Alors que le ministère de la Culture condamne la nudité, la semaine de la danse à Jérusalem commence
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Alors que le ministère de la Culture condamne la nudité, la semaine de la danse à Jérusalem commence

Le gouvernement veut s'assurer que les spectateurs seront bien au courant que les performances où interviennent des scènes de nu ont été montées sans son financement

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Shamel Pitts (à droite) et Mirelle Martins dans leur oeuvre 'Black Velvet', qui contient de la nudité et qui est dansée dans le cadre de la Semaine internationale de la Danse à Jérusalem (Autorisation : Shamel Pitts et Mirelle Martins)
Shamel Pitts (à droite) et Mirelle Martins dans leur oeuvre 'Black Velvet', qui contient de la nudité et qui est dansée dans le cadre de la Semaine internationale de la Danse à Jérusalem (Autorisation : Shamel Pitts et Mirelle Martins)

Machol Shalem, le centre de danse de Jérusalem et hôte de la Semaine internationale de la danse en cours, permettra les performances où interviennent la nudité, mais s’assureront que ces troupes n’ont reçu aucun financement public.

C’est ce que cette organisation-cadre de danse a fait savoir après que le ministère de la Culture et des Sports et la municipalité de Jérusalem ont indiqué aux organisateurs du Festival qu’elles ne soutiendraient pas les spectacles mettant en scène la nudité.

Cet événement de danse a commencé mardi et s’achèvera le jeudi 7 décembre, avec des performances offertes par des danseurs locaux et internationaux, dont certaines incluent une nudité partielle.

Machol Shalem a reçu environ 500 000 shekels de budget de la part du ministère pour 2017 – une somme qui constitue environ 25 % de son budget annuel et qui a été principalement utilisée pour le festival. Jusqu’à présent, dit le cofondateur de Machol Shalem, Ruby Edelman, il n’y a pas eu de menaces portant sur un éventuel retrait de ce financement.

« Nous avons eu un coup de téléphone il y a environ deux semaines du département de la danse du ministère de la Culture », a dit Edelman. « La personne, à l’autre bout du fil, a dit : ‘Nous avons entendu dire qu’il y a de la nudité dans vos spectacles, et vous devez indiquer dans vos programmes toutes les oeuvres qui contiennent de la nudité et écrire que le ministère de la Culture ne soutient pas la nudité’. On a dit ‘OK, mais on continuera avec tous nos spectacles’ « .

Ruby Edelman, cofondateur de Machol Shalem (Autorisation : Machol Shalem)

Environ deux minutes plus tard, a dit Edelman, il a reçu un coup de téléphone, cette fois-ci de la municipalité de Jérusalem, qui lui a demandé d’ajouter cette dernière au message transmis par le ministère de la Culture.

Selon le ministère, tandis qu’il fournit un soutien à l’organisation de danse, « le contenu des performances présentées – en d’autres mots, le répertoire – n’est pas déterminé par le ministère de la Culture et des Sports ».

La ministre de la Culture Miri Regev avait déjà dans le passé exprimé sa désapprobation des spectacles impliquant de la nudité.

« Une performance complètement nue, et même sous couvert d’art, est contraire et elle nuit aux valeurs de bases du public israélien et à Israël en tant qu’état juif et démocratique et elle blesse les sentiments du public au sens large », avait écrit Regev au mois de juin au directeur du Festival d’Israël, Eyal Sher.

« Nous n’ignorons pas que Miri Regev puisse voir quelque chose et ne pas l’approuver », indique Edelman.

En fait, poursuit-il, il n’a pas choisi quelles seraient les troupes qui participeraient au festival. Lui et sa partenaire à Machol comme dans la vie, Ofra Idel, ont envoyé les noms de plusieurs troupes possibles aux membres de leur conseil d’administration. Ce sont ces derniers qui ont décidé qui serait invité à la semaine internationale de la danse.

« La question de la nudité ne s’est pas posée », explique-t-il. « Et nous n’y avons jamais réellement pensé. Je me fiche de savoir si quelqu’un est habillé ou nu, ce n’est même pas une déclaration : C’est un outil ».

L’une des oeuvres impliquant des danseurs nus est « Black Velvet, » un ouvrage artistique multi-disciplinaire créé et interprété par Shamel Pitts, Mirelle Martins et Lucca Del Carlo.

Pitts est un danseur qui a été formé par la prestigieuse école de danse Julliard, qui a passé sept ans en Israël à travailler avec la compagnie de danse Batsheva et qui travaille dorénavant avec Martins, une danseuse brésilienne, avec laquelle il a créé la performance.

« Nous avons le sentiment qu’une partie de ce que nous faisons avec ‘Black Velvet’ survient à un moment où ces systèmes et structures créent de la censure et nous nous efforçons de construire des passerelles de manière à ce que nous puissions nous voir les uns les autres et rencontrer l’autre », a dit Pitts.

« Nous sommes au-delà de la politique », a expliqué Martins.

Les deux danseurs, qui se trouvent actuellement en Israël, ne se sentent pas trop intéressés par le débat portant sur « les gens et la liberté de ces derniers à s’exprimer dans l’art ».

Et pourtant, « nous savons ce qu’il se passe ici », dit Edelman. « Mais nous n’entrerons pas dans l’auto-censure. Nous transmettons notre performance au public et nous lui demandons de la regarder et de se faire son jugement propre ».

Edelman explique ne pas craindre l’éventualité de perdre des financements, même s’il a travaillé dur pour établir Machol Shalem, ce centre de danse qui accueille des danseurs professionnels et amateurs à Jérusalem.

« Nous ne sommes pas une compagnie, nous sommes un centre de danse », dit Edelman. « Nous avons pris des contacts directs avec des danseurs internationaux, pas seulement à Tel Aviv. Nous avons fait de Jérusalem un centre de danse, et il n’y a rien eu de tel en Israël au cours des 25 dernières années ».

Edelman ajoute que si le ministère abandonne son financement, il trouvera d’autres sources de collecte de fonds et s’assurera de soutenir les artistes travaillant avec lui.

« On tente de comprendre », dit-il. « Est-ce qu’elle a véritablement le droit légal de faire ça ? »

En ce qui concerne le spectacle de « Black Velvet », Pitts et Martins ne prévoient pas de faire des changements.

« On le dansera comme on le dansera », a commenté Pitts. « L’oeuvre en elle-même change constamment car à chaque fois, avant une date de représentation, nous allons au studio et nous regardons ce que nous avons créé ensemble en le ré-imaginant et en creusant plus profond. C’est un spectacle en live et nous le traitons comme quelque chose de vivant dont nous prenons grand soin ».

« Black Velvet » sera sur scène, le 2 décembre au Centre Suzanne Dellal de Tel Aviv et le 3 décembre au théâtre de Jérusalem dans le cadre de la Semaine internationale de la danse de Jérusalem.

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