Les conséquences de la décision par le tribunal égyptien samedi de définir le du Hamas, dans son intégralité, comme un groupe terroriste ne sont pas encore claires. Jusqu’à présent, seule l’aile militaire de l’organisation, les Brigades Ezzedin al-Qassam, était classée terroriste.

La nouvelle décision inclut désormais sa branche politique. Est-ce à dire qu’à partir de maintenant, l’Egypte bannira totalement le Hamas, coupera tout lien avec le groupe, et cela concerne-t-il aussi les services de renseignements du Caire ?

Ce qu’on peut dire assez certainement, surtout à la lumière de la réaction quasi-hystérique à la décision à Gaza, c’est que sur un plan symbolique, Le Caire a déclaré la guerre contre le Hamas.

Le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi prouve qu’il y a un unique chef au Moyen-Orient, de l’acabit de Winston Churchill, et qu’il siège au Caire.

Sissi ne fait pas que parler. Il agit aussi. Il a prononcé une série de discours mémorables appelant à une révolution de la pensée islamique, loin de la violence, et génératrice d’un islam plus humain. Il a déclaré la guerre à l’Islam radical où qu’il soit – à l’État islamique et ses acolytes, qui attaquent les Egyptiens en Libye et dans leur pays, mais aussi aux Frères musulmans et à leurs alliés.

Il y a plusieurs mois, le président a déclenché une opération militaire d’envergure dans la péninsule du Sinaï, qui selon ses collaborateurs durera deux à trois ans. Pendant cette période, dit Sissi, l’Égypte devra payer le prix, peut-être lourd, mais elle n’a pas de choix, ni d’échappatoire.

Quand des combattants de l’EI en Libye ont enlevé et exécuté des coptes égyptiens, Sissi n’a de nouveau pas hésité : il a envoyé des avions de l’armée de l’air égyptienne bombarder des dizaines de cibles de l’EI sur le sol libyen.

La décision du tribunal souligne l’approche de Sissi : il n’y a aucune distinction entre l’aile militaire et l’aile politique. Il laisse ces nuances à divers responsables internationaux, principalement européens, qui ont récemment essayé de créer un dialogue avec le Hamas.

Sissi et ses confidents sont également incapables de comprendre la logique derrière la politique peu conciliante d’Israël envers le Hamas durant l’opération Bordure protectrice, tandis que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est devenu le punching-ball d’Israël.

L’approche du leader égyptien génère beaucoup d’anxiété dans la bande de Gaza, proche de la panique, en fait.

Les porte-parole du Hamas ont organisé des manifestations dans la bande contre la décision de la cour, critiquant directement l’Egypte et Sissi. Mushir al-Masri, dirigeant du Hamas à Gaza, a déclaré lors d’un rassemblement que la décision signifie que l’Egypte « rejoint les rangs de l’ennemi… Quiconque prend de telles décisions sert librement l’ennemi. »

Il est manifestement difficile pour Al-Masri et ses amis d’accepter que le Caire considère que le véritable ennemi se trouve à Gaza, tandis que Tel Aviv et Jérusalem sont des partenaires de lutte contre le terrorisme.

Certains au sein du Hamas ont espéré ces derniers mois que les Egyptiens ouvrent les points de passage de Rafah avec Gaza, en particulier après la guerre de l’été dernier, mais l’homme de fer a clairement fait savoir que cela ne arrivera pas tant que le Hamas contrôle la zone des passages. Et un homme nullement impressionné par des milliers de manifestants des Frères musulmans au Caire est peu susceptible de modifier ses vues suite à des protestations amères de quelques centaines de manifestants dans le quartier de Jabaliya à Gaza.

Nous attendons maintenant les conséquences de la décision de la cour égyptienne. Les quelques responsables du Hamas actifs en Egypte seront-ils expulsés ? L’intelligence égyptienne coupera-t-elle ses liens étroits avec la direction du Hamas, mettant ainsi fin à sa capacité de médiation entre le groupe et Israël ?

Très probablement. L’intelligence égyptienne a plus d’une fois exigé que le Hamas lui livre les suspects terroristes, mette fin à la contrebande via les tunnels souterrains, et cesse de fournir un refuge aux terroristes du Sinaï. Le Hamas ne s’est pas exécuté. En outre, l’intelligence égyptienne a connaissance de liens entre des agents clés de l’aile militaire du Hamas, tels que Ayman Nofal, et des cellules de l’État islamique dans le Sinaï (anciennement Ansar Bayt al-Maqdis) qui attaquent les soldats égyptiens.

Ce n’est pas sans raison qu’un des leaders du Hamas à Gaza, Mahmoud al-Zahar, a mis en garde contre une attaque militaire égyptienne à Gaza.

Une telle action, impensable avant la montée d’Al-Sissi au pouvoir, ne peut tout simplement pas être exclue, au regard des politiques décisives du président contre ce que l’Egypte définit aujourd’hui comme une organisation terroriste.