Abbas : le paiement des terroristes condamnés constitue une « responsabilité sociale »
Rechercher

Abbas : le paiement des terroristes condamnés constitue une « responsabilité sociale »

Les responsables palestiniens ont déclaré qu'ils n’avaient aucune intention de mettre fin aux paiements

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un discours le deuxième jour du 7ème Congrès du Fatah en Cisjordanie, dans la ville de Ramallah, le 30 novembre 2016 (Crédit : AFP / Abbas Momani)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un discours le deuxième jour du 7ème Congrès du Fatah en Cisjordanie, dans la ville de Ramallah, le 30 novembre 2016 (Crédit : AFP / Abbas Momani)

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a défendu jeudi les rémunérations versées aux prisonniers palestiniens, y compris les terroristes condamnés, comme étant une « responsabilité sociale », et a déclaré qu’Israël utilisait cette question comme un prétexte pour éviter les pourparlers de paix.

Cette déclaration a été faite dans un discours qui a été lu au nom d’Abbas par son conseiller sur les affaires étrangères, Nabil Shaath, lors de la conférence à Herzliya, une réunion annuelle sur la sécurité régionale.

« Lorsque la communauté internationale a l’opportunité d’aller de l’avant en trouvant un accord de statut définitif entre Israël et la Palestine, les gouvernements de M. Netanyahu trouvent une excuse pour éviter de discuter des questions clés », a déclaré Abbas.

« Les plus récents prétextes comprennent l’incitation à la haine et l’aide sociale accordée aux familles des prisonniers politiques palestiniens », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne l’incitation à la haine, Abbas a réitéré son appel à la relance d’un comité tripartite israélien-américain-palestinien sur l’incitation à la haine, grâce auquel, a-t-il précisé, les plaintes de chaque partie pourraient être « vérifiées et traitées ».

Abbas a appelé à plusieurs reprises à réintégrer le comité anti-incitation à la haine. Le comité a été formé dans le cadre des accords de Wye Plantation de 1998 et s’est réuni tous les deux mois jusqu’au début de la deuxième Intifada en septembre 2000.

Bien qu’Israël n’ait pas répondu aux appels d’Abbas pour relancer le comité, il a vigoureusement exigé que Ramallah cesse ces versements aux terroristes emprisonnés et aux familles des terroristes, arguant que ces versements glorifiaient et favorisaient la violence.

L’administration du président américain Donald Trump, dans le cadre de ses efforts pour relancer les pourparlers de paix entre les deux parties, a également insisté pour que les Palestiniens cessent ces paiements.

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a déclaré aux membres de la commission des relations extérieures du Sénat la semaine dernière que « nous avons été très clairs avec eux, que cette [pratique de payer les terroristes] n’est tout simplement pas acceptable pour nous ».

Les responsables palestiniens ont déclaré qu’ils n’avaient aucune intention de mettre fin aux paiements.

Dans ses remarques à la conférence, Abbas a soutenu que 1 000 000 des prisonniers palestiniens ont été détenus dans des prisonniers israéliens depuis 1948 et qu’un Palestinien sur trois a été incarcéré dans une prison israélienne.

Ces statistiques ont été publiées pour la première fois en avril dans un rapport conjoint de la Commission palestinienne pour les détenus et les ex-détenus, la Société des prisonniers palestiniens et le Bureau central palestinien des statistiques.

« Est-ce qu’un être humain rationnel va prétendre que ce million de personnes sont des terroristes ? Qu’un tiers des Palestiniens [hommes] sont des terroristes », a-t-il déclaré.

« C’est une rhétorique franchement raciste d’appeler tous nos prisonniers politiques des terroristes. Ils sont, en effet, les victimes de l’occupation, et non les créateurs de l’occupation », a-t-il ajouté.

Israël n’a pas corroboré ces chiffres. Il y a actuellement quelque 6 500 prisonniers sécuritaires palestiniens dans les prisons israéliennes.

Des Palestiniens célèbrent la fin de la grève de la faim des prisonniers sécuritaires à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mai 2017. (Crédit : Flash90)
Des Palestiniens célèbrent la fin de la grève de la faim des prisonniers sécuritaires à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mai 2017. (Crédit : Flash90)

La Knesset a voté la semaine dernière en première lecture un projet de loi qui considère toute somme versée aux prisonniers palestiniens et aux « familles martyres » comme étant illégitime.

Le projet de loi, s’il est voté, va prendre environ 1 milliard de shekels des recettes fiscales annuelles qu’Israël recueille au nom des Palestiniens avant de leur reverser – somme qui équivaut à ce que Ramallah a payé aux « familles martyres » et aux prisonniers en 2016.

Abbas, dans ses remarques à la conférence, a soutenu que « les sommes versées pour soutenir les familles sont une responsabilité sociale pour s’occuper de personnes innocentes touchées par l’incarcération ou le meurtre de leurs proches ».

Ramallah ne paie pas tous les prisonniers palestiniens et ne donne pas d’allocation à toute la famille qui a eu un membre « martyr », un terme utilisé par les Palestiniens pour signifier tout être tué par des Israéliens, pendant qu’ils attaquaient des Israéliens ou qu’ils aient été tués au cours d’une action non-violente.

Qui est exactement choisi pour recevoir ces paiements est une question incertaine.

Un récent rapport publié par le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l’agence du ministère de la Défense israélienne chargée de l’administration des affaires civiles en Cisjordanie et les passages avec Gaza, a déclaré qu’environ un tiers des prisonniers palestiniens sont « directement responsables du meurtre d’Israéliens ».

On a demandé à Shaath, lors d’un entretien avec The Times of Israel en mai, si l’OLP pourrait cesser les paiements dans des cas « clairs » de meurtre ou de tentative de meurtre. Il a répondu que c’était quelque chose qui ne pouvait être résolu que dans le cadre des négociations.

« S’il y a des personnes impliquées dans des meurtres de civils, et c’est vraiment criminel, cela pourrait être une exception qui pourrait être examinée par un tribunal reconnu par les deux peuples. Tous ceux qui sont emprisonnés aujourd’hui sont [un produit] de l’occupation. Et y mettre fin sera le fruit de la paix », a-t-il déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...