Un collectif d’artistes engagés a dit mercredi avoir érigé devant la maison d’un chef de l’extrême droite allemande 24 blocs de béton, réplique du mémorial berlinois de l’Holocauste, pour dénoncer des propos controversés du responsable.

Björn Höcke, figure de l’aile la plus radicale de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avait fait scandale en qualifiant en janvier dernier le monument berlinois de « mémorial de la honte ». Il avait aussi dénoncé la politique de contrition de l’Allemagne pour les crimes du nazisme.

« Il devra se réjouir de cette vue tous les matins lorsqu’il regardera par la fenêtre, car en tant qu’apprenti Führer il considère le mémorial de l’Holocauste comme un monument de la honte », a expliqué au quotidien Frankfurter Rundschau, Philipp Ruch, un responsable du collectif Centre pour la beauté politique à l’origine de l’action.

Cette organisation d’artistes engagés a dressé à l’aube ces stèles sous les fenêtres de M. Höcke et sur le terrain de la maison voisine de celle du responsable à Bornhagen en Thuringe.

Les activistes louent cette maison depuis 10 mois et ont, selon leurs propres mots, « placés sous surveillance » le dirigeant d’extrême-droite.

Le collectif a aussi lancé une campagne de récolte de fonds pour entretenir ledit monument pour deux ans. A la mi-journée mercredi, l’objectif de 28 000 euros était atteint et il a été porté à 54 000 euros pour maintenir l’installation cinq ans durant.

Enfin, les artistes ont appelé M. Höcke à « tomber à genoux face au mémorial » érigé devant sa maison « pour demander sincèrement pardon pour les crimes allemands de la Seconde Guerre mondiale », comme le chancelier allemand Willy Brandt l’avait fait en 1970 face au monument du ghetto de Varsovie.

L’intéressé n’avait pas réagi dans l’immédiat sur sa page officielle Facebook ou son compte Twitter.

Le magazine d’extrême droite Compact, proche de la droite de l’AfD, a lui dénoncé sur son site internet une « guerre politique contre Höcke » orchestrée par l’extrême-gauche.

Les touristes visitent le Mémorial dédié aux Juifs assassinés d’Europe, le Mémorial de l’Holocauste, à Berlin, le 30 avril 2015. (Crédit : AFP / JOHN MACDOUGALL)

Les propos de M. Höcke en janvier sur le mémorial de l’Holocauste avaient été vivement dénoncés en Allemagne. Au sein même de l’AfD, certains dirigeants ont voulu l’exclure mais ont finalement échoué.

Cette affaire avait exposé les divisions au sein de ce parti. Ce sont finalement les plus radicaux qui se sont imposés, conduisant le parti d’extrême droite à un succès électoral sans précédent en Allemagne, avec environ 13 % des voix aux législatives de septembre.