Une célèbre styliste a semblé prendre la défense du magnat hollywoodien Harvey Weinstein, qui doit répondre à une série d’accusations pour harcèlement sexuel. Elle a suggéré que les femmes qui auraient été victimes du producteur, tombé dorénavant en disgrâce, cherchaient « des ennuis » en s’habillant de manière provocatrice.

Alors que les condamnations de ses propos n’ont cessé de prendre de l’ampleur, la fondatrice de la marque de vêtements DKNY Donna Karan a plus tard déclaré que ses paroles avaient été « sorties de leur contexte », a fait savoir mardi le Daily Mail.

Weinstein, 65 ans, a été limogé dimanche de la Weinstein Co., le studio dont il était le cofondateur, trois jours après qu’un article explosif paru dans le New York Times a exposé des décennies présumées de comportement de prédateur sexuel de sa part auprès d’employées et d’actrices. Le Times a indiqué qu’au moins huit accords avaient été conclus avec les victimes.

Dimanche soir, Karan avait donné une interview sur le tapis rouge de la cérémonie de la remise des prix du film de mode CinéFashion au cours de laquelle elle avait été interrogée à propos de Weinstein, son ami de longue date, et sur les accusations proférées à son encontre, avait indiqué le Daily Mail.

« Je pense que nous devons nous regarder nous-mêmes et regarder ce que nous voulons dire, et comment nous voulons le dire », aurait-elle déclaré.

« Il ne s’agit pas de Harvey Weinstein, regardez tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, vous savez comment les femmes s’habillent, et ce qu’elles demandent simplement en se présentant tel qu’elles le font. Que demandent-elles ? Des ennuis ».

Evoquant de manière générale le traitement médiocre des femmes à travers le monde, Karan a ajouté : « Voir cela dans notre pays est très difficile, mais je me dis également : comment nous présentons-nous ? Comment nous présentons-nous en tant que femmes ? Que demandons-nous ? Est-ce que nous demandons cela en présentant toute cette sensualité, toute cette sexualité ? »

Harvey Weinstein au dîner de gala du Centre Simon Wiesenthal à Beverly Hills, Californie, le 24 mars 2015. (Crédit : Imeh Akpanudosen/Getty Images via JTA)

Harvey Weinstein au dîner de gala du Centre Simon Wiesenthal à Beverly Hills, Californie, le 24 mars 2015. (Crédit : Imeh Akpanudosen/Getty Images via JTA)

« Je ne pense pas qu’il s’agit seulement de Harvey Weinstein. Je ne pense pas que c’est lui spécifiquement que nous sommes en train de regarder. Je pense que nous regardons un monde bien plus profond que cela », a continué Karan, qui est juive.

« Oui, je pense qu’on le regarde aujourd’hui en tant que symbole, mais pas nécessairement tel qu’il est vraiment. Je connais sa femme, ce sont des gens merveilleux et Harvey a fait des choses étonnantes. Je pense qu’il faut que nous nous regardions nous-mêmes et ce que nous voulons dire et comment nous voulons également le dire ».

Les usagers des réseaux sociaux l’ont rapidement attaquée. Ils ont partagé des publicités pour les vêtements de Karan où apparaissent des femmes dans des tenues suggestives et des photos de célébrités portant des créations plus osées encore.

Dans la nuit de lundi à mardi, Karan a envoyé un communiqué au Daily Mail dans lequel elle a déclaré que ses propos avaient été « sortis de leur contexte ».

« La nuit dernière, j’ai été distinguée lors de la cérémonie de remise des prix Cinemoi à Hollywood et alors que je répondais à une question sur le tapis rouge, j’ai fait une déclaration qui ne représente malheureusement pas mes sentiments ou ce que je crois », a-t-elle dit.

« J’ai passé ma vie à défendre les femmes. Ma vie a été dédiée à habiller et à répondre aux besoins des femmes, à les émanciper et à promouvoir l’égalité des droits ».

« Mes déclarations ont été sorties de leur contexte et elles ne représentent pas ce que je ressens dans la situation actuelle concernant Harvey Weinstein », a continué le communiqué.

« Je pense que le harcèlement sexuel n’est PAS acceptable et que c’est un problème qui doit être réglé une bonne fois pour toutes et indépendamment de l’individu. Je suis vraiment désolée pour toutes celles que j’ai offensées et pour toutes les victimes ».

La présentatrice du journal télévisé Rose McGowan, une victime présumée de Weinstein, a tweeté que Karan était « déplorable ».

« Aider et soutenir, c’est un crime moral », a-t-elle écrit. « Vous êtes une ordure dans une robe de luxe ».

McGowan avait traduit Weinstein en justice dans les années 1990 mais avait abandonné les poursuites pour la somme de 100 000 dollars, signant un accord de non-divulgation.

Les actrices Mia Farrow et Sarah Wynter ont également condamné Karan, Farrow affirmant qu’elle boycotterait dorénavant les vêtements de la styliste.

« Plus de Donna Karan pour moi », a-t-elle écrit.

« Donna Karan a tout simplement gâché sa carrière et toute chance d’être de nouveau respectée en tant que championne des causes féministes. Waouh », a tweeté Wynter pour sa part.

Sous la direction de Weinstein, la Weinstein Co. a été une force dominante lors des Oscars. La compagnie de production a ainsi accompli la prouesse rare de remporter consécutivement l’Oscar du meilleur film pour « Le discours d’un roi » et « The artist ».

Ces dernières années, le statut de Weinstein avait toutefois diminué en raison de problèmes financiers, de résultats décevants enregistrés au box-office et à cause du départ de cadres importants.

Parmi d’autres films qui ont marqué l’histoire du cinéma et qui ont été produits par Weinstein, « Pulp Fiction » et « Le patient anglais ».

Depuis l’article du Times, plus de femmes ont apporté leur témoignage en affirmant avoir subi le comportement prédateur du producteur.

Dans un article paru dans le HuffPost, la présentatrice de télévision Lauren Sivan a détaillé une rencontre présumée avec Weinstein qui avait eu lieu en 2007. Sivan, qui travaillait alors sur une chaîne câblée de New York, a raconté que Weinstein l’avait bloquée dans un couloir de restaurant fermé au public, à New York, et qu’il s’était masturbé devant elle.

La chute soudaine de l’une des personnalités les plus puissantes de Hollywood s’est transformée en pression exercée sur un grand nombre de membres de l’industrie qui se trouvent sommés de prendre la parole.