Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a limogé un critique de longue date du poste de numéro 2 de l’Organisation de libération de la Palestine, dans ce qui semble être une nouvelle tentative d’écarter les rivaux potentiels, a annoncé mercredi une source officielle.

Ahmed Majdalani, un responsable de l’OLP, a déclaré qu’Yasser Abed Rabbo a été demis de sa fonction de secrétaire général de l’OLP lors d’une réunion de la direction dirigée mardi soir par Abbas, le leader de l’organisation.

Abed Rabbo avait été un critique virulent de la politique d’Abbas et de son style de leadership.

Abbas aurait allégué dans la réunion à huis clos qu’Abed Rabbo fasait partie d’un groupe de politiciens palestiniens qui tentaient de lui porter atteinte à l’aide d’un soutien financier des Émirats arabes unis.

Des responsables palestiniens ayant requis l’anonymat ont confirmé au Times of Israel que les deux personnalités ont des désaccords depuis longtemps sur les questions budgétaires, et qu’Abbas voyait en Abed Rabbo une menace pour son leadership.

Salam Fayyad (Crédit photo: Issam Rimawi/Flash90)

Salam Fayyad (Crédit photo: Issam Rimawi/Flash90)

Les participants à la séance de mardi ont indiqué qu’Abbas leur a dit qu’il limogeait Abed Rabbo parce que ce dernier n’avait pas assisté à des réunions sans fournir d’autre raison.

Le bureau d’Abbas n’a fait aucun commentaire mercredi.

Le poste occupé par Abed Rabbo était précédemment détenu par Abbas lorsqu’il était l’adjoint de l’ancien leader palestinien Yasser Arafat.

Ces derniers mois, le chef de l’Autorité palestinienne a cherché à consolider sa base de pouvoir dans l’organisation, en faisant taire les critiques et en écartant des rivaux potentiels des postes importants.

La semaine dernière, Abbas a gelé le compte bancaire de l’ancien Premier ministre palestinien Salam Fayyad et l’a accusé de blanchiment d’argent par le biais de son organisation à but non lucratif.

Selon des sources anonymes, Abbas craignait que Fayyad, avec l’ancien homme fort du Fatah Mohammed Dahlan, pourrait utiliser contre lui des millions de dollars de fonds versés par les Emirats arabes unis.

L’agence officielle Wafa a rapporté que le Comité exécutif avait décidé de remettre à Abbas les pouvoirs de Yasser Abed Rabbo, remuant secrétaire général de l’OLP.

Yasser Abed Rabbo, qui n’était pas présent à la réunion tenue dans la nuit, a pour sa part indiqué ne pas avoir été informé officiellement de cette décision.

Selon l’agence, Abbas, qui cumule déjà les casquettes de chef de l’OLP, de président de l’Autorité et de dirigeant du parti du Fatah, n’assumera ces fonctions que le temps que « quelqu’un d’autre soit nommé ».

« Remaniement temporaire »

À la même séance, la direction palestinienne a réclamé au Premier ministre Rami Hamdallah un « léger » remaniement de son gouvernement de technocrates, provoquant la colère du Hamas, qui réclame avec d’autres partis une refonte de ce cabinet pour en faire un gouvernement politique.

Ahmed Majdalani, membre du Comité exécutif, la plus haute instance de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a indiqué à l’AFP que le Comité était parvenu « dans la nuit à un accord afin que Rami Hamdallah procède à un remaniement qui ne touche pas plus de cinq ministères ».

« C’est un remaniement temporaire, qui durera le temps des négociations et des discussions avec toutes les parties dont le Hamas pour parvenir à former d’un gouvernement d’union nationale », a-t-il poursuivi.

Le gouvernement actuel a été formé il y a un an grâce à un accord de réconciliation entre le Hamas islamiste au pouvoir à Gaza et l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas, basée en Cisjordanie.

Mais l’union sacrée a fait long feu et la dernière visite à Gaza de ce cabinet d’indépendants a tourné court, les forçant à reprendre le chemin de Ramallah sans avoir pu appliquer sur le terrain les engagements pris à la réconciliation.

Dans les faits, le Hamas tient donc toujours les rênes du pouvoir à Gaza, et Abbas semble réticent à l’idée de laisser le groupe islamiste, considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne, intégrer le futur gouvernement, alors que Hamdallah a déjà mis la démission de son équipe dans la balance.

Le Hamas a aussitôt dit « rejeter la décision d’Abbas », affirmant qu’elle « rend invalide l’accord de réconciliation », par la voix de son porte-parole Sami Abou Zouhri à Gaza.

L’agence officielle Wafa a de son côté indiqué que Mahmoud Abbas avait chargé Hamdallah de « remanier légèrement » son gouvernement pour qu’il puisse « assumer ses responsabilités nationales sur l’ensemble des terres palestiniennes ».