Lors des questions au gouvernement le mercredi 26 juillet, Meyer Habib, député des Français de l’étranger (8e circonscription incluant Israël) a interpellé le ministre de l’Intérieur à propos de l’affaire Sarah Halimi.

« Le 4 avril, une femme (…) a été torturée, battue mutilée pendant 45 minutes (…) alors qu’en bas de l’immeuble 26 policiers attendaient sans intervenir, » a rappelé le député Habib. « Pourquoi la police est-elle restée spectatrice au lieu d’intervenir ? Pourquoi le préfet de Paris refuse-t-il une enquête IGPN (Inspection générale de la police nationale-Ndlr) ? »

C’est Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur qui a lui répondu. Si elle précise « partager » l’émotion de Meyer Habib, elle rapporte des faits qui viennent étayer la thèse que ce soir-là « l’intervention de la police a été rapide dans une situation complexe », contrairement à l’opinion partagée par une partie de la communauté juive, et par Me Goldnadel, avocat de la belle-sœur de la victime, qui a déposé plainte contre la police pour non-assistance à personne en danger courant juin.

Selon les faits relatés par la ministre « le 4 avril à 4h22, un appel reçu par la police faisait état d’une séquestration au domicile d’une famille demeurant au 26 rue Vaucouleurs dans le XIe arrondissement ».

(L’appel provient d’une famille malienne apeurée, habitant le premier appartement où a pénétré Kobili Traoré, qui a reconnu auprès du juge d’instruction avoir commis le crime. C’est en enjambant le balcon de leur appartement que Traoré a accédé au balcon de l’appartement de Sarah Halimi avant de pénétrer chez elle. Sarah Halimi habitait dans une aile différente de cet ensemble HLM, ce qui aura pu rendre plus difficile la localisation de Traoré par la police).

« Une premier équipe de la Bac (Brigade anti-criminalité-Ndlr) est arrivée sur les lieux à 4h25, continue la ministre, suivi d’un second. Trois effectifs sont restés devant la porte d’entrée pendant que 2 autres se rendaient côté jardin où ils ont entendu des cris sans pouvoir les localiser. L’un d’eux s’en retournait côté rue pour s’entretenir avec les témoins. Rappelé par son collègue, il a découvert à son arrivée dans la cour intérieure le corps d’un femme ensanglantée. A 4h41 un appel reçu par les sapeurs pompiers signalait la chute d’une femme d’un balcon ».

Soit 16 minutes après l’arrivée de la police.

« Ces éléments, explique Jacqueline Gourault démontrent que l’intervention de la police a été rapide dans un contexte compliqué, l’appel initial les conduisant à un appartement distinct de celui où la victime a été agressée.

Maitre Gilles-William Goldnadel, représentant « la belle-sœur de Sarah Halimi qui habite en Israël » a porté plainte fin juin contre la police pour non-assistance à personne en danger.

Dans une interview accordée Times of Israël, il expliquait « que la police était sur place depuis une heure quand son assassin l’a défenestrée. Alors, comment voulez-vous, demandait-il, que dans un tel contexte, où l’on assiste à une négligence fautive, on ne trouve pas là trace de non-assistance de personne en danger ? ».

De son côté Me Buchinger, avocat des enfants de Sarah Halimi, s’est « catégoriquement refusé » à porter plainte contre la police, affirmait-il au Times of Israël. Et ce malgré « diverses pressions me demandant de m’associer au dépôt d’une plainte pour non-assistance à personne en danger visant des fonctionnaires de police, » précise-t-il.

« Plutôt que déposer une plainte pour non-assistance à personne en danger, explique-t-il, j’ai estimé bien plus opportun de former une demande d’actes circonstanciée auprès du juge d’instruction. (…) Il ne s’agit donc aucunement de chercher à occulter ce dysfonctionnement policier et ses conséquences, bien au contraire ».

Aujourd’hui, l’instruction attend toujours le rapport d’expertise psychiatrique qui doit déterminer si Kobili Traoré était en possession de ses moyens lorsqu’il a assassiné Sarah Halimi.

Je me sentais comme « possédé », « oppressé par une force extérieure, une force démoniaque », a expliqué le jeune homme, cité par l’AFP, pris de « bouffées d’angoisse » depuis la veille et qui affirme avoir fumé plus d’une dizaine de joints de cannabis ce jour-là.

Mais pour Me Jean-Alex Buchinger, au vu de son audition, le suspect démontre être « quelqu’un de tout à fait cohérent » et « qui se rappelle de tout avec force détails » de cette nuit lors de laquelle il a assassiné Sarah Halimi.

L’AFP a contribué à cet article.