Israël a offert un rare et poignant aperçu des documents originaux dans lesquels Albert Einstein prédisait avec 100 ans d’avance une découverte exceptionnelle annoncée jeudi: la première détection directe d’ondes gravitationnelles.

« Einstein a conçu cela avec du papier et un stylo, et il a fallu à l’humanité 100 ans pour développer les outils permettant de l’entrevoir », dit Roni Grosz, conservateur des archives du génial scientifique à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Roni Grosz désigne du doigt deux pages rédigées en allemand d’une écriture appliquée et occasionnellement raturée.

L’une de ces pages est le premier document dans lequel Albert Einstein exposait entièrement sa théorie des ondes gravitationnelles. L’autre est l’une des 46 pages de la théorie de la relativité. Elles datent respectivement de 1916 et 1915.

La présentation de ces pièces exceptionnelles, très rarement présentées au public pour les protéger des outrages du temps et de l’homme, offre sa profondeur de champ à l’avancée scientifique majeure divulguée le même jour.

Des équipes internationales ont annoncé la première détection directe d’ondes gravitationnelles, au prix de plusieurs décennies d’efforts qui ont confirmé la prédiction faite par Albert Einstein dans sa théorie de la relativité générale en 1915.

Les ondes gravitationnelles ont été détectées aux Etats-Unis le 14 septembre dernier par les deux instruments de l’observatoire Ligo (Laser Interferometer Gravitational-wave Observatory), qui mesurent chacun quatre kilomètres. Les scientifiques espèrent à présent mieux comprendre le cosmos et faire de nouvelles découvertes.

La détection des ondes gravitationnelles « est un moment très émouvant », dit Roni Grosz, qui arbore une cravate reproduisant le visage universellement connu du physicien. « Un sourire venu du ciel cent ans après très exactement », résume-t-il.

Un voyage « qui a pris 100 ans »

Einstein lui-même doutait qu’on détecterait un jour les ondes gravitationnelles, tant elles sont infimes.

La taille de leur impact peut ne représenter « qu’un millième du noyau d’un atome », dit Barak Kol, chef du département de physique de l’Université hébraïque.

« C’est la fin d’une partie du voyage qui a pris 100 ans depuis qu’il a commencé, sur l’idée d’un seul homme », dit Barak Kol, qui a lui-même essayé de prouver la théorie.

Mais « c’est aussi une nouvelle fenêtre qui s’ouvre sur l’univers et qui va nous permettre d’observer de nouveaux processus dans cet univers ». Les développements sont imprévisibles, assure-t-il.

Einstein, juif allemand, avait visité Jérusalem en 1923, 25 ans avant la fondation de l’Etat d’Israël, pour lancer l’université. Einstein s’inquiétait alors des restrictions rencontrées dans leur éducation par les juifs européens, dit Roni Grosz.

« Einstein s’intéressait à la création de ce qu’il appelait alors une université juive de Jérusalem », dit-il.

En 1952, le Premier ministre de l’époque David Ben Gurion lui avait proposé la présidence d’Israël. Mais il l’avait refusée.

« J’ai passé ma vie à m’occuper de faits objectifs, alors je n’ai pas l’aptitude naturelle, ni l’expérience nécessaire pour m’occuper des gens comme il convient », avait-il écrit dans une lettre.

Quand il mourut en 1955, Einstein légua tous ses travaux à l’université qui détient aujourd’hui la plus importante collection de documents du savant.