palestiniens, c’est le jour le plus sombre de notre histoire. »

Les Palestiniens qui ont traversé la Guerre d’Indépendance « vivent dans le système de discrimination institutionnalisée qu’est l’État d’Israël » ; trois millions de Palestiniens en Cisjordanie souffrent « d’une occupation devenue colonisation draconienne », et deux millions de Gazaouis vivent « dans une prison ouverte sujette à des destructions régulières », a poursuivi le dirigeant palestinien.

Et pourtant, il y a 30 ans, les Palestiniens ont accepté de reconnaître l’État d’Israël, a écrit Abbas. Mais depuis que la solution à deux états devient « impossible, à mesure que chaque jour passe », le jour où les Palestiniens revendiqueront une solution à un état unique approche à grands pas, avertit-il.

« Israël et les amis d’Israël doivent réaliser que la solution à deux états pourrait bien disparaître, mais le peuple palestinien sera toujours là. Nous continuerons à aspirer à notre liberté, que cette liberté passe par la solution à deux états ou par une égalité des droits pour tous ceux qui vivent en Palestine historique. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue britannique Theresa May, à Londres, le 6 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue britannique Theresa May, à Londres, le 6 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Netanyahu devait s’envoler mercredi soir pour Londres, afin de célébrer le centenaire de la Déclaration Balfour. Jeudi matin, il rencontrera le Premier ministre Theresa May et le secrétaire aux Affaires étrangères Boris Johnson, qui ont tous deux indiqué qu’ils marquaient l’anniversaire de ce document « avec fierté », mais ont fait part de leur sensibilité à l’égard des souffrances palestiniennes.

May et Netanyahu se rendront ensuite à un dîner privé organisé en l’honneur de la Déclaration Balfour. L’évènement, organisé par Lord Rothschild à Lancaster House, réunira également des membres de la famille de Lord Balfour, le chef de l’opposition israélienne Isaac Herzog, et d’autres dignitaires britanniques et israéliens.

Vendredi, Netanyahu prendra la parole et répondra à des questions du public à la Chatham House, l’honorable think-tank, dont le nom officiel est Royal Institute of International Affairs.

Il prendra également part à une cérémonie d’ouverture de la Bourse aux quartiers généraux du London Stock Exchange, à Paternoster Square, et rencontrera des dizaines d’éminents hommes d’affaires britanniques.

Avant de reprendre la direction d’Israël, Netanyahu rencontrera le grand-rabbin britannique Ephraim Mirvis et d’autres dirigeants de la communauté juive.

Durant la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche, Netanyahu a salué ce document pionnier qui a permis de mener à la création de l’État d’Israël. « Même si l’Etat d’Israël n’aurait pas vu le jour [en 1948] sans l’implantation [juive qui l’a précédé], sans sacrifice et sans une volonté de se battre pour lui, l’impulsion internationale a indéniablement été la déclaration Balfour. »