C’est une bonne nouvelle pour Israël, m’a suggéré ce matin un journaliste de la télévision étrangère. Qu’Israël négocie d’un Etat palestinien à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza avec le chef
« modéré » du Fatah Mahmoud Abbas alors que la bande de Gaza est dirigée par les islamistes intransigeants du Hamas a toujours posé problème.

Désormais, c’est certain, en vertu de l’accord « historique » de réconciliation signé mercredi entre le Fatah et le Hamas, Abbas se retrouve au sommet d’une hiérarchie palestinienne unifiée et les négociations peuvent progresser pour de bon, a soutenu le journaliste.

Eh bien non.

Quand bien même l’accord de réconciliation, conclu à une vitesse fulgurante à Gaza, comprendrait des clauses spécifiant l’engagement pris par le Hamas de reconnaître Israël, de renoncer au terrorisme et de respecter les accords israélo-palestiniens en vigueur – se conformant ainsi aux revendications de longue date du Quartet pour le Moyen Orient – il aurait été nécessaire de rester circonspect face à l’argument de la
« bonne nouvelle pour Israël ».

Mais l’accord Fatah-Hamas ne mentionne rien de tel. Bien au contraire. En annonçant l’accord, le Premier ministre du Hamas à Gaza Ismaël Haniyeh, loin d’exprimer une nouvelle volonté improbable d’entamer des pourparlers avec l’ennemi sioniste, a réaffirmé la position constante de son organisation, à savoir que le processus de paix avec Israël ne sert pas les intérêts stratégiques palestiniens.

Pour que le Hamas accepte les conditions du Quartet, il aurait dû consentir à un tel renversement de son idéologie et de sa politique qu’il n’aurait plus été le Hamas. De toute évidence, cela ne s’est pas produit mercredi, et cela ne risque pas de se produire dans les semaines ni les mois à venir. La transformation palestinienne à laquelle nous assistons n’est pas une modération du Hamas, mais une soumission volontaire du Fatah d’Abbas à l’étreinte forcée des extrémistes islamistes.

Abbas lui-même s’est révélé être un dirigeant enclin à se complaire dans la faiblesse. Il n’a pas l’intention de détruire Israël. Il n’a pas cherché à favoriser le terrorisme contre Israël, contrairement à son prédécesseur non regretté.

Mais il n’a pas non plus manifesté sa volonté de travailler énergiquement pour créer, au sein son peuple, un climat favorable aux compromis nécessaires à l’établissement d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, en paix avec lui. Il n’a pas contenu l’orientation anti-israélienne toxique des médias palestiniens. Il n’a pas révolutionné le système éducatif palestinien.

Il a réservé les honneurs à des hommes et des femmes exécrables qui ont assassiné des Israéliens, a extorqué leur libération des prisons israéliennes contre le simple fait d’accepter de négocier avec Israël, et les a accueillis comme des héros à leur retour.

Il a placé le sort de son peuple entre les mains d’autres dirigeants et d’organisations régionales telles que la Ligue arabe, plutôt que d’assumer directement ses responsabilités. Il n’est pas Anouar el-Sadate, pas plus qu’il n’est le roi Hussein.

Il y a six ans, il a choisi de laisser passer l’offre de paix sans précédent du Premier ministre Ehud Olmert – avec Gaza, la Cisjordanie, des échanges territoriaux équitables et un partage de Jérusalem. C’était tout ce que les Palestiniens ont toujours réclamé d’Israël, mais il a repoussé cette offre.

Aujourd’hui, alors qu’il apparaît comme un vieil homme épuisé de 79 ans, il doit faire face à un dirigeant israélien beaucoup moins généreux. La probabilité pour que l’homme qui a dit non à Ehud Olmert parvienne à s’accorder avec Benjamin Netanyahu a toujours été proche de zéro. Depuis mercredi, elle est complètement nulle.

Israël aurait pu en faire plus pour l’encourager. Il aurait notamment pu annoncer un gel de l’expansion des implantations dans les zones qu’il n’a pas l’intention de garder dans le cadre d’un accord raisonnable. Mais il est très peu probable que cela aurait fait la moindre différence.

Abbas n’était tout simplement pas prêt à s’attaquer au sentiment anti-israélien profondément ancré au sein de son peuple. Et il n’est certainement pas prêt à risquer son propre bien-être pour la noble et périlleuse cause d’un chemin négocié vers l’indépendance.

L’accord d’unité superficiel de mercredi – dernière incarnation d’un partenariat sur courant alternatif entre des factions palestiniennes rivales qui se haïssent profondément – est la dernière manifestation de faiblesse consentie d’Abbas.

Il échappe à la pression très peu confortable d’avoir à faire des compromis avec Israël et choisit d’embrasser une unité palestinienne d’apparat. En outre, cette mesure souligne une fois de plus l’impuissance des interlocuteurs américains, dont les mises en garde contre une alliance avec le Hamas ont été allègrement ignorées.

Fatalement, elle ouvre la voie à un possible retour de la violence qui a ruiné nos vies à tous, il y a une décennie. Elle marque probablement le début d’un effort renouvelé des Palestiniens pour diaboliser Israël sur la scène internationale, la communauté internationale n’ayant que peu besoin d’être convaincue que Netanyahu est l’architecte de tous les malheurs de notre région.

Une bonne nouvelle pour Israël ? Certainement pas. Une bonne nouvelle pour personne, sauf pour les extrémistes.