Le député Ahmad Tibi (Liste arabe unie) a appelé dimanche les citoyens israéliens à s’abstenir d’acheter des marchandises fabriquées par les Juifs résidant dans des implantations de Cisjordanie, afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il modifie sa politique au delà de la Ligne verte.

S’exprimant lors d’un débat sur la chaîne parlementaire de la Knesset, Tibi a déclaré qu’il était partisan de porter un préjudice financier aux implantations, dont l’existence même, selon lui, viole de manière flagrante la législation internationale.

« Depuis ce studio, j’appelle le public à boycotter les colonies, à boycotter les produits des colonies, a déclaré le député. Nous parlons d’un crime de guerre, donc boycottez les colonies ! »

La semaine dernière, la Cour suprême a rejeté un appel contre une loi qui limite la capacité des Israéliens d’appeler au boycott des implantations de Cisjordanie.

La loi de 2011 permet que des poursuites soient engagées contre les personnes prônant des boycotts qui ciblent des Israéliens en raison de leur lien avec Israël – citant explicitement des boycotts contre les Israéliens vivant dans « des territoires détenus par Israël », dans la définition de victimes potentielles qui peuvent réclamer des dommages.

L’effet : la loi permet aux residents juifs de Cisjordanie, entre autres groupes, de réclamer des dommages financiers s’ils considèrent qu’ils ont subi des dommages par des appels au boycott.

En tant que député, Tibi jouit de l’immunité parlementaire contre de telles poursuites.

Yossi Sarid, ancien député et ancien ministre du Meretz, a tenu des propos analogues lundi lors d’un débat à la radio de l’armée israélienne, mais il ne jouit pas de l’immunité parlementaire.

Les organisations israéliennes qui ont fait appel contre la loi prétendent que la législation porte atteinte au droit à la libre expression en imposant un coût déraisonnable à la lutte contre les implantations de Cisjordanie. Pour les défenseurs de la loi, elle proscrit tout boycott discriminatoire contre des Israéliens et des minorités en Israël, dont les résidents juifs des implantations.

La loi n’a pas encore été appliquée dans un tribunal, puisqu’aucune plainte n’a encore été déposée, mais la Cour suprême vient de donner un feu vert constitutionnel à de telles proceédures.

La décision intervient dans le contexte d’une campagne internationale de boycott contre Israël qui invoque les implantations israéliennes en Cisjordanie, le contrôle du plateau du Golan.

Pour les Palestiniens et la plupart de la communauté internationale, les implantations sont illégales parce qu’elles sont construites sur des territoires conquis par voie de guerre que les Palestiniens réclament pour leur futur Etat.

Plus de 550 000 citoyens israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est – des zones contiguës capturées dans la Guerre des Six Jours, en 1967 – au milieu d’environ 2,5 millions de Palestiniens.

La plupart d’entre eux vivent dans des quartiers, au Nord ou au Sud de Jérusalem, ou dans quelques grandes localités longeant la Ligne verte, mais certains vivent dans les implantations plus lointaines nichées entre des centres de population palestinienne.

Pour la plupart, les civils israéliens vivant au delà de la Ligne verte jouissent des mêmes droits que les habitants du reste du pays, alors que les Palestiniens qui vivent en Cisjordanie ne sont pas des citoyens israéliens et ne bénéficient donc pas des mêmes droits.

Certains Israéliens voient un risque majeur pour la sécurité dans l’abandon de la Cisjordanie, dont les régions montagneuses surplombent le centre d’Israël.