Ce jeudi, au mur Occidental de Jérusalem, des affrontements ont eu lieu entre des fidèles ultra-orthodoxes et des Juifs réformés. Ces derniers tentaient de prier sur le lieu saint après l’ordination de nouveaux rabbins, homme et femmes.

Les membres du groupe, qui ont lutté contre les gardes de sécurité, en entrant sur le mur Occidental avec des rouleaux de Torah, ont revendiqué leur droit à la liberté de prier. Les administrateurs du mur Occidental les ont accusés de vouloir mettre en scène un coup médiatique.

Selon le site ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, le groupe de Juifs réformés, escorté par les Femmes du Mur, un lobby pour le droit des femmes à la prière, ont forcé le passage pour entrer sur l’esplanade ouverte du mur Occidental, où ils ont commencé à danser, ce qui a suscité des protestations de la part des autres fidèles. Aucun blessé n’a été signalé, et l’incident a rapidement été arrêté.

Le chef de file du mouvement réformé israélien, Gilad Kariv, a déclaré à Hadashot, qu’il accusait l’administration du site de violence politique, indiquant que cette attitude « ne nous empêchera pas de faire respecter notre droit à la prière au mur Occidental ».

La question du droit à la prière au mur Occidental est devenue objet de dispute ; l’espace de prière principal du mur adhère aux régulations religieuses traditionnelles qui imposent une séparation totale entre hommes et femmes, et n’autorisent pas les femmes à se servir d’objets de cultes tels que des châles de prière, des phylactères et des rouleaux de la Torah durant leurs prières.

Cédant à la pression des membres ultra-orthodoxes de la coalition, le gouvernement israélien a suspendu, en juin, un accord qui visait à agrandir et améliorer la section de prière égalitaire au sud du mur Occidental, après avoir adopté cet accord en 2016. Le gouvernement avait négocié cet accord avec les mouvements réformés et conservateurs, le groupe des Femmes du Mur et l’Agence juive. Les mouvements américains réformés et conservateurs ont été consternés par ces évolutions, et font pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu depuis.

Le groupe réformé avait commencé par organiser son évènement dans l’espace de prière égalitaire réservé à cet effet, mais l’ont ensuite quitté et forcé le passage via les contrôles de sécurité, vers le mur Occidental, où hommes et femmes munis de rouleaux de Torah ont commencé à chanter et danser ensemble, ce qui est prohibé dans le judaïsme ultra-orthodoxe.

Des membres du mouvement réformé affrontent des manifestants ultra-orthodoxes et des agents de sécurité, en essayant d’entrer sur l’esplanade du mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 novembre 2017. (Crédit : Noam Rivkin Fenton,/Flash90)

La Western Wall Heritage Foundation, qui gère le site, a accusé les participants de faire preuve de provocation pour gagner l’attention des médias.

« À notre grand regret, c’est un groupe qui est arrivé ce matin à l’esplanade du mur Occidental, dans le but de provoquer, et d’utiliser l’incident dans leurs relations publiques, alors qu’ils savaient pertinemment qu’ils enfreignaient des décisions du gouvernement et de la Cour suprême, et qu’ils étaient susceptibles de blesser l’opinion publique. »

« Cet acte de provocation au mur Occidental, un lieu d’unité, s’est manifesté par une campagne physiquement et verbalement violente sur le site. Nous protestons contre ce comportement inacceptable, cette violence, et nous la condamnons fermement », a déclaré la fondation dans un communiqué, indiquant que l’incident a été signalé à la police.

Kariv a ajouté que le gouvernement doit intervenir pour assurer une égalité des droits et d’accès au mur Occidental.

Kariv a critiqué Netanyahu pour les propos qu’il a tenu au début de la semaine, face aux fédérations juives d’Amérique du Nord. Le Premier ministre a déclaré que tous les Juifs sont les bienvenus sur le lieu saint.

« Le Premier ministre peut penser que des jolis discours vont réparer les dissensions au sein du peuple juif de Diaspora, mais des millions de Juifs réformés n’ont aucunement l’intention d’abandonner leurs droits à prier au mur Occidental ou ailleurs », a déclaré Kariv.

« Nous demandons au Premier ministre de se réveiller avant qu’un schisme irréparable ne divise le monde juif. »

« La violence au mur Occidental ne nous empêchera pas de faire valoir notre droit à prier au mur Occidental, tous comme les jolis mots du Premier ministre Netanyahu devant les fédérations juives ne guériront pas le clivage qui divise les Juifs de la Diaspora. Il y a un lien direct entre la campagne d’incitation menée par les ministres et les députés contre les Juifs réformés et le comportement brutal que nous subissons au mur Occidental – aucune de ces deux choses ne nous stoppera. »

Des membres du mouvement réformé avec des rouleaux de Torah au mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 novembre 2017. (Crédit : Noam Rivkin Fenton,/Flash90)

Lors de la session de clôture de la conférence mardi, Netanyahu a parlé du gel controversé de l’accord sur l’agrandissement de l’espace de prière égalitaire au mur Occidental.

« Israël est le foyer de tous les Juifs, et cela doit rester ainsi », a-t-il dit, soulignant que c’était « crucial » pour lui, car il est personnellement engagé à ce que tous les courants Juifs se sentent accueillis.

« Je pense que le peuple Juif est une seule famille. Je pense qu’Israël est le foyer de tous les juifs, et que tous les Juifs doivent avoir accès à la prière au [mur Occidental]. »

Lundi, le conseil d’administration de l’organisation JFNA, qui représente les philanthropes communautaires juifs des Etats-Unis et du Canada, a adopté une résolution appelant Israël à renoncer à ses démarches « clivantes et nuisibles » visant à geler un accord passé sur la prière égalitaire au mur Occidental et sur le soutien apporté par l’Etat juif à un projet de loi qui offrirait le monopole aux autorités orthodoxes concernant les conversions au judaïsme.

En janvier 2016, le gouvernement israélien a accepté des changements significatifs à l’espace de prière égalitaire existant, et a créé une entrée commune aux trois espaces de prières, les sections pour les hommes et les femmes orthodoxes et ce qu’on appelle la place « Ezrat Yisrael », où les hommes et les femmes prient côte à côte.

En juin, après que certains sites ont fustigé cet accord, le cabinet a voté la suspension d’une partie de cet accord, notamment la création d’une entrée commune, qui était perçue comme une forme de reconnaissance des courants non-orthodoxes du judaïsme, et le fait de partager la gestion de l’espace de prière égalitaire avec des représentants des courants non-orthodoxes du judaïsme.