Alors que Gaza souffre, l’AP est accusée de réduire son aide médicale de près de 90 %
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'Les réserves sont complètement vides et le niveau d'approvisionnement est nul'

Alors que Gaza souffre, l’AP est accusée de réduire son aide médicale de près de 90 %

Des responsables affirment que Ramallah a réduit le budget de l'aide médicale de 4 millions à 500 000 dollars, laissant les patients sans médicaments, et sans équipements. Avec les coupures d'électricité, les choses ne feront qu'empirer

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un bébé prématuré à l'hôpital de Khan Younis, dans la bande de Gaza. Illustration. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Un bébé prématuré à l'hôpital de Khan Younis, dans la bande de Gaza. Illustration. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le conflit entre les factions palestiniennes qui a mené à une crise de la fourniture en électricité dans la bande de Gaza est également à l’origine d’une grave pénurie de médicaments et de matériels médicaux dans l’enclave côtière dirigée par le Hamas, a annoncé un observatoire de défense des droits de l’Homme cette semaine, décrivant une situation humanitaire qui ne cesse d’empirer.

Selon des informations livrées à l’organisation des Médecins pour les droits de l’Homme-Israël (PHRI) par le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le groupe terroriste du Hamas, « un tiers des médicaments indispensables et plus de 270 objets d’équipements pour les salles d’opération et les unités de soins intensifs ne peuvent plus être obtenus dans les réserves du ministère de la Santé et dans les hôpitaux de Gaza. »

L’organisation a indiqué que la cause des pénuries était la réduction des fonds versés à Gaza par l’Autorité palestinienne (AP), notamment pour les opérations et les fournitures médicales.

L’AP, selon des informations données à l’observatoire PHRI, payait environ quatre millions de dollars par mois pour le fonctionnement régulier de 13 hôpitaux gouvernementaux et de 54 centres primaires de soins. Au mois d’avril, ce montant a baissé à 2,3 millions de dollars, et était de seulement 500 000 dollars au mois de mai, a annoncé l’organisation.

Au mois d’avril, le quotidien israélien Haaretz avait cité un haut conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas qui avait indiqué que Ramallah réduisait le budget de la Santé pour Gaza dans le cadre d’une série de mesures visant à obliger le Hamas à abandonner le contrôle dans la bande et à la rendre à l’AP.

Jumana Daoud de Gaza porte sa petite fille Maryam de sept mois dans les bras alors qu'elles se rencontrent pour la première fois depuis la naissance prématurée de l'enfant à l'hôpital Makassed de Jérusalem Est, le 20 février 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Jumana Daoud de Gaza porte sa petite fille Maryam de sept mois dans les bras alors qu’elles se rencontrent pour la première fois depuis la naissance prématurée de l’enfant à l’hôpital Makassed de Jérusalem Est, le 20 février 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Nous réalisons que cela a l’air cruel mais, finalement, après 10 années de divisions et de gouvernance du Hamas sur la bande, le [Hamas] doit décider s’il contrôlera les choses dans tous les sens du terme, notamment sur les dépenses de fonctionnement, ou s’il laissera le gouvernement palestinien statuer », a ajouté le conseiller.

Dimanche, les ministres israéliens ont décidé de tenir compte d’une requête soumise par Abbas pour réduire la quantité d’électricité fournie à Gaza, donnant un coup d’accélérateur significatif aux pressions exercées sur le Hamas, qui a prévenu que cette initiative pourrait mener à une nouvelle explosion de violence.

Israël et l’AP accusent le Hamas, affirmant que le groupe disposerait de l’argent pour répondre aux besoins en électricité de Gaza s’il ne dépensait pas une grande partie de ses ressources en armement et en préparation d’un futur conflit contre l’Etat juif.

Avec ces coupures, la quantité d’électricité dont bénéficient les deux millions d’habitants de la bande sera réduite d’à peu près 45 à 60 minutes, sur les quatre à six heures dont ils jouissent actuellement.

Ces pénuries d’électricité risquent de frapper les hôpitaux d’une manière particulièrement sévère, avec peu de carburant pour permettre le maintien du fonctionnement des générateurs d’urgence.

La silhouette d'un Palestinien dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
La silhouette d’un Palestinien dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Selon un document du ministère de la Santé de Gaza fourni au Times of Israël par l’organisation PHRI, les stocks de carburant pour faire fonctionner les générateurs hospitaliers en électricité seront épuisés à la mi-juillet.

La quantité moyenne de carburant nécessaire par mois pour répondre aux besoins des hôpitaux du ministère, établit le document, est de 430 000 litres pour un coût d’environ 450 000 dollars.

Selon l’association de médecins, il y a également une grave pénurie de médicaments et d’équipements au sein de l’enclave palestinienne.

Le PHRI, citant les chiffres du ministère dirigé par le Hamas, a fait savoir que la plupart des malades atteints d’un cancer ne pourront plus bénéficier d’un traitement approprié en raison de ces manques.

L’un des groupes les plus durement touchés par cette pénurie de médicaments, ce sont les patients, et en majorité des enfants, souffrant de mucoviscidose, qui ne peuvent obtenir les médicaments et les vitamines dont ils ont besoin.

« Dans la bande de Gaza, il y a 321 malades qui ont besoin de 40 000 pilules de Creon, mais les réserves sont complètement vides et le niveau d’approvisionnement est de zéro », commente Ashraf A-Shanti, président de l’association des malades de mucoviscidose à Gaza, selon un communiqué de l’observatoire PHRI.

La crise de l’électricité dans la bande signifie également que les malades ne peuvent utiliser leurs dispositifs de régulation de la respiration en raison des coupures fréquentes.

De plus, 240 enfants environ atteints de troubles de la croissance n’ont plus accès aux formules de lait thérapeutique pour traiter les cas graves de malnutrition, qui sont « essentiels au développement physiologique et cognitif des nouveaux-nés », a fait savoir le PHRI.

Un nouveau-né dans une couveuse en néonatalogie à l'hôpital Al-Shifa de Gaza Ville, le 23 avril 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Un nouveau-né dans une couveuse en néonatalogie à l’hôpital Al-Shifa de Gaza Ville, le 23 avril 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

L’administrateur de l’observatoire PHRI, Ran Goldstein, a indiqué lundi au Times of Israël qu’il pense qu’Israël est également en partie responsable des crises actuelles à Gaza.

« La responsabilité n’est pas seulement d’un côté. Le fait que l’AP ne transfère pas le financement pour le système de santé relève de sa propre responsabilité, mais avec le fait qu’Israël contrôle encore, avec l’Egypte, tous les ports de Gaza… Les importations et les exportations, l’Etat juif porte encore une grande responsabilité », a-t-il dit.

« Israël peut opter pour une meilleure approche qui peut sauver des innocents de la mort », a-t-il ajouté.

L’Etat juif, a-t-il poursuivi, peut fournir des fonds, des médicaments, de l’électricité et ouvrir Gaza au monde extérieur pour une aide humanitaire « urgente ».

Israël et l’Egypte maintiennent un blocus sur la bande de Gaza qui, pour Jérusalem, est nécessaire pour empêcher l’entrée des matériaux susceptibles d’être utilisés lors d’activités terroristes ou de combats contre Israël. L’Autorité des frontières autorise les produits humanitaires et accorde également à certains Gazaouis des autorisations pour entrer au sein de l’Etat juif et y recevoir des soins médicaux.

Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), branche du ministère de la Défense chargée de la gestion des affaires civiles palestiniennes, a mis l’accent sur le fait que « la liste des équipements qui pénètrent à Gaza est gérée par l’Autorité palestinienne et elle est décidée conformément à leurs considérations ».

Le COGAT a affirmé qu’Israël travaille en coulisses « pour promouvoir des politiques civiles dans le but de venir en aide aux résidents de Gaza ».

Ceci en dépit du fait, a ajouté le COGAT, que le Hamas « tente sans arrêt de profiter des initiatives civiles promues par Israël », notamment en utilisant les autorisations octroyées aux Gazaouis pour « transférer des fonds terroristes, des armes, des instructions et des renseignements avec pour objectif de commettre des attentats au sein de l’Etat juif ».

Selon le COGAT, en 2016, 30 768 traversées de la frontière séparant la bande de Gaza et Israël ont été coordonnées pour des soins médicaux. En 2017, jusqu’à présent, le nombre de ces traversées s’élève à 13 530, dont 732 au mois de juin.

En avril, les services de sécurité du Shin Bet ont annoncé qu’ils avaient appréhendé deux sœurs, dont l’une souffre d’un cancer, qui tentaient de faire entrer furtivement des explosifs de la bande vers Israël, les faisant passer pour des médicaments.

Presque 900 personnes « en danger de mort »

Le porte-parole du ministère de la Santé de Gaza, le docteur Ashraf al-Qidra, a averti lundi des « conséquences dangereuses pour les malades et la santé publique en général » à Gaza si la réduction d’électricité devait avoir lieu.

Un garçon palestinien blessé emmené à l'hôpital de Shifa (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Un garçon palestinien blessé emmené à l’hôpital de Shifa (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Selon le document ministériel fourni au Times of Israël par PHRI, 212 patients soignés en soin intensif et en soin intensif néonatal, ainsi que 647 autres patients sous dialyse, « sont en danger de mort » en raison des coupures d’électricité.

A l’hôpital de Shifa, le plus grand hôpital de Gaza, plus de 1 000 chirurgies non urgentes ont pour l’instant été reportées, souligne le document.

Les Gazaouis dépendent également des usines de désalinisation d’eau pour avoir de l’eau potable. Sans électricité, le fonctionnement de ces usines sera compromis.

Yoav Galant, le ministre du Logement qui est membre du cabinet de sécurité d’Israël, a dit au Times of Israël lundi que l’Etat juif était « prêt à obtenir toute sorte de soutien » de la communauté internationale pour adoucir la crise humanitaire.

« Nous devons être certains qu’il y a assez d’eau et de médicaments dans la bande de Gaza. Nous faisons de notre mieux », a-t-il déclaré, sans préciser exactement ce que fait Israël.

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