« Arab Bank est une entreprise normale qui a comme actionnaires la famille Hariri et le roi de Jordanie », a dépeint jeudi maître Shand Stephens, le conseil de la banque, devant une salle comble.

« Rafik Hariri a été à deux périodes différentes le Premier ministre du Liban (1992-1998 et 2000-2004, ndlr). Il est mort dans une attaque terroriste en 2005 », a-t-il poursuivi.

Pendant un peu plus d’une heure, le conseil s’est attelé à donner un visage à cet établissement financier, fondé en 1930, basé à Amman, coté en Bourse et présent dans une trentaine de pays, dont les Etats-Unis, la France, la Suisse et le Royaume-uni.

Objectif : convaincre les jurés que la banque ne pouvait financer le terrorisme vu que ses dirigeants eux-mêmes en ont été victimes.

Un peu plus tôt, l’accusation avait tout fait pour associer Arab Bank au Hamas, considéré depuis 1997 par les Etats-Unis comme une organisation terroriste.

« Arab Bank a transféré en toute connaissance de cause de l’argent à la demande du Hamas et a reçu de l’argent pour le compte du Hamas », a lancé Me Mark Werbner, répétant les accusations contenues dans la plainte.

La banque jordanienne Arab Bank, accusée d’avoir financé des attentats terroristes revendiqués par les mouvements islamistes Hamas et Jihad islamique, joue gros à son procès, le premier de ce genre aux Etats-Unis, qui a débuté jeudi à New York.

Ce procès, qui doit durer deux mois et se déroule devant la Cour fédérale de Brooklyn, fait suite à une plainte déposée en 2004 par plus d’une centaine de citoyens américains.

Après dix ans de procédures, le procès, très surveillé par les banques, se tient au civil. Pendant trois jours, de lundi à mercredi, le tribunal et les deux parties se sont attelés à la sélection des jurés et au règlement de points de procédure.

Les plaignants, des victimes ou ayant-droits de victimes d’une douzaine d’attentats terroristes commis entre 2001 et 2004 en Israël, à Gaza et en Cisjordanie, réclament des dommages et intérêts « importants », selon leur plainte consultée par l’AFP.

Ces attentats avaient été revendiqués soit par le Hamas, soit par le Jihad islamique, déclarés par les Etats-Unis organisations terroristes en 1997.

« Les faits montrent que Arab Bank a fourni des services bancaires de routine en conformité avec les lois antiterroristes, et n’avait aucune intention de soutenir le Hamas ou une autre organisation terroriste », a affirmé mercredi à l’AFP un porte-parole de la banque.

Arab Bank est accusée d’avoir transféré de l’argent pour l’ONG Saudi Committee, qui levait des fonds auprès de riches donateurs du Golfe pour le compte de mouvements islamistes, dont le Hamas et le Jihad islamique.

– Crédit Agricole à l’automne ? –

Les plaignants accusent également la banque jordanienne d’avoir versé une indemnité, financée par le Saudi Committee, aux familles des auteurs d’attentats suicide et aux proches de Palestiniens tués dans ces actes « terroristes ».

Le montant de cette indemnité, mise en place après 2000, s’élevait à 5 316,06 dollars par famille, selon la plainte.

« Arab Bank, en consultation avec le Saudi Committee et des représentants locaux du Hamas, finalise les listes (des bénéficiaires de ces aides), détient une base de données des personnes éligibles à cette couverture universelle et ouvre un compte en dollars à chacun des bénéficiaires », affirment les plaignants dans leur plainte.

Arab Bank a refusé de livrer des informations sur des comptes bancaires malgré des injonctions judiciaires.

En novembre 2001, le Saudi Committee a par exemple versé plus de 42 millions de dollars « aux terroristes et à leurs ayants-droits », selon la plainte.

Le Saudi Committee « n’a jamais été qualifié d’organisation terroriste » par les Etats-Unis, rétorque Arab Bank, accusée par ailleurs, via sa branche libanaise El-Mazra Branch à Beyrouth, d’abriter des comptes bancaires pour le Hamas et pour des ONG contrôlées par le mouvement islamiste.

Arab Bank a été fondée en 1930 à Jérusalem par une famille palestinienne avant de déménager son siège à Amman en 1948, au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Elle dispose de filiales et agences un peu partout dans le monde.

« Cette affaire soulève de très importantes questions et pas seulement pour Arab Bank (…) mais pour le système financier international dans l’ensemble car les plaignants demandent à ce que les banques soient tenues pour responsables même quand elles ont agi dans le respect des lois », fait valoir l’établissement.

Si les plaignants gagnent, cela va « créer une énorme incertitude », prévient-il tout en se disant « confiant » de l’emporter.

Ce procès, l’un des tout premiers d’une banque accusée de financement de terrorisme, pourrait créer un précédent.

La banque française Crédit Agricole, la britannique National Westminster ou NatWest (Royal Bank of Scotland) et Bank of China font également face à des accusations similaires de financement de terrorisme aux Etats-Unis.

Dans le cas de Crédit Agricole, c’est sa filiale Le Crédit Lyonnais qui est accusée d’avoir abrité un compte bancaire en 1990 d’une ONG, censée financer le Hamas, selon le dernier rapport annuel de la banque. L’établissement nie en bloc ces accusations. Le procès est prévu au plus tôt à l’automne.

En novembre 2012, Arab Bank avait réussi à obtenir de la justice américaine qu’elle classe sans suite une plainte similaire déposée par Mati Gill, un ancien responsable israélien.