Alors que la violence entre Israéliens et Palestiniens risque d’être hors de contrôle, et au milieu des nombreux appels à la modération de la communauté internationale, une personne est restée silencieuse : Donald Trump.

Deux jours après une sauvage attaque terroriste à Halamish dans laquelle un grand-père et deux de ses enfants ont été poignardés à mort, et après une semaine d’affrontements au mont du Temple de Jérusalem au cours desquels plusieurs Palestiniens ont été tués, le président américain n’a toujours pas réagi. Certains de ses plus proches conseillers seraient impliqués dans des efforts actuels pour calmer la situation, mais Trump en personne n’a pas encore fait d’intervention publique pour ramener le calme.

La Maison Blanche tient des pourparlers avec Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne et d’autres acteurs régionaux afin d’essayer de mettre un terme à la vague de violence actuelle, a annoncé le journal Haaretz samedi soir, citant des officiels israéliens et arabes.

Le haut conseiller de Trump, Jared Kushner, qui aurait discuté de la question la semaine dernière à la fois avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, conduirait l’effort américain, avec le représentant spécial de Trump pour le processus de paix, Jason Greenblatt, son ambassadeur à Tel Aviv, David Friedman, et le consul général américain à Jérusalem, Donald Blome.

Mais l’équipe de Kushner travaille en coulisses.

Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, à gauche, au cours d'une réunion à la Maison Blanche, le 13 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, à gauche, au cours d’une réunion à la Maison Blanche, le 13 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mercredi, le Département d’Etat a publié un communiqué déclarant que les Etats-Unis étaient « très préoccupés par les tensions » autour du Mont du Temple, appelant Israël et la Jordanie à « trouver une solution qui assure la sécurité publique et la sécurité du site et maintienne le statut quo ».

Mais la déclaration était vague, et n’indiquait pas comment l’administration voyait la décision d’Israël d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée du Mont du Temple à la suite de l’attaque du 14 juillet dans laquelle trois Arabes israéliens ont tué deux policiers israéliens en fonction avec des armes qu’ils avaient fait entrer en contrebande dans la Mosquée Al-Aqsa. L’autorité musulmane Waqf du Mont du Temple a réussi à décourager les fidèles d’entrer dans le complexe, et ils ont prié à l’extérieur. Des nombreux dirigeants arabes ont demandé qu’Israël retire les détecteurs de métaux.

Samedi soir, le Quartet du Moyen Orient a publié un communiqué condamnant fermement les « actes de terrorisme » ; il a noté les « sensibilités particulières autour des lieux saints à Jérusalem » en incitant toutes les parties à « démontrer le maximum de retenue, retenue d’actions provocantes et de travailler pour calmer la situation ».

Même si son nom n’était pas mentionné dans le communiqué, Greenblatt représente les Etats-Unis dans le Quartet, et aurait participé à sa rédaction. Mais la déclaration vague a moins de poids qu’une intervention américaine claire pourrait en avoir.

Trump a déclaré son intention de trouver un accord de paix israélo-palestinien et a investi un temps et un effort considérable pour rapprocher les deux camps. Il a établi de bonnes relations avec tous les acteurs dans la région et dispose d’une influence considérable sur eux. Jusqu’à maintenant, dans cette crise, il a choisi de ne pas l’utiliser.

Ce n’est pas comme s’il pouvait hésiter à faire entendre sa voix sur les questions israélo-palestiniennes : Trump s’est déjà exprimé sur des sujets sensibles comme les implantations et l’incitation à la haine palestinienne.
Les conseillers politiques de Trump vont certainement l’inciter à agir avec précaution, sachant que toute crise entourant le mont du Temple pourrait faire boule de neige et passer d’une affaire locale en une guerre religieuse qui enflamme toute la région. La Maison Blanche chercherait aussi à agir avec prudence au risque d’être perçu comme partial envers un camp, ce qui mettrait en danger la volonté affichée de relancer les pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas donne un discours durant une rencontre des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, durant lequel il annonce le gel de tous les contacts avec Israël (Crédit : Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas donne un discours durant une rencontre des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, durant lequel il annonce le gel de tous les contacts avec Israël (Crédit : Flash90)

La diplomatie prudente semblerait donc sage. Mais prudente ne signifie pas privée. Les perspectives de progrès sur le conflit israélo-palestinien ne peuvent que s’éloigner tant que la crise actuelle au mont du Temple continue, alors que si le président américain utilisait son influence de manière constructive, cela pourrait avoir un effet immédiat d’apaisement.

Jusqu’à présent, on ne sait rien de ce que le président pense de la situation actuelle. Il a sûrement été briefé, mais il a gardé son silence.

Alors que les tensions sont si fortes, il est difficile de prédire comment une déclaration présidentielle américaine claire critiquant et/ou proposant une solution serait reçue par les parties.

Si le président déclarait clairement qu’il est légitime pour Israël d’avoir installé des détecteurs de métaux pour sécuriser le lieu saint, et qu’une telle action ne constitue pas un changement dans le statu quo sensible qui règne là-bas, cela pourrait calmer les dirigeants arabes et musulmans. Ou cela pourrait pousser les Palestiniens, l’Egypte, la Jordanie et la Turquie, à baisser le niveau de leurs protestations, permettant aux choses de se calmer progressivement.

S’il déclarait fermement que les détecteurs de métaux constituent une atteinte inutile aux droits des croyants, et incitait publiquement Israël à revenir au statu quo précédent, il pourrait attiser la colère d’Israël. Ou peut-être fournir à Netanyahu un impératif urgent pour trouver une solution alternative.

On pourrait raisonnablement attendre qu’une intervention plus subtile soit bien accueillie par les deux camps. Si le président incitait personnellement les différentes parties à chercher une solution acceptable mutuellement, et offrir les services américains pour y parvenir, il est difficile d’imaginer que quiconque puisse y avoir quelque chose à redire.
Quand le chef du monde libre s’exprime, le Moyen Orient écoute parfois. Encore plus lorsque le chef du monde libre est imprévisible, et quand beaucoup des parties impliquées dans cette crise ont intérêt à rester en bons termes avec lui.