Une plainte a été déposée vendredi 27 octobre à l’encontre de l’islamologue et théologien suisse Tariq Ramadan, très populaire auprès d’une certaine jeunesse, notamment pour viol et agressions sexuelles, a-t-on appris auprès d’un des avocats de son accusatrice Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque. Depuis, deux autres femmes ont déclaré avoir subies des agressions décrivant des scénarios similaires.

Cette plainte pour « des faits criminels de viol, agressions sexuelles, violences volontaires, harcèlement, intimidation » a suscité un déferlement de menaces et d’accusations contre Henda Ayari, exprimant très souvent des tendances clairement antisémites et complotiste, comme l’a relevé Le Monde.

Le quotidien a relevé quelques-uns de ces commentaires publics : « Ça pue le coup monté à plein nez », affirme Ali Skandari sur Oumma. « Avouez que cela arrange beaucoup de monde en Occident cette accusation », écrit « Adjissa » sur le même site.

Sur YouTube ce commentaire, fautes comprises : « Histoire fabriqé par des juifs pour casser Tarik, c une put tout simplement », assène « ha’s58 ». « Si tribunal il y a je lui conseille d’aller demander l’asile en Israël parce qu’elle va en prendre plein la tronche », prévient « Ben » sur Oumma.

Ces commentateurs ont su s’appuyer sur deux faits pour étayer leurs accusations antisémites : le site militant France-Israël a décidé de proposer un livre d’Henda Ayari à la vente, selon un partenariat avec Amazon applicable sur tous les sites, et n’engageant en rien l’auteur. L’autre fait qui a excité certains soutiens de Ramadan au plus haut point est que l’un de ses avocats est juif.

« Voici le 2e indice : avocat Jonas Haddad (certainement un membre de CRIF et LDJ) », écrit Filastine sur Oumma. « Son cabinet d’avocats se nomme Haddad-Touati-Allouche, à quand la bar-mitzva ? » demande Abou Tahar al-Tlemceni sur le même site » relève également Le Monde.

Henda Ayari, 40 ans, présidente de l’association Libératrices, a indiqué vendredi sur sa page Facebook avoir été « victime de quelque chose de très grave il y a plusieurs années » mais n’avoir pas alors voulu révéler le nom de son agresseur en raison de « menaces de sa part ».

Dans son livre « J’ai choisi d’être libre », paru en novembre 2016 chez Flammarion, elle a décrit cet homme sous le nom de Zoubeyr, narrant un rendez-vous dans sa chambre d’hôtel à Paris où cet intellectuel musulman venait de donner une conférence.

« Par pudeur, je ne donnerai pas ici de détails précis sur les actes qu’il m’a fait subir. Il suffit de savoir qu’il a très largement profité de ma faiblesse », avait écrit Henda Ayari, assurant que quand elle s’est « rebellée, qu’elle lui a « crié d’arrêter », il l’a « insultée », « giflée » et « violentée ».

« Je le confirme aujourd’hui, le fameux Zoubeyr, c’est bien Tariq Ramadan », écrit Henda Ayari sur Facebook.

Selon Me Jonas Haddad, l’un de ses conseils, « Henda Ayari n’avait pas envie de communiquer sur ce sujet, par peur ».

« Avec la libération de la parole à laquelle on assiste depuis quelques jours, elle a décidé de dire ce qu’elle a subi et d’en tirer les conséquences judiciaires », a-t-il poursuivi, interrogé par l’AFP.

Tariq Ramadan n’avait pu être joint par l’AFP et n’avait pas réagi sur les réseaux sociaux en fin d’après-midi. Ce petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, âgé de 55 ans, est professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford (Grande-Bretagne).

Relativement populaire auprès d’une partie des fidèles musulmans, il est aussi très contesté, notamment dans les milieux laïques, qui voient en lui le tenant d’un islam politique.