WASHINGTON – Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé de rencontrer le secrétaire d’Etat John Kerry mettant ainsi fin aux pourparlers de paix.

C’est ce qu’a déclaré le ministre des Affaires stratégiques Yuval Steinitz au Forum mondial de l’American Jewish Committee (AJC) mardi soir.

Dans un discours très ferme condamnant la direction palestinienne pour son manque d’engagement envers le processus de paix et mettant en évidence les préoccupations d’Israël en ce qui concerne les négociations en cours avec l’Iran, Steinitz s’est montré critique tout en prenant soin de soutenir l’effort de l’administration Obama quant au renforcement du partenariat stratégique américano-israélien.

Selon Steinitz, c’est Abbas et non pas Kerry qui a annulé à la dernière minute une visite à Ramallah qui représentait l’effort de la dernière chance du diplomate américain pour sauver des pourparlers de paix à l’agonie.

« On sait, quand on y est impliqué, qui a quitté la table des négociations tout à coup », a déclaré Steinitz. « On sait qui a décidé, il y a deux ou trois mois, de rompre ces négociations, de faire des demandes d’adhésion à des organisations et d’aller chercher le Hamas pour former un gouvernement d’union ».

En revanche, Steinitz a fait savoir que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déjà rencontré Kerry à Jérusalem et même déjà
« accepté, avec quelques réserves », le « cadre général » mis en avant par le secrétaire d’Etat américain.

« Abbas a rejeté le cadre proposé par Kerry et a refusé de le rencontrer à Ramallah, et Kerry a repris l’avion lendemain matin sans aucune réunion » a rapporté Steinitz.

L’accord-cadre avait pour but de guider les négociations au-delà de la date d’expiration du 29 avril, et a été salué comme ce qui aurait été un modeste succès après neuf mois de négociations.

Les discussions ont achoppé vers mars-avril avec des récriminations réciproques selon lesquelles chacun aurait bloqué les négociations de manière unilatérale.

Washington a estimé que les deux parties avaient fait des « faux pas » aboutissant à l’enlisement des négociations, tout en exprimant l’espoir que les négociations reprendraient bientôt.

Des rapports ont suggéré que c’était Kerry et non pas Abbas qui avait annulé la réunion du 1er avril, frustré et mécontent des violations par Abbas des conditions préalables aux pourparlers.

Bien que les responsables américains aient apparemment été pris au dépourvu par les changements opérés par Abbas qui ont fait dérailler les pourparlers, Steinitz a affirmé qu’Israël « savait à l’avance que cela aurait lieu ».

Le ministre a déclaré qu’Israël « était un partenaire de bonne volonté dans ces pourparlers qui avaient commencé en juillet 2013 en vertu d’un accord-cadre de neuf mois avant de parvenir à un accord global ».

« Nous sommes impatients de faire la paix » a lancé Steinitz, mais
« personne dans le monde ne devrait nous mettre la pression, nous convaincre de faire la paix – parce que ce petit pays est désireux de la mettre en œuvre » a-t-il martelé avec un ton plus sévère.

« Personne ne doit nous dire que nous avons besoin de la paix pour survivre, exister et prospérer. Nous survivrons. Israël va survivre en tant qu’Etat juif démocratique si nos voisins acceptent enfin à l’accepter et faire la paix avec nous ou pas » a-t-il poursuivi.

Ses commentaires ont peut-être été une pique envers les responsables américains, Kerry et l’ambassadeur Martin Indyk, qui ont tous deux déclaré récemment que l’échec des négociations et l’échec à parvenir à une solution à deux Etats entraîneraient une « érosion d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique ».

Kerry, qui avait même averti qu’Israël pourrait devenir un « Etat d’apartheid », a défendu son point de vue – malgré ce libellé – faisant valoir que des arguments similaires avait été prononcés par des responsables israéliens, dont le ministre de la Justice Tzipi Livni.

Steinitz a averti que « si la plupart des Israéliens sont prêts à faire des concessions pour la paix, y compris des concessions difficiles, y compris des concessions territoriales, il est aussi important pour eux de savoir avec certitude si ce que nous obtenons en retour est une paix véritable et une sécurité réelle ».

Soulignant deux points d’achoppement dans les négociations avec les Palestiniens, le ministre a déclaré que « la paix véritable » signifie la fin du conflit – incluant le fait qu’Israël « ait le droit d’être accepté et reconnu comme un Etat juif par tous ses voisins ».