Ahuva Ozeri, force de la musique israélienne née au Yémen et élevée dans le quartier yéménite de Tel Aviv, est morte mardi d’un cancer des cordes vocales.

Elle avait 68 ans.

Considérée comme une pionnière de la musique israélienne, elle a collaboré avec différents genres de chanteurs israéliens contemporains pendant sa dernière décennie. Ozeri avait perdu l’usage total de ses cordes vocales en 2000, quand elle a été diagnostiquée d’un cancer.

Elle a pourtant produit l’un de ses albums les plus appréciés, « Maalei Demama » (Sortie du silence) en 2013. L’album compte 16 chansons écrites par Ozeri et chantées par différents artistes israéliens, des rockeurs Berry Sakharov et Corin Allal aux crooners Ehud Banai et Chava Alberstein.

Shai Tsabari, qui mélange la musique mizrahie (orientale) traditionnelle au rock, à la pop et à la musique du monde, était alors l’un des musiciens les moins connus à avoir participé à l’album, mais il a suivi les traces d’Ozeri dans ses chansons et son rôle dans la musique israélienne.

Il a écrit dans les notes de l’album que la voix d’Ozeri était « profonde, une racine primitive qui est une émotion pure, [avec des sons qui sont] yéménites, indiens et africains, mais aussi partie intégrante de Tel Aviv et du voisinage. Quelque chose d’intemporel. »

Ozeri est née au Yémen, et a grandi dans le célèbre quartier yéménite de Tel Aviv. Elle était la plus jeune de huit enfants. Son père est mort quand elle avait quatre ans. Elle avait dit qu’elle aidait déjà aux arrangements des cérémonies mémorielles et chantaient dans des évènements du quartier quand elle était enfant.

Elle a été présentée quand elle avait 15 ans par le batteur du chanteur indien Ravi Shenkar au Bulbul tarang, un instrument à cordes indien qui évoque un son ancien et assez primitif, qui rappelle la musique d’Ozeri.

Ozeri avait déclaré pendant de nombreux entretiens qu’elle était tombée amoureuse de l’instrument, dont le son a une âme.

« D’une certaine manière, son son est ma voix, avait-elle dit à NRG en 2013. Cet instrument fait pleurer les gens, il rend les gens fous. »

Son premier album original, « Où est le soldat ? », est sorti en 1975, et a été le premier de 20 albums produits pendant sa carrière. Il plongeait dans le deuil après la guerre de Kippour en 1973, et a fait venir des mères endeuillées à la porte d’Ozeri, qui lui demandaient de composer des chansons à la mémoire de leurs fils tombés au combat.

Ce n’était pas la direction qu’elle voulait prendre, et elle a lentement commencé à développer son propre son, plus moderne.

Les années 1970 ont été l’apogée d’Ozeri, quand elle est devenue la première femme mizrahie à chanter en direct à la télévision, et a sorti cinq albums.

Quand elle a été diagnostiquée d’un cancer en 2000, elle a refusé de laisser la perte de sa voix empêcher son processus créatif. Elle apparaissait toujours en public avec des colliers raz-du-cou, décorée de grands pendentifs qui couvraient la base de sa gorge, où elle avait subi une chirurgie des cordes vocales.

Elle a produit six albums de plus avant le dernier de 2013, en travaillant notamment avec Hadah Nachash sur le populaire « Sticker Song » de 2008, où elle jouait du Bulbul tarang, et a proposé sa propre ouverture particulière de la chanson, qui parle d’une génération voulant mettre fin au racisme et à la haine.