Le président palestinien Mahmoud Abbas se rend aux Etats-Unis pour discuter lundi avec Barack Obama des négociations de paix avec Israël qui arrivent à échéance fin avril, sans signe de progrès permettant leur prolongation.

Le principal négociateur palestinien, Saeb Erakat, et le chef des services de renseignement palestiniens, Majed Faraj, sont arrivés à Washington en préparation de cette visite.

Les entretiens devraient porter sur « l’accord-cadre » traçant les grandes lignes d’un accord de paix, que négocie avec les deux parties le secrétaire d’Etat John Kerry afin de les persuader de poursuivre les pourparlers au-delà du 29 avril.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu l’accord-cadre qui nous a été promis. Quand nous le verrons et le lirons, nous prendrons une décision », a déclaré jeudi le président palestinien, ajoutant qu’une prolongation des négociations n’était pas à l’ordre du jour.

A la Maison Blanche, M. Abbas aura été précédé deux semaines auparavant par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, que le président américain avait exhorté à prendre des « décisions difficiles », après une cinglante mise en garde contre les « retombées internationales » d’un échec pour Israël.

M. Obama s’est engagé auprès du Premier ministre israélien à exercer des pressions similaires sur les dirigeants palestiniens, selon un responsable américain.

Mais, se faisant écho des voix les plus à droite au sein du gouvernement de M. Netanyahu, le ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon a déclaré samedi que le président Abbas n’était « pas un partenaire pour un accord final ».

Abou Mazen « est un partenaire pour recevoir mais pas pour donner. Il n’est pas un partenaire pour un accord final qui comprendrait la reconnaissance d’Israël comme Etat national du peuple juif et qui mettrait fin au conflit et à toutes les demandes », a déclaré M. Yaalon, dans une interview à la deuxième chaîne de télévision israélienne.

L’administration américaine a récemment paru prendre ses distances avec l’insistance de M. Netanyahu sur une reconnaissance d’Israël comme « Etat juif » par les Palestiniens, qui menace de ruiner les inlassables efforts de M. Kerry.

‘Niveau de méfiance inédit’

« Je pense que c’est une erreur de la part de certaines personnes de soulever ce sujet encore et encore comme le critère essentiel de leur attitude envers la possibilité d’un Etat (palestinien, NDLR) et de la paix, et nous l’avons évidemment exprimé », a affirmé le chef de la diplomatie américaine, sans nommer M. Netanyahu.

La question de « l’Etat juif’ a été réglée en 1947 dans la résolution 181 (de l’ONU sur le partage de la Palestine, NDLR) qui contient 40 ou 30 mentions de l »Etat juif' », a souligné M. Kerry devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, évoquant également des déclarations en ce sens du défunt président palestinien Yasser Arafat, de 1988 à 2004.

Les dirigeants palestiniens ont exprimé de très fortes réserves sur les propositions américaines, auxquelles ils reprochent de trop s’éloigner du droit international, refusant en particulier catégoriquement la « reconnaissance d’Israël comme Etat juif » et le maintien illimité de troupes israéliennes en territoire palestinien.

Lors d’une réunion présidée par M. Abbas, le Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a exprimé mercredi son « rejet de tout document comportant une violation des références du processus de paix, à savoir les résolutions de la légalité internationale et l’initiative de paix arabe ».

Il a également dénoncé « les tentatives d’arracher une reconnaissance de la judéité de l’Etat d’Israël afin d’effacer d’une phrase l’Histoire et les droits des Palestiniens ».

Autre écueil en vue : plusieurs ministres israéliens ont laissé entendre qu’Israël pourrait ne pas libérer à la fin du mois le dernier des quatre contingents de prisonniers palestiniens prévu lors de la reprise des pourparlers en juillet 2013 si les négociations ne se prolongeaient pas au-delà du 29 avril.

L’infatigable Kerry a dû reconnaître mercredi n’avoir « jamais vu » un pareil niveau de méfiance entre les deux camps et qu’un règlement de paix, s’il restait « possible », était « difficile ».